Excessive cette sanction du marché sur le titre Publicis ?

Le marché se montre réservé sur l’intérêt du groupe français pour le spécialiste américain du marketing digital, Epsilon. Davantage en raison de la taille de l’opération et des risques d’intégration que de sa pertinence.

Aujourd’hui, le nouveau patron de Publicis est prêt à saisir une autre opportunité de croissance externe d’envergure. Crédit: iStock.

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Face à la transformation du marché de la publicité avec l’émergence de la concurrence des réseaux sociaux comme Facebook et Google et des cabinets de conseil comme Accenture ou Capgemini, Publicis souhaite accélérer et élargir son expertise digitale. C’est dans cet esprit qu’une première grosse opération avait été réalisée à l’automne 2014 avec le rachat de Sapient pour 3 milliards d’euros.

Aujourd’hui, le nouveau patron du troisième groupe mondial de publicité, Arthur Sadoun, est prêt à saisir une autre opportunité de croissance externe d’envergure. Il s’agirait de s’offrir Epsilon, la filiale américaine spécialisée dans la data (les données) et la gestion de la relation clients. 

Mise en vente par son actionnaire Alliance Data Systems, Epsilon serait valorisée autour de 5 milliards de dollars (soit 4,45 milliards d’euros). Très profitable avec une marge d’exploitation sensiblement plus élevée que celle de Publicis (21,5% contre 16,7%) pour un chiffre d’affaires de 2,17 milliards de dollars, Epsilon constitue une cible très pertinente susceptible de renforcer l’offre de service et de conseil du groupe français.

L’envergure de l’opération suscite des craintes

Mais la taille de l’opération suscite de la part du marché des réserves sur son intégration. La question du prix est également au cœur des interrogations alors que d’autres candidats sont sur les rangs et notamment le tandem américain composé du fonds d’investissement, Advent International, et de la célèbre banque d’affaires new-yorkaise, Goldman Sachs.

Le risque pour Publicis serait de faire de la surenchère et de surpayer Epsilon.  Enfin, l’hypothèse d’un appel au marché pour financer l’opération n’est pas d’actualité sauf à ce que le groupe français souhaite conserver à court terme une marge de manœuvre intacte pour saisir d’autres opportunités mais cela serait étonnant.

Fin 2018, il disposait d’une situation financière très solide lui permettant de financer sans difficulté le rachat d’Epsilon avec une trésorerie nette de 288 millions pour des fonds propres de 6,85 milliards et surtout, chaque année, une génération importante de flux de liquidité (1,18 milliard anticipé pour cette année par le marché). L’endettement net grimperait à 61% des fonds propres mais rebaisserait très rapidement sous le seuil des 50% grâce aux flux nets de trésorerie.

Une valorisation décotée

Nous restons confiants à moyen terme sur la capacité de Publicis à tirer son épingle du jeu dans le nouvel environnement de la publicité et à renouer durablement avec la croissance organique de son chiffre d’affaires.

Reste que le titre pourrait, dans l’immédiat, demeurer sous pression malgré une valorisation fortement décotée de 9,8 et 9,3 fois les profits pour cette année et 2020 (contre un ratio moyen de 14,5 fois sur les dix dernières années). Il nous semble prématuré de revenir sur le dossier.

Notre « avis plutôt négatif » est ainsi reconduit sur la valeur.

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