Bien sûr, de l’avis de Frédéric Tassin, d’Aviva Investors France, l’environnement macroéconomique demeure « robuste malgré le petit trou d’air constaté sur la croissance française au premier trimestre (ndlr : 0,2 % après 0,4 % à l’automne) ». D’un autre côté, le diagnostic de Didier Saint-Georges, du comité d’investissement de Carmignac, qui évoque « des marchés devenus particulièrement fragiles face au retrait du soutien des banques centrales, à l’épuisement du cycle économique et à la montée du protectionnisme après un parcours extraordinaire depuis les points bas touchés il y a dix ans, avec ceux des Etats-Unis en hausse de 257 % et l’indice européen Stoxx 600 multiplié par deux par rapport à ces plus bas » mérite une oreille attentive. Tous deux, comme d’autres salles de marchés, pointent trois risques qui incitent à adopter une configuration en ‘barbell’ ou haltères face à un regain de volatilité : cette allocation limitée à deux classes d’actifs, les liquidités et les actions, pour, selon la suite des événements, ‘muscler’ ses performances, si tout va bien, ou amortir les chocs externes.

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La guerre commerciale lancée par Donald Trump se hisse au sommet des préoccupations des marchés. « Jusque-là, l’impact sur les échanges mondiaux est limité. Bien sûr, leur baisse de 4 % annualisés en volume sur les trois derniers mois n’est pas anodine. Mais elle s’explique surtout par la décélération de l’activité économique de l’Empire du Milieu, suite à la baisse importante de la croissance du crédit et la lutte contre la surcapacité dans le secteur industriel » tempère Mathieu L’Hoir, chez Axa AM. « Lorsque le moral des entrepreneurs vacille, celui des consommateurs suit. L’effet de contagion vers l’économie réelle est certain mais très difficile à quantifier » souligne-t-il.

Trump porté par sa guerre commerciale

Lui aussi s’attend à de nouvelles escalades de la part d’un Donald Trump l’œil fixé sur les élections de mi-mandat, en novembre. « Le thème de la guerre commerciale porte. Dès qu’il le reprend, les républicains réduisent l’écart avec les démocrates » observe un gérant. « Les marchés se sont adaptés aux tweets rageurs de Donald Trump. Avec le temps, leur impact sur les cours de Bourse diminuent » ajoute Nadège Dufossé, responsable de l’allocation d’actifs chez Candriam AM. Et ce, alors que la croissance américaine, dopée par les stimuli budgétaires et fiscaux de la présidence Trump, frôle la surchauffe ! Actuellement, elle augmente de 4,1 % en rythme annuel, et le chômage est aplati à 3,9 %.

Au grand dam de la Fed et de marchés qui constatent que l’objectif d’une inflation à 2 % par an est dépassé. Résignés, ils anticipent deux hausses de taux avant la fin de l’année. Et croisent les doigts pour que certains investisseurs ne sur-réagissent pas lorsqu’elles surviendront ou si les évolutions des salaires ne suggèrent une amplification de la hausse des prix. « Le repli de 10 % des cours en février dernier a été déclenché par des données d’inflation plus élevées que prévu et qui a amené les investisseurs à s’attendre à un resserrement supplémentaire de la Fed » rappelle Daniel Morris, investment strategist chez BNP Paribas.

La situation politique en Italie sous surveillance

Les marchés surveillent aussi la situation politique en Italie. Dans leur ligne de mire : le budget 2019 et la façon dont les agences de notation et la Commission de Bruxelles le percevront. Pour mémoire, le programme de cette alliance projette 120 milliards de dépenses nouvelles et 30 milliards d’euros de baisses d’impôts. De quoi propulser le déficit transalpin à 7 % du PIB ! « Et entraîner une dégradation de sa dette de la catégorie investissement à la catégorie spéculative, avec à la clé un renchérissement fort du coût de ses emprunts, voire la fermeture de son accès au crédit » s’alarme Mathieu L’Hoir. Pareil scénario nucléaire de nature à dégénérer en risque systémique sur les obligations souveraines périphériques (Italie, Grèce et Portugal) n’a que peu de chances de se produire. Néanmoins, cet agenda budgétaire étalé de fin août à fin septembre, alimentera lui-aussi la volatilité des cours.

« L’économie mondiale se porte bien »

Les risques ne doivent pas occulter le fait que « l’économie mondiale se porte très bien » comme le souligne Nadège Dufossé. Toutefois, les tenants de la diversification la plus large s’effacent devant ceux de l’allocation dite barbell ou en haltères. « Il s’agit de substituer à une diversification naïve en en se limitant à deux expositions ou deux classes d’actifs extrêmes ou radicalement opposées, d’un poids similaire, avec très peu de poids entre les deux. L’une compense l’autre et vice-versa. Dans le contexte actuel, il faut être liquide et sur les marchés actions, sacrifier les rendements pour la liquidité tout en pariant à long terme sur des actifs risqués. En cas de choc ou de correction, les premiers serviront de coussins aux corrections des actions » suggère Didier Saint-Georges.

Les valeurs les plus exposées aux marchés européens

Mathieu L’Hoir propose les obligations souveraines indexées sur l’inflation pour se couvrir contre la remontée des prix. Mais ces instruments, certes très liquides, affichent des valorisations fortes et de faibles rendements. Quant au débat entre titres value (valeurs décotées) ou growth (valeurs de croissance), il est vite tranché en faveur des valeurs cycliques. La préférence des gérants se porte sur les entreprises les plus exposées sur les marchés européens, celles qui verront leurs carnets de commandes continuer de se raffermir, poursuivront leurs investissements.

D’où l’intérêt pour les secteurs de la technologie, à l’exception des opérateurs Télécoms qui subissent une concurrence acharnée. Didier Saint-Georges fait même de ce thème l’une de ces haltères avec celui des marchés émergents : il s’agit de miser sur les vainqueurs, dans les pays matures et en développement rapide, de la révolution digitale, leurs promoteurs ou innovateurs et les sociétés qui les mettront en œuvre et verront leur business model préserve et renforcé. Si certaines industrielles captent les faveurs des salles de marchés, il n’en va pas de même pour les matières premières et l’énergie : le rattrapage récent les valorise bien. Du coup, ce sont les secteurs de la consommation non cyclique qui remportent les suffrages, les valeurs de spiritueux et boissons et leurs relais de croissance dans les pays émergents plutôt que l’agroalimentaire, les médias ou l’automobile, ou encore les services aux collectivités. Quid des bancaires ? Leurs valorisations se traînent bien que leurs résultats s’améliorent. Néanmoins, trois éléments plaident en leur défaveur : une courbe des taux léthargique, un contexte réglementaire peu porteur et leur exposition sur les pays du Sud de la zone euro et sur la Turquie. Même si leurs engagements sur ce dernier marché demeurent limités, les réactions des salles de marché risquent de chahuter le secteur