Nous avons demandé à 6 pros de la finance de nous révéler l’action qui, pour eux, a un bon potentiel en Bourse

Dura lex, sed lex ! La règle que nous imposons aux gérants que nous mettons en compétition chaque année est certes rude. Elle l’est d’autant plus qu’elle ne correspond pas vraiment au mandat que leur donnent les souscripteurs de leurs produits. Par essence, l’investissement en actions a du sens surtout sur le long terme car il est marqué par un risque élevé sur les choix effectués, autrement dit une probabilité assez forte de se tromper à un moment donné sur un titre ou un autre.

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Arnaud Chesnay (Athymis Gestion) croit au redémarrage de Valeo

L’équipementier automobile Valeo a beaucoup souffert en Bourse en 2018, en valeur absolue, mais aussi par rapport à ses concurrents. En cause notamment, les nouvelles normes WLTP d’homologation des consommations, qui ont perturbé Volkswagen, gros client de Valeo, et le ralentissement du marché chinois. Ces éléments de court terme devraient moins peser en 2019, et Valeo est bien positionné pour bénéficier de la mutation des usages dans l’assistance à la conduite et la propulsion électrique.

Un marché en développement. La montée en puissance de nouveaux acteurs dans la mobilité (Uber, Share Now ou le constructeur Geely) devrait permettre au groupe de conquérir des clients. Surtout, Valeo a privilégié le long terme en continuant d’investir dans les capteurs (essentiels pour les voitures autonomes) ou les véhicules électriques à basse tension (48V). Le titre a donc le potentiel de surperformer substantiellement à nouveau son secteur.

● Code ISIN: FR0013176526 ● Cours au 11-06-19 : 25,24 € ● PER2019 : 12,7

Giulia Culot (Generali Investment) choisit l’or gris avec Korian

S’exposer à une entreprise en retournement bénéficiant d’une mégatendance et dotée d’une valorisation attrayante: voilà en substance le profil de Korian, un des leaders du marché européen de la prise en charge de la dépendance. Le phénomène du vieillissement est une tendance lourde: le nombre de personnes âgées de 85 ans ou plus augmentera de 3% par an sur la prochaine décennie en Europe.

Parmi les acteurs privés de ce secteur, Korian a de fortes possibilités de développement grâce à une transformation engagée depuis plusieurs années. Une valeur sous-évaluée. Avec l’arrivée en 2016 de Sophie Boissard à la direction générale, le groupe a retrouvé une bonne dynamique de croissance et de rentabilité, ainsi qu’une meilleure utilisation de son capital (acquisitions, actifs immobiliers). Malgré ces atouts, Korian reste fortement sous-évalué par rapport à ses pairs, d’où un potentiel de hausse à deux chiffres pour le titre.

● Code ISIN: FR0010386334 ● Cours au 11-06-19: 35,12 €

Sonia Fasolo (La Financière de l’Echiquier) suit les mutations de Relx

Surtout connu pour ses publications scientifiques, techniques et médicales (34% des ventes et 40% des résultats) ou sa division événementielle, l’ex-Reed Elsevier est aussi une société capable de se réinventer. Après son passage de l’édition imprimée au numérique, Relx entend devenir un acteur du big data, grâce à la masse d’informations qu’il a accumulée en plus de cent ans d’existence, en proposant des outils analytiques, notamment aux assureurs ou aux banques.

Cette migration est vertueuse, le business de Relx étant ainsi de plus en plus étroitement intégré à celui de ses clients. Une société bien gérée. L’activité du groupe croît d’environ 4% par an et les bénéfices plus vite encore (+ 6%), grâce à un travail sur les coûts. A cela s’ajoutent de belles qualités en matière de gouvernance et de ressources humaines. A 19 fois les résultats attendus, la valorisation du titre, coté à Amsterdam, reste raisonnable et le marché pourrait mieux prendre en compte les mutations en cours.

● Code ISIN:GB00B2B0DG97 ● Cours au 11-06-19: 18,44 €

Marie Guigou (Eleva Capital) mise sur Solutions 30

Solutions 30 se présente comme le leader du « dernier kilomètre numérique ». La société a d’abord proposé aux opérateurs télécoms ses services d’installation de modems Internet, avant de se diversifier dans d’autres secteurs, comme l’énergie. En 2018, son chiffre d’affaires a progressé de 61%, à 441 millions d’euros, pour un résultat brut d’exploitation de 9,3%, et son potentiel de croissance reste élevé.

