Bourse : quels scénarios pour l’avenir du titre Renault après la chute de Carlos Ghosn ?

L’arrestation et les accusations proférées contre le patron du constructeur français interrogent sur le sort de l’Alliance formée avec Nissan : dissolution ou vidange de sa substance. L’affaire plonge le titre Renault à des niveaux très faibles. Mieux vaut cependant jouer la prudence.

L'arrestation et les accusations proférées contre Carlos Ghosn interrogent sur le sort de l’Alliance formée avec Nissan. Crédit : AP Photo/Jacques Brinon,

Le suspect fait figure de coupable idéal tant ce ‘Taïkun’ fut idolâtré. Le crime, s’il ne profite ni aux actionnaires de Renault, de Nissan ou de Mitsubishi Motors, fait les affaires du numéro deux du leader mondial de l’auto, avec 10,6 millions de véhicules vendus l’an dernier. Tel Brutus face à César, le Japonais Hiroto Saikawa a poignardé la légende Carlos Ghosn. Ce qui, ajouté à l’arrestation filmée en catimini (voir la vidéo ci-dessous) de ce dernier dans un pays très policé, alimente le plongeon en vrille à plat des titres des trois entreprises : lundi 19 Nissan et Mitsubishi Motors cédaient 5,45 % et 6,84 % à Tokyo et à Paris, Renault clôturait une séance en enfer : – 8,43 % à 59,06 euros. Le décrochage du français se poursuivait le lendemain, avant un retour à 59 euros le mercredi 21 novembre. Le titre capitalise ainsi moins de 3,5 fois les bénéfices escomptés et affiche un repli de 29 % depuis janvier.

L’affaire Ghosn interroge autant sur la gouvernance de cette union de constructeurs. Comment un homme, avec l’aide de son seul bras droit, a-t-il pu berner pendant cinq ans autant d’investisseurs avisés ? Car ses conseils d’administration, ses proches collaborateurs (qui, selon les accusations de Mr Saikawa, auraient été privés de leurs boni et primes sur la période ! ) et le fisc nippon n’y ont vu que du feu. Comme dans l’Hexagone, une puissance publique actionnaire du Losange à hauteur de 15 %. Pourtant, après les scandales Olympus et Toshiba, qui révélaient de colossaux maquillages de comptes, l’archipel du Soleil Levant se targuait d’une gouvernance invulnérable….

Certes l’avidité de l’un des patrons les mieux payé au monde à souvent défrayé la chronique. Autant que sa volonté farouche de défendre l’indépendance de Renault-Nissan. Qui lui vaut de solides inimitiés chez les politiques français et nippons. Hasard ou coïncidence, son arrestation survient alors qu’il travaillait à fusionner Renault, Nissan et Mitsubishi. Au grand dam de certains milieux japonais ‘humiliés’ par la prise de contrôle (Renault détient 46 % du capital de Nissan qui possède en retour 15 % de celui du français et 34 % de celui de Mitsubishi) de l’un de leurs fleurons par des ‘Gaijins’ (des personnes d’un pays extérieur). Selon certains, ces discours semblaient toujours plus mélodieux aux oreilles de Mr Taikawa, pressé de rehausser l’influence nippone dans le groupe…

Une valorisation du titre Renault ?

L’alliance Renault-Nissan survivra-t-elle à ce scandale dont l’ampleur rappelle le Dieselgate qui a coûté sa couronne mondiale et des dizaines de milliards d’euros à Volkswagen ? En dépit des garanties avancées par l’état-actionnaire, via Bruno Le Maire, une dissolution n’est pas improbable, au vu du petit nombre de véhicules communs aux deux marques phares. Invest Securities estime que ce scénario valoriserait le titre de Renault à 70 euros. D’autres visent un cours de 90 euros. Voire. Car les marchés européens demeurent fragiles. Ensuite parce que la défense de Carlos Ghosn demeurera inaudible pendant de longues semaines. D’ici-là, le cours du français n’entendra que l’accusation. En revanche, l’onde de choc ayant atteint par ricochet les équipementiers de la cote, il semble opportun de se renforcer sur Valeo, Plastic Omnium et Faurecia.

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