Claudio Borio, le chef économiste de la Banque des Règlements internationaux (BRI), a mis en garde contre les risques de rechute de l’économie mondiale, prévenant qu’il n’y aura cette fois que « peu de traitements à disposition ». Le « traitement de choc » administré par les banques centrales après la crise financière de 2007-2008, « sous forme de taux d’intérêt inhabituellement et durablement bas », a permis de soutenir l’économie, a imagé le chef économiste de cette institution, considérée comme la banque centrale des banques centrale, lors d’une présentation de son rapport trimestriel, publié dimanche.  Mais il n’a pas été « sans effets secondaires », a-t-il ajouté, estimant que les turbulences des derniers mois, marqués entre autre par la crise en Argentine et la chute de la livre turque, s’apparentent à « un symptôme de sevrage » maintenant que les grandes banques centrales sont en train d’y mettre fin.

A LIRE >>> Pour Dominique Strauss Kahn, une nouvelle crise financière est possible

Après des années de politique monétaire ultra-accommodante, la Réserve fédérale américaine (Fed) s’est lancée dans un cycle progressif de resserrement de ses taux tandis que la Banque centrale européenne (BCE) a récemment confirmé qu’elle compte mettre un terme à son programme de soutien à l’économie fin 2018. Mais avec ce processus de normalisation, l’évolution récente des marchés financiers s’est caractérisée par une divergence croissante entre le marché américain et les marchés des autres économies, en particulier des pays émergents.  Ceux-ci ont subi le contre-coup de la ré-appréciation du dollar, à laquelle se sont ajoutées les tensions commerciales et les inquiétudes sur la croissance en Chine.

Dans son rapport trimestriel, la BRI a mis en lumière que les crédits aux économies émergentes, en particulier sous la forme de titres de créances libellés en dollar, ont fortement enflé depuis 2010, ce qui les rend très sensibles à une ré-appréciation du billet vert avec la remontée des taux américains. « Les prêts en dollar aux résidents non bancaires des économies de marché émergentes (EME) ont plus que doublé depuis la Grande crise financière, pour atteindre environ 3.700 milliards de dollars », a isolé Claudio Borio dans les statistiques de la BRI, soulignant que ce chiffre n’inclut même pas les emprunts en dollar à l’aide de swaps cambistes (contrats d’échange sur les monnaies), « dont l’ampleur pourrait facilement être du même ordre ». Jusqu’à présent, l’effet de contagion est resté limité, bien que les économies avancées n’aient été entièrement épargnées. Dans la zone euro, par exemple, les banques les plus exposées à la Turquie ont été chahutées en Bourse alors que les investisseurs rapatriaient leurs fonds.

Des évolutions inquiétantes

Et parmi les évolutions « inquiétantes » à surveiller, cette fois sur le marché américain, Claudio Borio a par ailleurs relevé une nette augmentation des volumes de titres de créances garantis par des prêts, qui sont une sorte de « proches cousins » des obligations adossées à des actifs hypothécaires, « rendues tristement célèbres » par la crise financière.
Actuellement, il est toutefois difficile de savoir quel chemin va prendre l’économie mondiale, a-t-il nuancé. « Le patient va-t-il poursuivre son rétablissement, ce qui semblait être le cas jusqu’au premier trimestre de cette année, ou bien rechutera-t-il? », s’est-il interrogé. Seule chose sûre, le chemin « vers la guérison complète » sera « escarpé », a-t-il jugé, pointant que les bilans des banques centrales ont enflé après ces nombreuses années de politiques accommodantes alors même que les taux d’intérêt restent encore très bas. « Il reste peu de traitements à disposition pour aider le patient à se rétablir, ou le soigner s’il rechute », a-t-il mis en garde. Le Comité monétaire de la Fed (FOMC) doit se réunir mardi et mercredi, les investisseurs tablant sur un nouveau tour de vis sur ses taux.