Profitant à plein du déploiement de la fibre optique et des compteurs intelligents, Solutions 30 se positionne déjà sur de nouveaux marchés: 5G, stations de recharge pour véhicules électriques. Elle déploie son modèle en Europe et pourrait s’intéresser à d’autres continents. En phase de croissance. Seul acteur structuré d’un marché fragmenté, le groupe peut aussi compter sur les acquisitions pour accélérer son développement. Il en a réalisé pas moins de six en 2018. Sa valorisation reste acceptable pour ce profil de croissance soutenue, rentable et visible.

● Code ISIN: FR0013379484 ● Cours au 11-06-19 : 8,46 €

Alexandre Ferci (Actis AM) parie sur EssilorLuxottica

Le leader mondial de l’optique se porte bien, avec des ventes attendues en hausse de 5% pour 2019. Mais, alors qu’Essilor se payait 30 fois les bénéfices avant la fusion, la valorisation du nouvel ensemble est de 24 fois, le marché le considérant comme un détaillant(la partie Luxottica) plutôt qu’un fabricant. Cette défiance s’explique par les difficultés d’une fusion judicieuse sur le papier (complémentarités géographiques, acteur intégrant toute la chaîne de valeur, de la conception jusqu’à la distribution) mais qui a conduit à une crise de management.

Toutefois, les entités opérationnelles ne sont pas affectées pour le moment. Une issue forcément favorable. Conscient du problème, EssilorLuxottica se cherche un nouveau directeur général en externe. Soit l’opération finira par prendre, avec 220 à 300 millions d’euros de synergies de coûts à la clé, soit la fusion pourrait être annulée, ce qui permettrait à Essilor de retrouver ses ratios de valorisation passés.

● Code ISIN: FR0000121667 ● Cours au 11-06-19: 106,30 €

Stéphane Le Gall (Federal Finance) est constructif sur Bouygues

Malgré une hausse de plus de 4% depuis le début de l’année, le titre Bouygues n’a pas rattrapé son retard par rapport au CAC 40 ni par rapport à son cours de début 2018. Face aux incertitudes économiques (Brexit, guerre commerciale…), le holding a de belles qualités défensives: biais domestique dans les télécoms et forte visibilité liée à son carnet de commandes dans la construction. De plus, le contexte est très favorable pour les douze mois à venir: le traumatisme de l’avertissement sur résultats d’octobre 2018 s’est estompé grâce à l’excellente fin d’année 2018 (chiffre d’affaires et excédent brut d’exploitation supérieurs aux attentes). Des métiers au beau fixe.

En 2019, ses différents métiers affichent de belles perspectives: la construction bénéficie du Grand Paris, Bouygues Telecom profite des grosses difficultés de Free et le marché publicitaire s’annonce meilleur pour TF1. Dans les douze prochains mois, son cours pourrait ainsi bondir de 30%.

● Code ISIN: FR0000120503 ● Cours au 11-06-19: 31,63€

Retour sur l’édition 2018 : beaucoup d’espérances déçues

Rendons donc hommage à ceux qui ont accepté de se prêter à cette épreuve en 2018, une année qui s’est révélée compliquée en Bourse, en particulier sur le dernier trimestre. La règle du jeu est simple: seuls les gérants qui ont réussi à battre le CAC 40 peuvent continuer à participer à notre panel l’année suivante, les autres devant céder leur place à de nouveaux entrants.

Force est de constater que les résultats de la précédente édition, dont les données ont été arrêtées au 7 mai 2019 (exceptionnellement au bout de onze mois pour cause de publication décalée), sont extrêmement contrastés et très sévères pour la plupart des concurrents. Alors que l’indice phare de la place de Paris, chahuté en fin d’année 2018, a nettement repris des couleurs depuis et termine en léger repli (- 1% de juin 2018 à mai 2019), cinq de nos six gérants encaissent une baisse bien plus importante avec le titre qu’ils avaient sélectionné sur cette période.

