Les taux négatifs ne doivent pas devenir une « drogue »

Pour le ministre de l’Economie, « ces taux d’intérêt négatifs ont des avantages » mais « ils ont aussi des inconvénients ».

Le taux d'emprunt à 10 ans de la France est passé pour la première fois en territoire négatif en juin, dans le sillage du taux allemand. Crédit: iStock.

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a estimé samedi que les taux d’intérêt négatifs ne devaient pas conduire à accroître les dépenses publiques en France, mettant en garde contre des « effets négatifs » d’une politique de faibles taux.

« Ces taux d’intérêt négatifs ont des avantages » mais « ils ont aussi des inconvénients », a déclaré à des journalistes M. Le Maire, en marge des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

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« Les taux négatifs nous permettent de refinancer la dette française à des taux très attractifs. Cela permet aussi aux entreprises de financer leurs investissements et de se développer », a-t-il reconnu. « Mais ça a aussi un aspect négatif pour les ménages les moins riches », a poursuivi le ministre, disant craindre que ces faibles taux ne soient un « élément d’accroissement des inégalités » en France et en Europe.

« Les taux d’intérêt négatifs favorisent les ménages aisés, qui peuvent emprunter ». Mais ils ne bénéficient pas aux « ménages les plus modestes », qui « ont des dépenses contraintes de logement, de nourriture, de vêtements, de transport » et « ne peuvent pas emprunter ».

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Les Etats peuvent s’endetter gratuitement ou presque

Le taux d’emprunt à 10 ans de la France est passé pour la première fois en territoire négatif en juin, dans le sillage du taux allemand (le « bund »), qui fait référence en Europe. Ces faibles taux, qui signifient que les Etats peuvent s’endetter gratuitement ou presque, ont poussé certains économistes à réclamer un desserrement de la politique budgétaire française. « Il ne faut pas que la baisse des taux nous conduise à encore augmenter les dépenses courantes », a mis en garde Bruno Le Maire, se disant attaché à la réduction du déficit et de la dette publique français.

« Au niveau des Etats, faisons attention, parce que ces taux d’intérêt négatifs ne doivent pas devenir une espèce de drogue qui nous empêche de voir certaines réalités économiques », a-t-il poursuivi.

Interrogé sur l’opportunité de financer non pas des dépenses courantes mais des investissements de long terme, comme la transition écologique, M. Le Maire a fait également preuve de prudence. « Le financement de l’innovation est déjà une priorité du gouvernement et nous y consacrons beaucoup d’argent notamment via le Crédit impôt recherche et le PIA » (programme d’investissement d’avenir), a-t-il souligné. « S’il y a des dépenses supplémentaires qui doivent être envisagées, il faut le faire au niveau européen, pour des coopérations technologiques et industrielles », a-t-il insisté.

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