Comment Facebook a perdu près de 120 milliards de dollars en un jour

C’est du jamais vu à Wall Street: Facebook a vu cette semaine sa capitalisation boursière fondre comme neige au soleil.

Embourbé dans des polémiques, doublées de résultats décevants, Facebook a connu un coup de tabac inédit cette semaine, voyant sa capitalisation boursière chuter de 119 milliards de dollars jeudi, du jamais vu à Wall Street.

L’action du premier réseau social au monde a dévissé dès les premiers échanges à Wall Street et ce mouvement vertigineux s’est poursuivi toute la journée. Le titre a fini à 176,26 dollars, soit une chute de 19%, réduisant sa capitalisation boursière à 510,2 milliards de dollars. C’est la plus importante perte de valorisation jamais enregistrée en une séance à Wall Street. Ce trou d’air a contribué au recul de l’indice Nasdaq, à forte coloration technologique, qui a perdu 1,01%.

La chute est d’autant plus brutale que l’action évoluait récemment à des niveaux très élevés: il est donc probable que le titre ait aussi subi de grosses prises de bénéfices. Jusqu’à mercredi, Facebook semblait en effet quasiment invulnérable, les investisseurs semblant ignorer les inquiétudes liées au scandale des données personnelles qui ont fuité vers la firme britannique Cambridge Analytica (CA), et toutes les enquêtes en cours.

Facebook, qui fêtera l’an prochain des 15 ans, a en effet littéralement sonné les marchés mercredi en publiant un chiffre d’affaires – inférieur aux attentes bien qu’en hausse de 42% à 13,2 milliards de dollars- et en faisant part de sombres prévisions pour le reste de l’année. Autre élément décevant et très observé: le nombre d’utilisateurs, inférieur aux attentes aussi, à 2,23 milliards.

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La sécurité des données personnelles pèse sur Facebook

Ses responsables ont été sans ambages : le ralentissement de la croissance -dû à une conjonction de facteurs- déjà observé au deuxième trimestre, va continuer.

Selon Facebook, ce ralentissement résulte en partie d’une nouvelle approche concernant les données personnelles et la sécurité -au cœur du scandale Cambridge Analytica qui a éclaté mi-mars- mais le groupe de Mark Zuckerberg reconnaît aussi les limites de la croissance par la publicité, qui fournit la quasi-totalité de ses revenus. 

« Nous investissons tellement dans nos systèmes de sécurité que cela va commencer à avoir un effet sur notre rentabilité; nous commençons à le voir ce trimestre », a tenté de justifier Mark Zuckerberg, après avoir passé des mois à tenter de redorer le blason de Facebook dans le sillage de l’affaire CA mais aussi des tentatives de manipulation politique via les « fake news ».

En plus des problèmes d’image, ces polémiques lui coûtent cher en recrutements et en technologies pour mieux contrôler ce qui circule sur la plateforme.

De plus, le groupe prévient de toute façon depuis deux ans que sa croissance finira par ralentir, faute d’espaces publicitaires disponibles sur le réseau, complètement saturé en cette matière. 

Même si de nombreux analystes ont revu à la baisse leur objectif de cours sur Facebook, beaucoup appelaient néanmoins jeudi à relativiser, soulignant que ce ralentissement après des années de croissance galopante et le retour du bâton boursier après toutes les polémiques étaient finalement prévisibles. Pour eux, Facebook reste malgré tout incontournable pour le public et surtout les annonceurs.

Le scénario du pire

Les analystes de RBC rappelaient ainsi que le groupe « détient toujours deux des plus gros médias sociaux du monde (Facebook et Instagram) et les deux plus gros services de messagerie (Messenger et WhatsApp) », ces deux derniers ayant « encore un potentiel de croissance tandis qu’il n’y a pas de changements majeurs dans l’opinion des annonceurs quant à l’attractivité des plateformes » de Facebook.

Ce retour de bâton « était un peu couru d’avance, en particulier après les niveaux élevés atteints ces derniers mois » mais « à plus long terme, Facebook a toujours devant lui des opportunités de croissance importantes », pense aussi l’analyste Erich Reimer sur le site spécialisé Seeking Alpha.

Pour Richard Windsor, analyste chez Radio Free Mobile : « il est devenu de plus en plus difficile de se développer à des taux si élevés quand un groupe atteint cette taille ». 

Selon Gene Munster, du cabinet Loup Ventures, Facebook a peut-être aussi simplement averti du pire scénario possible. »La compagnie a des antécédents de réajustement de la croissance du chiffre d’affaires et des prévisions de dépenses, seulement pour prendre le contre-pied et dépasser ces attentes au trimestre suivant », a-t-il estimé.

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