Les tweets de Trump : des balles traçantes qui éclairent leurs cibles

Les réalités se sont brutalement rappelées aux marchés financiers lundi dernier : jusque-là ils étaient convaincus qu’un accord solderait l’escalade commerciale sino-américaine. Donald Trump leur a rappelé leur méprise. 

L’emploi du tweet et le ton des messages cueillent à froid les communautés diplomatiques et financières. Crédit : Evan Vucci/AP/SIPA

Le shérif a encore frappé … Jusqu’au week-end dernier, la cause était entendue : le président des États-Unis s’était rangé dans le camp de la raison, jouait l’apaisement afin d’obtenir un accord commercial favorable à l’Américain moyen. Comme tout négociateur sur de son coup, Donald Trump a donc dégainé une fois de plus son six-coups, à savoir son smartphone, au barillet approvisionné avec des balles traçantes, ces projectiles qui éclairent leur cible.

Une fois de plus l’emploi du tweet et le ton des messages cueillent à froid les communautés diplomatiques et financières. Qui ne retiennent de la salve que la menace imminente d’un nouveau tapis de bombes douanières sur les exportations chinoises vers les Etats-Unis. Ces derniers, en toute logique, ripostent avec la promesse de représailles douanières. Tant pis pour tous ceux qui prenaient pour argent comptant la simple confirmation du dialogue entre les deux parties, exprimée dès les premiers jours de janvier dernier. Et qui, aux yeux de certains, signifiait conclusion prochaine d’un accord. La méprise rappelle le fameux dicton chinois : « Quand le sage montre la Lune, le fou fixe le doigt ».

Deux points clés où aucun progrès n’est acté

Car aucune des parties n’a manifesté son intention de rompre les négociations. Ensuite, le coup de sang de Donald Trump concernait deux points clés où aucun progrès ne peut être acté : le respect du droit de propriété intellectuelle et l’accès des entreprises américaines (et européennes) à un marché chinois dans un environnement juridique sécurisé et équitable.

Une fois l’émotion passée, Wall Street retrouvait vite ses esprits, avec un indice S&P 500 en repli limité de 2,2 %, de lundi à mercredi soir. Comme l’observait Stéphane Deo, dans une note de LBP AM, les cycliques américaines, très sensibles aux exportations, ployaient un peu plus tandis que les valeurs domestiques ne gagnaient rien ou presque.

Cet éclat a le mérite de doucher des marchés remontés presque à la verticale depuis le début de l’année. La réaction mesurée des marchés financiers s’explique aussi par un petit calcul rappelé par Stéphane Deo. Pour mémoire, le FMI tablait sur une croissance mondiale amputée de 1% en cas d’échec des négociations, et donc de droits de douane relevés sur l’intégralité des exportations chinoises vers les Etats-Unis. Mais voilà : les autorités chinoises déploient un bouclier bien enveloppant. Ainsi, le Yuan convertible s’est effrité de près de 5 % cette semaine. Ce qui gèle de facto les prix des marchandises chinoises sur le sol américain, pointe l’expert de La Banque Postale AM. Et rappelle le risque des balles traçantes : éclairer la position de leur tireur…

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