La France réplique aux GAFAM américains (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) avec ses KOHPEL : Kering, L’OréalHermès, Pernod Ricard, Essilor et LVMH. Comme ces tycoons digitaux, toutes alignent certaines des plus grandes marques mondiales. Idem en termes de poids dans leur indice de référence : elles revendiquent plus du tiers de la capitalisation cumulée du CAC 40 et, in fine, plus de la moitié de sa progression en 2017. Kering ou Hermès International affichent des progressions de cours qui frisent l’insolence : à la clôture du 24 août la première enregistre un gain de 26,87 % depuis le début de l’année tandis que la seconde délivre un + 24,15 %, à comparer au famélique + 2,26 % du Cac 40 à la même date ! 

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« A long terme, les fondamentaux restent bons, portés par une clientèle qui ne cesse de croître, en particulier dans les pays émergents ou les classes moyennes et le pouvoir d’achat des jeunes actifs augmentent fortement » table Françoise Labbé, gérante actions chez Aviva Investors. Davantage, les KOHPEL creusent l’écart sur leurs poursuivants européens des compartiments Midcap, en particulier en Italie. «Ils se sont adaptés à cette nouvelle clientèle des Millenials avec des produits plus accessibles et de très gros efforts marketing pour coller à leurs attentes, alors que d’autres valeurs peinent à capter l’attention des consommateurs et des investisseurs » poursuit-elle. D’où, selon elle « une bipolarisation du secteur entre ces géants et les valeurs moyennes sans entre deux de l’un à l’autre ».

Comme dans leurs magasins, cette qualité se paie. Très cher même. Trop cher ? Avec un cours de 554 euros, Hermès International capitalise près de 47 fois les bénéfices attendus cette année ! Idem pour L’Oréal (206,60 euros) et son PE 2018 de près de 31, ou Essilor International (124,35 euros) avec un PE 2018 de 32. « Ils sont justifiables parce que la croissance des résultats est excellente » insiste Françoise Labbé.

« Tout repli représente une opportunité »

« Dans les prochains mois, les records de vente risquent d’être plus durs à battre. Mais nous ne redoutons pas une forte correction du secteur même s’il est plus volatile que d’autres » poursuit-elle. En fait, tout repli représente autant d’opportunités pour renforcer ces positions. Comme lors de la publication des résultats de Kering : à 6,43 milliards d’euros, le chiffre d’affaires a augmenté de 34 % et la marge opérationnelle s’est appréciée de 47 %. Pourtant, au cours des deux séances suivantes, le cours s’est replié de 12 % à 456 euros, le 31 juillet. « Les dernières ventes de Gucci ont augmenté au rythme hallucinant de 40 % tandis que le marché attendait 42 %. Cette micro-déception traduit les attentes très fortes des investisseurs envers le secteur » explique Françoise Labbé.

Pernod Ricard, L’Oréal et Essilor International semblent ainsi plus prometteuses. Le PE 2018 de la première en fait la moins chère des KOHPEL : 23,36 fois les bénéfices pour un cours de 138,4 euros. Un temps plombé par la lutte des autorités chinoises contre ‘Les cadeaux d’affaires’, les ventes de Cognac repartent là-bas comme aux Etats-Unis. Quant au numéro un mondial de la cosmétique, il poursuit une stratégie gagnante : identifier des tendances montantes, acquérir ou créer des micro-marques et les développer tous azimuts : sur le premier semestre, ses ventes numériques ont augmenté de 36 % pour peser 9,5 % du total. Malgré des résultats semestriels en demi-teinte, le meilleur est à venir pour Essilor : la fusion avec Luxottica est approuvé par toutes les autorités anti-concurrentielle mondiales. Les marchés savourent à l’avance les perspectives de synergies que dégagera cette opération.