Les marchés peinent à avaler une pilule amère de la BCE

L’annonce d’un report d’un an de la hausse des taux de la BCE et d’un nouveau plan de soutien  aux banques européennes ne satisfont pas complètement les marchés financiers. 

LA BCE a décidé un nouveau soutien ciblé et conditionnel aux banques de la zone euro, sans détailler son montant

« Ces mesures ne sont pas une énorme surprise mais le moment choisi l’est ». Ce mot d’un économiste d’ING résume le sentiment des marchés suite aux annonces de la BCE, jeudi dernier. Prenant acte du ralentissement des économies européennes et de la déstabilisation des marchés, suite à la réduction des injections de liquidités par la Fed et en Europe, l’institut de Francfort a donc décidé un nouveau soutien ciblé et conditionnel aux banques de la zone euro, sans détailler son montant. A charge pour elles de les réinjecter dans l’économie réelle, via des crédits aux ménages et aux entreprises. Autre bonne nouvelle en provenance de Francfort : le report d’un an de la première hausse de ses taux directeurs. Autant de miel pour enrober une pilule amère : la baisse des prévisions de croissance de la zone euro pour 2019 et 2020, de 1,7 à 1,1 % et de 1,7 à 1,6 %. « Quand vous êtes dans le noir vous faites des petits pas. Vous ne courez pas mais vous bougez » justifie Mario Draghi avec des mots pesés au trébuchet.

Les marchés ont accueilli fraîchement ces nouvelles. Jeudi, le CAC 40 clôturait sur un repli de 0,39 % a 5356,50 points, et accentuait son recul le lendemain avec -0,70 % à 5231,22 points. Davantage, l’euro touchait ses plus bas sur quatre mois face au dollar, avant de se reprendre le vendredi 1,1231 dollars.   

La BCE se mobilise pour atténuer les effets du ralentissement en cours

Ces réactions ‘à chaud’ ne doivent pas faire perdre de vue un élément fondamental : la BCE se mobilise pour atténuer les effets du ralentissement en cours et prolonge d’un an des conditions monétaires plus qu’attrayantes, pour les ménages et les entreprises, cotées ou pas. Qui s’ajoutent aux mesures de relance budgétaires en faveur du pouvoir d’achat en France. Autant de soutiens pour les marchés actions qui, avant ce jeudi, avaient quasiment reconstitué les valorisations depuis le trou d’air de l’automne 2018, comme le souligne Jean-Jacques Ohana, chez YCap. La tendance devrait se prolonger avec la perspective d’un accord commercial entre les  Etats-Unis et la Chine.

Faut-il pour autant revenir à l’achat sur tous les secteurs de la cote parisienne ? Pas si vite ! Les valeurs de la distribution et de la consommation courante profiteront de ce ballon d’oxygène. Tout comme les industrielles exportatrices, comme l’aéronautique ou celles qui sont associées aux grands travaux d’infrastructures dans le monde. Ou les services, dans la perspective d’un redémarrage progressif de l’activité sur le Vieux Continent. Sans oublier les matières premières, dont le pétrole et les parapétrolières, portées par la remontée des cours et par le retour à meilleure fortune des marchés émergents.

Des secteurs impactés

D’autres secteurs semblent en revanche moins favorisés. Il y a encore et toujours l’automobile et ses équipementiers, vulnérabilisés par le tassement de la demande chinoise et des normes européennes anti-pollution durcies. Sans oublier les semi-conducteurs et l’électronique qui voient leurs composants ‘made in China’ renchéris par les droits de douane américains. Quant à la consommation discrétionnaire, ou luxe, la baisse de l’euro sur le dollar ne compensera pas complètement une demande plus calme sur son premier marché : l’empire du Milieu.

Reste un secteur qui fait les frais du report d’un an de la hausse des taux de la BCE : les valeurs financières. Outre que ce décalage retarde davantage la remontée de leurs marges sur leurs activités cœur, elles devront également composer avec un marché interbancaire ou Euribor négatif pendant encore deux ans. Au mieux.

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