Avec les prévisions des gérants d’actifs pour l’année boursière 2019, on peut se dire que tout ne va donc pas si mal. A moins que…

Réconfortés par l’éloignement de la probabilité d’une récession, les gérants d’actifs abordent l’année en cours avec une prudence raisonnable. Des risques de nature politique ou financière subsistent.

« Ce n’est même pas le commencement de la fin mais c’est peut-être la fin du commencement ». Cette citation de Winston Churchill résume bien l’état d’esprit des gérants et des analystes à propos de l’année boursière 2019. Alors qu’ils voyaient du noir jusqu’au 31 janvier et pronostiquaient une récession dans les prochains mois, ils abordent de nouveau millésime avec une « vision constructive » selon les mots de Michala Marcussen, la chef économiste de la Société Générale. Comme le pointe Jean-Marie Mercadal, le directeur des gestions d’OFI AM, « aucun signal boursier ne signale des facteurs de récession : les cours du pétrole sont bas, comme les taux courts, et après la correction de cet automne, il n’y a pas de bulle sur les actions ». La croissance mondiale ralentit mais les marchés actions conservent un potentiel d’appréciation. Mieux : Deutsche Bank sacre Paris son marché préféré pour 2019 !

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Tout ne donc pas si mal va mal à condition qu’aucun facteur exogène ne transforme cette ‘fin de phase haussière du cycle’ en atterrissage brutal. Michala Marcussen pointe les risques politiques, un endettement mondial stratosphérique, et des banques centrales privées de toute marge de manœuvre si une crise comme celle de 2008 survenait. Une analyse proche de celle d’Olivier de Berranger à la Financière de l’Echiquier, redoutant une Fed qui « tarde à saisir l’ampleur du ralentissement américain et relève trop vite et trop fort ses taux directeurs, précipitant ainsi une nouvelle crise de financement ». En France, Hervé Goulletquer chez La Banque Postale AM table sur un PIB français dans le bas de la fourchette : + 1,2 % contre 1,5 % au début de 2018. Mais, le pouvoir d’achat et la consommation progresseraient. Et soutenir d’autant les valeurs cotées de la distribution, de l’agroalimentaire, etc. A contrario, le CIO de Natixis Wealth Management, Jean-Jacques Friedman, conseille un allègement graduel sur tout rebond en cours d’année, et recommande la plus grande vigilance envers les valeurs les plus exportatrices.

Des tensions mais pas de guerre commerciale

Quant à une guerre commerciale, le directeur des investissements d’Amundi, Philippe Ithurbide, ne l’imagine pas : « les tensions vont perdurer mais l’escalade qui dégénérerait est très improbable. A chaque fois que les Etats-Unis se sont lancés dans une guerre douanière, l’aventure à tourné court car l’économie y perdait beaucoup ». L’exemple d’Apple – et le trou d’air des fondeurs de composants comme ST Microelectronics, des constructeurs autos US pénalisés par la hausse des importations de composants illustre son propos. « Le moral des ménages et la consommation chinoise souffrent de cette situation. La baisse des ventes de voitures ces derniers mois ne s’explique pas autrement. En cas d’escalade, il faudrait surveiller les pays voisins et le Japon. Cela affecterait aussi beaucoup de grandes valeurs européennes très dépendantes de la Chine » prévient Michala Marcussen. Dont l’automobile et le luxe. Dans ce dernier secteur très cher « Toutes les mauvaises nouvelles ne sont pas tombées » glisse un gérant.

Une dette mondiale stratosphérique

En fait, la plus grande inquiétude concerne le financement d’une dette mondiale stratosphérique. Celle des entreprises américaines ne cesse de grimper tandis que fleurissent les profit warnings et que la progression des bénéfices ralentit : en 2019 ils ne grappilleraient que 6 % selon Natixis Wealth Management, et 4 % en Europe. En Chine, le gouvernement a entrepris un vaste nettoyage des entreprises publiques. Mais n’entreprend rien ou presque vers des sociétés cotées, qui se financent en nantissant leurs titres dans des banques prêteuses. Qui accumulent ainsi des millions d’actions dévaluées par le reflux des places de marché chinoises…

Outre les valeurs domestiques, qui réalisent l’essentiel de leurs affaires sur le marché européen, voire les banques, pour jouer la remontée des taux et la fin du Quantitative Easing, mieux vaut se préférer les valeurs cycliques aux défensives, celles qui disposent d’un Pricing power (sauf le luxe), synonyme de marges maintenues ou en progression malgré une croissance mondiale moins dynamique. Les plus audacieux pourraient scruter les équipementiers autos, à l’exception de Valeo, voire les para-pétrolières : elles devraient percevoir les fruits de la remontée des investissements des Total, BP et consorts.

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