Le recul le plus marqué concerne le spécialiste de la diffusion vidéo, Ateme (- 43,30%), dont le titre a décroché dès juillet 2018 suite à un sévère avertissement lancé par la société. La benjamine de notre sélection 2018, Mathilde Guillemot-Costes, de Dorval AM, qui avait choisi cette valeur, n’aura donc pas eu la « chance de la débutante ». Est-ce à dire que le fonds Dorval Manageurs Small Cap Euro qu’elle cogère a démérité ?

Le recul le plus marqué concerne le spécialiste de la diffusion vidéo, Ateme (- 43,30%), dont le titre a décroché dès juillet 2018 suite à un sévère avertissement lancé par la société. La benjamine de notre sélection 2018, Mathilde Guillemot-Costes, de Dorval AM, qui avait choisi cette valeur, n’aura donc pas eu la « chance de la débutante ». Est-ce à dire que le fonds Dorval Manageurs Small Cap Euro qu’elle cogère a démérité ?

Sur un an (à la fin d’avril 2019), il affiche en effet un reflux de 20,6%, mais sur cinq ans, la plus-value est de 71,1%, contre 50,9% seulement pour son indice de référence (le MSCI EMU Small Cap). Le contrat est rempli, donc! D’ailleurs, d’autres professionnels plus chevronnés se sont aussi laissés surprendre.

En choisissant Burelle, maison mère de l’équipementier automobile Plastic Omnium, Cyril Charlot (Sycomore AM) n’avait évidemment pas anticipé le coup de froid de fin d’année qui a grippé le marché chinois : le titre abandonne 33,87% sur onze mois. Estelle Ménard (CPR AM) comptait, quant à elle, sur le retour d’une dynamique positive pour Iliad avec sa nouvelle génération de box, mais l’érosion du nombre d’abonnés s’est poursuivie à la fin de 2018 et s’est répercutée en Bourse (- 33,23%).

Même notre « vétéran » Régis Lefort (Talence Gestion), qui concourait pour la quatrième fois, après ses succès précédents (deux paris réussis avec Chargeurs et un avec Netbooster), doit nous quitter, après le recul de 17% de la plate-forme de contenus audiovisuels Mediawan, son poulain de 2018. Tout comme Laurent Dobler (Comgest) qui avait opté pour le groupe de prêt-à-porter Inditex (- 10,64%).

 Au milieu de tous ces revers, la réussite de notre « survivante » semble tenir du prodige. En 2018, Marie Guigou (alors chez Mandarine Gestion) avait misé sur GTT, le spécialiste des cuves de transport de gaz naturel, et le moteur n’a pas eu de ratés, affichant une plus-value de 51% à la photo finale. Le titre n’a même pas souffert de la terrible fin d’année des marchés actions, la société bénéficiant d’un carnet de commandes en nette hausse.

Au total, cette édition 2018 aura été encore plus impitoyable que celle de 2013, année où seuls deux gérants sur six avaient réussi à passer le cap. C’est donc l’occasion de faire entrer cinq nouvelles têtes dans notre sélection, avec toujours la volonté de respecter une parité femmes/hommes. Nous accueillons Giulia Culot (Generali Investments) et Sonia Fasolo (La Financière de l’Echiquier) aux côtés d’Arnaud Chesnay (Athymis Gestion), Alexandre Ferci (Actis AM) et de Stéphane Le Gall (Federal Finance Gestion).

Marie Guigou, pour sa part, rejoue sous de nouvelles couleurs, celles d’Eleva Capital, une jeune société de gestion fondée à Londres en 2014, relocalisée à Paris en 2017, qu’elle a rejoint en fin d’année dernière. Sur la ligne de départ, avec pour missions de battre le CAC 40, on trouve trois valeurs appartenant à cet indice et susceptibles d’opérer un rattrapage : Bouygues, qui bénéficie de clignotants au vert dans tous ses métiers, EssilorLuxottica, au parcours perturbé par un rapprochement difficile mais dont l’issue peut être avantageuse, et Valeo, qui devrait connaître un exercice nettement plus favorable que le précédent.

Emmanuel Schafroth

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Emmanuel Schafroth
Mots-clés : Conseils Bourse

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