Pourquoi Vinci doit décrocher Groupe ADP

Le groupe de construction et de concession Vinci a tout intérêt à reprendre la part détenue par l’Etat dans Groupe ADP. Ne serait-ce que pour se renforcer sur une activité promise à un avenir radieux et complémentaire de son cœur de métier. Si l’opération aboutissait, elle ravirait les salles de marché.

La privatisation de Groupe Aéroports de Paris, détenu à 50,63 % par l’Etat et à 8 % par l’aéroport de Schiphol, cristallise toutes les oppositions à droite comme à gauche. Crédit : Mario FOURMY/SIPA

Une affaire d’état parce qu’une affaire (très) juteuse ? Repoussée par le Sénat le 5 février dernier, la privatisation de Groupe Aéroports de Paris, détenu à 50,63 % par l’Etat et à 8 % par l’aéroport de Schiphol, cristallise toutes les oppositions à droite comme à gauche. Sans compter, celle virulente des gilets jaunes, instruits par le précédent de la cession de 9000 kilomètres d’autoroutes en 2005, dont la part du lion revint, pour quinze milliards d’euros et la reprise de vingt milliards de dettes (avec un intérêt annuel de plus de 3 %) … à Vinci, justement très bien placé pour l’emporter, ne serait-ce qu’en raison de sa participation de 8 % chez Groupe ADP, et de sa proposition d’y associer les collectivités locales concernées.

Champion du monde des services aéroportuaires

L’opération évaluée à plus de dix-huit milliards, si elle aboutissait, permettrait à Vinci de se hisser dans la cour des très grands. Déjà numéro un mondial du BTP avec un chiffre d’affaires 2018 de 43,579 milliards d’euros (pour un résultat opérationnel courant de 4,294 milliards et un bénéfice net de 2,983 milliards), le groupe décrocherait aussi le titre de champion du monde des services aéroportuaires, marché sur lequel il figurait l’an dernier au pied du podium. Cette ‘prise’ lui permettrait aussi d’accroître ses revenus internationaux, aujourd’hui équivalents à un peu plus de 43 % de son CA, et de séduire davantage les grands gérants d’actifs, réservés envers les valeurs trop repliées à leur pré-carré.

D’ici 2035, le trafic aérien mondial aura doublé

Surtout, l’adjonction de Groupe ADP doperait d’une part les marges de Vinci et améliorerait l’équilibre de ses activités. Outre qu’il mettrait la main sur un opérateur intégré sur toute la chaîne de valeur d’un aéroport, depuis sa conception jusqu’à son exploitation, le géant de la construction pourrait doper son pôle construction. Quant à la rentabilité de ces plateformes, Vinci peut confirmer leurs très beaux rendements : quand la marge opérationnelle courante 2018 de l’entreprise culmine à 11,31 %, celle de Vinci Concessions et Vinci Aéroports grimpent respectivement à 50,2 et 33,5 %. Et celle de sa cible à 27,6 %.  Ce ‘bond de grenouille’ armera davantage un Vinci désireux de capter un marché planétaire évalué à plus de 700 milliards d’euros d’ici 2035. Pourquoi un tel montant ? Parce qu’à cet horizon, le trafic aérien mondial aura doublé, alors qu’à investissements constants les capacités aéroportuaires n’auront cru que de 17 %. Il s’agit non seulement de construire et d’étendre l’existant mais aussi de privatiser d’autres sites, y compris aux Etats-Unis.

Malgré une grosse trentaine d’aéroports à l’international sur un portefeuille de 48 plateformes, Vinci pèse peu hors de ses frontières. D’abord parce jusqu’à l’an dernier, il ne gérait que des sites secondaires. Même en France, hormis ceux de Lyon ou de Toulon-Hyères, l’entreprise n’a convaincu ni Nice ni Toulouse, deux aéroports privatisés. L’acquisition de Gatwick, fin décembre pour 3,2 milliards, change la donne puisqu’il s’agit du second hub britannique, dégageant plus de 900 millions de revenus. Tout comme les contrats pour l’extension de celui de Lisbonne, doublé par la construction d’un autre site. Avec Roissy et Orly, Vinci bénéficierait ainsi d’une très belle carte de visite. Et diluerait à rien ou presque ses deux projets iraniens, décrochés en 2017 dans un pays frappé d’embargo par les Etats-Unis.

Sur le même thème

Conseils Bourse

Ne manquez rien de l'actualité

Réactions et commentaires

Sur la même thématique