Pour certains, les élections de mi-mandat aux Etats-Unis sont les plus importantes. Le cru 2018 ne devrait pas faire exception. D’abord parce qu’à quelques heures des premiers résultats, rarement les pronostics n’ont été aussi indécis. Car ces dernières semaines, un invité surprise a déboulé sans crier gare : l’abstention, en forte baisse. Elle profiterait au président Trump : selon les derniers sondages analysés par Alliance Bernstein, le camp républicain effectue une remontée fulgurante dans soixante-neuf circonscriptions. Du coup, ces derniers conserveraient leur majorité « à une poignée de sièges près, quatre à huit » prévient la société de gestion. Interrogé il y a un peu plus de quinze jours, sur ce sujet, Édouard Carmignac redoutait « une cohabitation plus dure » si l’opposition se renforçait dans cette assemblée, car moins encline aux compromis.

« Une économie sous stéroïdes »

Pareil scénario d’une cohabitation dure semble moins probable à mesure que tombent les dépêches sur la croissance américaine. Édouard Carmignac résume son état avec une formule à faire pâlir un journaliste : « une économie sous stéroïdes ! ». D’abord parce que son rythme de progression se maintient durablement au-dessus de 3% par an. Ensuite, son taux de chômage tombé autour de 3,5 % se rapproche d’un plus bas historique qui remonte à… 1969 ! Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. A quelques détails près. Car ces résultats s’expliquent surtout par la réforme fiscale de Donald Trump, synonyme d’un surcroît considérable de revenus et de pouvoir d’achat, en partie effacé par les trois hausses de taux de la FED afin d’éviter que la machine ne s’emballe. D’où un ralentissement des transactions immobilières pour le sixième mois consécutif en octobre, relevé par Christopher Dembik chez Saxo Bank, qui s’inquiète aussi d’une hausse des stocks des constructeurs autos.

A terme, ces baisses d’impôts creusent davantage un déficit budgétaire proche des 1000 milliards de dollars. Et réduit d’autant les marges de manœuvre de la FED si le cycle actuel se retournait. D’autant plus que, pour mettre vraiment toutes les chances de son coté, le président pourrait annoncer d’ici mardi soir, une baisse de 10 % des impôts des ménages… Dernier point : bien que les négociations avec la Chine avancent, rien ne laisse présager la conclusion d’un accord d’ici les prochaines semaines. Or, la croissance repose aussi sur une accélération des importations avant qu’elles ne soient lourdement taxées à compter de janvier 2019.

Une confirmation du rebond après la correction d’octobre

Avec un Congrès bleu (démocrate) ou rouge (républicain), toute la question est de savoir si les marchés américains continueront de ‘siphonner’ les capitaux sur les places financières. Dès mercredi prochain, si les démocrates l’emportent, à la surprise générale, l’évolution du dollar y apportera un début de réponse : sa baisse traduirait une forte probabilité de détente, synonyme de blocage des réformes fiscales futures de Donald Trump. Les ‘bleus’ tenteront aussi de relancer le système de santé, pour le plus grand profit de Sanofi entre autres. A contrario, avec une victoire des ‘rouges’, le dollar se raffermirait tout comme les marchés actions en général, qui pourraient confirmer leur rebond après la correction d’octobre.

Dans l’immédiat, la volatilité des marchés actions sera surtout alimentée par le bras de fer entre l’Italie et Bruxelles et l’évolution des négociations sur le Brexit. Autant de raisons pour privilégier les valeurs peu endettées, disposant d’un bon Pricing power et non cycliques, telles que la consommation discrétionnaire, la technologie ou l’aéronautique.