[Analyse valeur boursière] L’étau se desserre un peu sur Casino, mais les problèmes demeurent

L’ouverture d’une procédure de sauvegarde sur les holdings de tête du distributeur devrait leur permettre de consolider plus sereinement leur situation financière et empêcher des ventes forcées de titres Casino. Pour autant, il va devoir aussi convaincre de sa capacité à améliorer sa rentabilité en France et à se désendetter.

Si la dette de Casino a diminué de 1 milliard d’euros en 2018, c’est uniquement grâce à des cessions de murs de magasins. Crédit: iStock.

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La spéculation baissière contre l’action Casino a finalement été plus forte que le discours rassurant du distributeur. Elle a contraint la maison-mère, Rallye, et les autres holdings de tête, contrôlés par l’homme d’affaires, Jean-Charles Naouri, d’ouvrir une procédure de sauvegarde pour une période de 6 mois en vue de consolider leur structure financière.

L’équation devenait en effet de plus en plus difficile pour Rallye. Sa dette se monte à 2,89 milliards d’euros, alors que sa participation de 51,7% dans Casino, de loin son principal actif (en plus d’une participation de 100% dans le groupe Go Sport et d’un portefeuille d’investissement), vaut seulement 1,7 milliard d’euros.

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Une grande partie de cette dette  a fait l’objet de nantissement en titres Casino par les banques qui ne peuvent cependant pas vendre ces titres. Et plus le cours de Casino baisse, plus le nombre de titres Casino nantis augmente.

Réamanéger la dette, mais comment?

L’objectif est maintenant de réaménager la dette sur une période longue. Mais sous quelle forme ? C’est la grande inconnue. Un simple rééchelonnement des échéances dans le temps ne réglerait pas le problème de Rallye, dont la valeur théorique est négative au regard de la dette et du cours actuel de l’action Casino. En revanche, la conversion d’une partie de la dette en fonds propres permettrait de réduire le passif, avec toutefois à la clé, une forte dilution des actionnaires actuels, susceptible de faire perdre à Jean-Charles Naouri le contrôle de son groupe.

Au niveau de Casino, l’étau se desserre un peu. Le distributeur ne sera sans doute plus contraint de verser un dividende aussi élevé pour répondre aux exigences de remboursement de sa maison mère et va pouvoir se consacrer à son propre désendettement qui reste une problématique cruciale étant donné que les activités ne génère aucun excédent de trésorerie en France une fois les intérêts et le dividende payé.

Si la dette a diminué de 1 milliard d’euros en 2018, c’est uniquement grâce à des cessions de murs de magasins. Le groupe a annoncé un renforcement de son programme de cessions en le portant de 1,5 à 2,5 milliards d’euros d’ici au premier trimestre 2020. Il a aussi engagé des mesures pour redynamiser son activité et mieux répondre à la demande des consommateurs avec l’ouverture de 300 magasins premium et de proximité d’ici trois ans, alors que dans le même temps, le poids des hypermarchés va retomber à 15% du volumes d’affaires (21% en 2018).

La part du e-commerce doit en outre passer de 18% à 30% et les ventes de produits bio, progresser de 50%. De quoi permettre une amélioration de 0,2 point de la marge brute par an sur trois ans.

La spéculation pourrait porter le titre

Mais le groupe devra compter avec une concurrence de plus en plus rude en France et il n’est pas certain que les mesures prises suffisent à rétablir les équilibres financiers du bilan dans des délais raisonnables. Les banques créancières de Rallye et des entités de contrôles chercheront sans doute à accélérer le processus de désendettement et de remontée de cash à travers de nouvelles cessions, beaucoup plus symboliques comme Monoprix, Cdiscount ou pourquoi pas les activités brésiliennes de la filiale GPA.

Ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour les actionnaires minoritaires dans la mesure où Casino était excessivement attaqué en bourse à cause de sa structure complexe et endettée. Il est même possible que la spéculation porte le titre dans la perspective d’un rachat du groupe par un géant comme Amazon, avec lequel Casino vient de renforcer sa collaboration. Carrefour, qui avait tenté un rapprochement l’an dernier, pourrait aussi se positionner pour acquérir les meilleurs actifs de son concurrent.

Les spéculateurs ayant pris Casino pour cible (20% du capital a fait l’objet de positions baissières) ont maintenant deux possibilités : prendre leurs bénéfices et laisser le groupe se redresser ou bien maintenir la pression jusqu’au démantèlement. Tous les scénarios sont possibles, mais à moins de 30 euros, le cours de l’action Casino ne semble pas refléter la valeur des actifs du distributeur.

Le conseil de la rédaction

Le dossier reste très spéculatif compte tenu de l’importance des positions baissières prises par les fonds d’investissements sur le capital et seuls les investisseurs les plus aguerris pourront tenter d’entrer sur Casino (code : FR0000125585) à moins de 30 euros. Mieux vaut en revanche rester à l’écart de Rallye (code : FR0000060618) qui ne peut régler le problème de sa dette qu’au prix d’une forte dilution.

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