Plus il y a de femmes dans l’état-major d’une entreprise, plus les performances boursières sont au rendez-vous ?

L’observatoire de la féminisation des entreprises, élaboré par la Skema Business School, publie son rapport 2019 sur la féminisation des états-majors des sociétés cotées. Selon l’étude, les entreprises les plus féminisées à leur sommet effectueraient les meilleurs parcours boursiers. La démonstration impose cependant quelques nuances.

La performance boursière d'une société dépend du taux de féminisation de ses instances dirigeantes. Crédit : Istock

Le verdict est sans appel : la performance boursière d’une société dépend du taux de féminisation de ses instances dirigeantes. Telle est la conclusion du rapport 2019 de l’observatoire de la féminisation des entreprises, élaboré par la Skema Business School de Lille sous la direction du professeur Michel Ferrary. A l’appui de sa démonstration, l’organisme livre des chiffres qui ne souffrent aucune contestation : quand sur la période 2008-2019, le CAC 40 gagne 43 %, son indice Femina 15 des valeurs aux états-majors les plus féminisés fait six fois mieux : 240 % ! Davantage, la dynamique s’amplifie à partir de 2013 : Le CAC 40 ne s‘arroge que 25,37 % contre respectivement 88,3 % et 102 % pour les Femina 15 et 10.

Les femmes plus à l’écoute

Le millésime 2019 de ce rapport confirme une évidence : chez les dirigeants, administrateurs et membres des comités exécutifs, le talent et la compétence ne sont pas unisexe. D’autant plus que les notes des filles dans les matières scientifiques, maître-étalon de la sélection à la française où un parcours professionnel se détermine sur concours avant vingt ans, surclassent celles des garçons. Jugées plus à l’écoute et capables de davantage de recul, les femmes savent mieux comprendre et anticiper les besoins des consommatrices et consommateurs, et, in fine, organiser des chaînes commerciales efficaces.

La parité n’explique pas tout

Sans surprise, les meilleures élèves se trouvent dans des environnements féminins comme le luxe et la cosmétique avec L’Oréal ou le marketing – parce que les filles se replient vers les écoles de management plutôt que vers les filières d’ingénieurs, chez Orange, ou surprise, chez Ingenico ‘boîte d’ingénieurs’ par excellence. A contrario, les états-majors les plus masculins se retrouvent sans les métiers ‘virils’ tels l’industrie, la finance ou le BTP, des secteurs justement à la traîne de la cote parisienne. CQFD.

Sauf que quelques bémols s’imposent. Ainsi les performances des
KOHPEL (Kering, L’Oreal, Hermès International, Pernod Ricard, EssilorLuxottica, LVMH)  ne s’expliquent pas exclusivement par leur avance en termes de parité : avec la crise financière et la fringale de luxe de l’Asie, ces valeurs n’ont cessé depuis dix ans de surclasser les indices. Au contraire, les banques et assurances, qui mettent les bouchées doubles pour se hisser à niveau, subissent des taux directeurs plats synonymes de marges famélique, et donc la défiance des marchés.

Des réalités déformées

Davantage, la photo de l’observatoire déforme quelques réalités. Telle la situation dans l’automobile : les deux constructeurs français, Renault et Peugeot ont compris l’intérêt de hisser des femmes à leurs sommets, après avoir féminisé au galop leurs réseaux commerciaux, puisque l’influence des femmes ne cesse de croître dans la décision d’achat. Rien de tel chez les équipementiers Valeo ou Faurecia  et même chez Michelin, fournisseurs de biens intermédiaires. Or le parcours boursier des seconds ne plaide pas en faveur des premiers…

Idem dans l’énergie, en  particulier dans le pétrole : Total doit-il rougir de son cours ? Dans un autre registre, l’aéronautique se féminise aussi vite qu’elle peut. Pourtant, la défense, l’un de ses métiers historiques, rame pour recruter des femmes : dans l’armée de l’air, souvent citée en exemple, on ne compte qu’une aviatrice pour quatre hommes. Une donnée à rapprocher des standards édictés par la loi Zimmermann-Copé qui impose 40 % d’administrateurs dans les boards.

Malgré ces points, le rapport 2019 de l’observatoire Skema Business School de la féminisation souligne à raison l’ardente obligation de diversifier le recrutement des organes dirigeants des entreprises cotées. Ne serait-ce que pour qu’elles ne retombent pas dans le piège euthanasiant de l’entre-soi. En termes de performances boursières, il s’agit d’une condition indispensable. Mais pas suffisante.

Reste un amalgame plus que malheureux : nombre d’entreprises cotées fuiraient l’hexagone et ses quotas imposés de dirigeantes. Et de pointer Lafarge, Technip ou Gemalto. Sauf que les deux premières, en difficultés, ont été avalées par des concurrents étrangers…

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