Pour DSK, une nouvelle crise financière est possible

La faillite de Lehman Brothers, voulue par le gouvernement américain de l’époque, obéissant à un impératif moral a entraîné une crise mondiale majeure. Et un électrochoc réglementaire. Mais aujourd’hui, selon Dominique Strauss-Kahn, une nouvelle crise est possible. L’ancien patron du FMI pointe un endettement galopant… tout comme à la veille de la chute des subprimes et de Lehman.

Il y a des anniversaires au goût de cendre. Telle la tenue la semaine dernière à Londres d’une ‘fête’, goupillée par certains des  anciens salariés de la banque Lehman Brothers, pour les dix ans de la faillite de l’établissement, le 14 septembre 2008. D’abord parce que l’effondrement de cette banque constitue le point d’orgue de la crise financière déclenchée en août 2007 par le crash des subprimes, ces produits dérivés construits sur des tranches de crédits immobiliers souscrits par des emprunteurs américains insolvables. Ensuite, la chute de la maison Lehman n’a pas marqué une rupture tranchée avec les pratiques qui en sont la cause. En clair : un tel séisme systémique peut fort bien répliquer.

Lehman Brothers appartenait à ces établissements financiers ‘intouchables’ car trop gros pour que leur faillite n’entraîne pas une réaction en chaîne globale et donc leur assure le soutien de la puissance publique quoiqu’ils fassent. Il n’en a rien été. Dans un entretien accordé il y a peu à l’AFP, Dominique Strauss-Kahn, alors patron du FMI, rappelait avoir tiré le signal d’alarme dès le début 2008 : d’abord en plaidant pour une relance mondiale estimée à 2 % du PIB de la planète, ensuite par le chiffrage à 1000 milliards de dollars de la recapitalisation des banques plombées par ces créances douteuses. L’avenir devait hélas démontrer le bien fondé de son analyse… et son excès d’optimisme quant à l’ampleur des moyens à mobiliser.

En fait, se souvient-il, la volonté du secrétaire américain au Trésor, ou ministre des finances, de faire un exemple s’est très vite retournée contre le système financier international. La nationalisation de la banque américaine, après sa faillite actée par la justice coûtera 182,3 milliards de dollars à la FED. Soit le PIB du Danemark ! Les autorités américaines n’eurent d’autre choix que de renouveler et d’amplifier l’opération une semaine plus tard avec AIG, deux fois plus grosse.

Des banques perfusées par le BCE distribuent des dividendes

Depuis, « les banques savent qu’elles ne peuvent plus faire n’importe quoi » admet DSK. Qui note quelques progrès dans les règles qui visent soit à limiter leurs engagements à forts risques, soit à leur imposer un minimum de capital de réserve. Il n’empêche. L’ancien dirigeant du FMI regrette quelques insuffisances. Et de pointer les petits 8% de fonds propres imposés à une Deutsche Bank dans le collimateur des marchés (ndlr : Deutsche Bank nous signalé, comme à d’autres médias, après publication de cet article que son ratio de capital s’élève à 13,7 % et non 8 %). Davantage, il constate un retour en arrière, « une sorte d’impensé » en matière de régulation, en particulier sur la taille des banques et les agences de notation. Sans compter l’impuissance européenne, au contraire des Etats-Unis, à interdire à des banques perfusée par la BCE, à distribuer des dividendes…
Au-delà de la montée des populistes dans le monde, conséquence directe d’une montée des inégalités en raison d’une mauvaise gestion de l’après-crise, les mêmes causes pourraient reproduire les mêmes effets, à savoir une flambée de l’endettement mondial, estimé aujourd’hui à 236 000 milliards de dollars, soit 220 % du PIB de la planète. Un montant en hausse de 42 % depuis 2008, alimenté tant par les ménages et les entreprises, en particulier européennes et chinoises, que par les pays émergents, alléchés par des taux d’intérêts plats.

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