Acheter ou pas des actions FDJ: qu’en pensent les pros de la finance?

L’annonce de la fourchette de prix des actions de la Française des Jeux a permis aux sociétés de gestion d’actifs de peaufiner leur diagnostic sur l’ex-monopole public des jeux de hasard. Si toutes saluent une société solide et prévisible, leur jugement devient plus tempéré quant à sa valorisation jugée trop élevée. Surtout que cette IPO intervient en haut de cycle boursier qui augmente les probabilités de repli du titre après ses premières séances de cotation

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Attendre ou souscrire ? La privatisation de la Française des Jeux suscite des réactions diverses. Depuis l’annonce de la fourchette de prix (de 16,50 à 19,90 euros), des actions cédées aujourd’hui pour une première cotation le 21 novembre, gérants et analystes se divisent sur le potentiel de croissance de l’entreprise, sa valorisation – comprise entre 3,15 et 3,80 milliards d’euros, le potentiel d’appréciation du titre, ou la pertinence du timing de l’opération.

200 euros de mises annuelles par joueur

Chez Moneyvox, Maxime Chipoy parle d’une société « rassurante et solide, qui affiche de belles croissances régulières et une forte visibilité ». Alexis Charveriat, gérant Actions Européennes à La Financière de l’Echiquier, vante un « environnement réglementaire strict et un cadre fiscal clair » pour les vingt-cinq prochaines années, le potentiel  du marché français : 200 euros de mises annuelles par joueur pour 295 et 385 euros au Royaume-Uni et en Italie, qui le poussent à recommander « vivement la souscription ».

Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l’analyse du marché chez et eToro admire sa capacité à innover et son appli mobile pour « acheter des tickets sans se déplacer chez un buraliste ». Ainsi, la FDJ économise la commission du détaillant… Sans oublier le caractère défensif des Jeux. « Pendant la crise financière, Opap, la loterie grecque n’a pas fait faillite » rappelle Maxime Chipoy.

Une valorisation examinée à la loupe

Comme l’observe Alexis Charveriat, la FDJ dispose d’une trésorerie bien fournie et compte se projeter hors de France. Mais voilà : en Europe ou en Afrique les jeux de hasard relèvent d’un monopole exclusif. D’où de sérieuses barrières à l’entrée. Dans l’hexagone, le principal relais de croissance se situe sur les paris sportifs et en ligne. Antoine Fraysse-Soulier concède que le français se trouve « un peu en retrait » sur des concurrents plus jeune et plus agressifs. Un avis nuancé par Maxime Chipoy qui, s’il admet un potentiel de croissance relativement limité, relève que Betclic et consorts « n’ont pas vraiment bouleversé le marché ».

Les principales réserves des salles de marché concernent la valorisation de la FDJ. Le milieu de la fourchette de 16,5 a 19,9 euros lui confère un PER de 19,4, ou 19 fois les bénéfices futurs, contre 17,4 pour la moyenne du Cac 40. « Le titre est relativement cher, estime Maxime Chipoy, surtout pour une entreprise qui entre sur le marché. Kering affiche un PE de 20 justifié par des croissances plus fortes et des marques mondiales ». eToro avance un PE plus élevé à 22, mais très raisonnable pour une valeur ‘Travel & Leisure’ et plus bas que celui d’Accor. « Le secteur des jeux est plus défensif  » rappelle l’analyste.

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Reste que la question du timing inciterait à la prudence, voire, selon Nicolas Chéron, le responsable de la recherche de Binck.fr, à « laisser passer l’introduction et les premières semaines de cotations » en dépit de « conditions alléchantes ».

Outre un « terrain miné pour les IPO », lui, comme Maxime Chapoy, cite « une fin de cycle économique et un haut de cycle boursier ». En clair : gare à un retournement de tendance qui plomberait l’action. Le repli se creuserait d’autant plus que nombre de particuliers devraient céder leurs titres acquis au règlement différé avant la dernière liquidation de novembre.

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Le risque existe. Mais comme le rappelle Antoine Fraysse-Soulier rappelle les « puissantes incitations pour encourager les particuliers à conserver longtemps leurs titres : une action gratuite pour dix gardées pendant dix-huit mois et des dividendes équivalent à 80 % du résultat net ». Dernière carotte détectée par Alexis Charveriat : un rendement annuel de 4 % de ce dividende.

Vincent Bussière

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