Conseil Bourse: la stratégie de Pernod Ricard a de quoi séduire

Sur Mieuxvivre.fr, les journalistes de La lettre de la Bourse analysent une valeur de la cote parisienne et vous conseillent de l’acheter, de la vendre ou de rester à l’écart du titre. La Lettre de la Bourse est une publication du groupe Valmonde, éditeur du magazine Mieux Vivre Votre Argent.

Alexandre Ricard a beau s’en défendre, l’entrée du fonds d’investissement activiste, Elliott, au capital du groupe familial à la fin de l’année dernière a sans doute accéléré certaines décisions stratégiques.

A commencer par la politique de distribution qui va nettement s’améliorer dès cette année puisque le dividende proposé au titre de l’exercice 2018/2019, clos le 30 juin dernier, va faire un bond de 32% pour atteindre 3,12 euros par action. Cela fait ressortir un taux de distribution des bénéfices de 50% (41% pour l’exercice 2017/2018), prévu initialement l’année prochaine.

Le géant français des spiritueux ne va pas en rester là puisqu’il va aussi mettre en œuvre un programme de rachat d’actions sur deux ans pour un montant maximum de 1 milliard d’euros. De quoi faire saliver les investisseurs et propulser l’action sur de nouveaux records historiques à plus de 174 euros au cours de la séance du 29 août.

Un désendettement bien orchestré

Il faut dire que Pernod Ricard n’avait pas trop besoin d’Elliott pour se montrer plus généreux. La situation financière du géant français des spiritueux s’est nettement améliorée depuis le coûteux rachat de la vodka Absolut, il y a onze ans. A la fin du dernier exercice, l’endettement net ne représentait plus que 2,3 fois l’excédent brut d’exploitation, alors qu’il y a dix ans, le ratio approchait six fois.

Ce désendettement résulte d’une bonne génération de liquidités. Le cash-flow courant s’est encore amélioré de 4% sur le dernier exercice pour atteindre 1,47 milliards d’euros grâce à une gestion optimisée du bilan et à une activité dynamique et toujours plus profitable.

Malgré le ralentissement observé en fin d’année aux Etats-Unis en raison d’une phase de déstockage des distributeurs, la croissance organique du chiffre d’affaires a atteint 6% sur l’exercice et elle s’est accompagnée d’une progression encore plus importante de la rentabilité.

Car avec sa stratégie de « premiumisation », Pernod Ricard peut régulièrement augmenter ses prix de vente, en particulier sur le cognac Martell (+8%), le whisky Chivas (+3%) ou le champagne Perrier Jouët (+6%). Malgré un effet mix défavorable lié à la forte croissance des Whiskies indiens, moins profitables, la marge opérationnelle courante a progressé l’an dernier de 0,74 point pour représenter 28,1% des ventes.

Le déplacement du centre de gravité vers l’Asie, qui représente désormais 43,2% du chiffre d’affaires (40,9% en 2017/2018) y est pour beaucoup. C’est en Chine, où le chiffre d’affaires a bondi de 21% l’an dernier, que Pernod Ricard vend ses produits les plus prestigieux, notamment sur le segment du cognac avec la marque Martell. Mais la Chine ne se résume pas au cognac et le groupe nourrit aussi de grandes ambitions dans le whisky. Au point d’être le premier à annoncer un projet de construction d’une distillerie single malt, dans la province du Sichuan.

Les marchés ne tiennent pas rigueur des prévisions prudentes

Désormais à l’aise financièrement et recentré sur ses actifs à fort potentiel, Pernod Ricard peut saisir des opportunités de croissance externe sur les segments premiums. Le projet d’acquisition de la société Castle Brands, propriétaire du bourbon Jeffersons’s, pour 223 millions de dollars va dans ce sens.

Il sera malgré tout difficile de maintenir un rythme de croissance aussi soutenu à l’avenir, notamment en Chine et en Inde, où les base de comparaison deviennent élevées. C’est pourquoi le président, Alexandre Ricard préfère tabler prudemment sur une croissance organique du résultat opérationnel compris entre 5% et 7% pour le nouvel exercice. Les marchés ont cette foi décidé de ne pas lui en tenir rigueur.

Notre conseil : L’action Pernod Ricard fait partie de notre portefeuille et sera précieusement conservée malgré une valorisation un peu plus tendue qui se justifie par la solidité des fondamentaux et une bonne visibilité sur l’activité.

Bruno Kus

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Bruno Kus

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