Quelles actions choisir quand on veut investir en Bourse?

Est-ce le bon moment ? Cette interrogation vient forcément en tête à qui souhaite se lancer pour la première fois dans l’achat d’une action. Ce n’est pourtant pas la meilleure question à se poser. Certes, il serait tentant d’attendre un krach majeur pour investir, comme en 2008, tant il est vrai que cet épisode avait ouvert un « temple des opportunités », pour reprendre le mot de l’époque de Didier Le Menestrel, fondateur de la société de gestion La Financière de l’Echiquier. Mais c’est prendre le risque de ne jamais voir un tel événement se reproduire. Plutôt que d’attendre le bon moment, mieux vaut s’engager avec méthode.

A LIRE >>> Ce que les introductions en Bourse ont rapporté aux épargnants… et ce qu’il faut attendre de celle de la FDJ

Les questions à se poser avant d’investir sur les marchés

Commencez par vous demander combien de temps vous acceptez de voir votre argent immobilisé. Vous trouverez une foule de sites Internet qui promettent de faire de vous un véritable trader en quelques jours. N’en croyez pas un mot. Les techniques de day trading ne s’acquièrent pas en un claquement de doigts. Le débutant doit se souvenir que la Bourse est un placement de long terme. On y consacrera donc que l’argent dont on n’a pas besoin pour au moins cinq ans et non celui mis de côté pour servir d’apport à un prochain achat immobilier, par exemple. D’autant que la vie des marchés n’est pas un long fleuve tranquille. En revanche, rien ne vous empêche d’accorder une partie importante de vos actifs financiers à la Bourse, à condition que la partie liquide de votre patrimoine soit suffisante pour faire face à vos besoins, et à quelques imprévus.

Quoi qu’il en soit, lancez-vous progressivement, idéalement avec des versements programmés pour entrer graduellement sur les marchés. Cela vous permettra de tester le type d’investisseur que vous êtes. Dénicher la pépite dont le cours va être multiplié par cinq ou dix, tout le monde en rêve, mais cela suppose des risques importants et d’inévitables déceptions. Etes-vous disposé à les endurer ? Seule la pratique vous amènera à le savoir ! Comprenez aussi que pour devenir un boursicoteur aguerri, il vous faudra y consacrer un minimum de temps. Une question subsidiaire, enfin : lisez-vous l’anglais  ? Si vous comptez miser sur des valeurs étrangères, ce sera un plus, voire un impératif, la plupart des entreprises internationales communiquant dans cette langue.

Bien choisir son intermédiaire et son enveloppe

Vous êtes prêt ? Il faut maintenant choisir l’intermédiaire financier qui vous permettra de passer vos ordres d’achat et de vente. Un courtier en ligne est nettement préférable à une banque physique, pour des raisons pratiques (réactivité dans la gestion des opérations) et financières. Les grilles tarifaires sont parfois complexes à lire, les frais sur les ordres de Bourse pouvant s’exprimer en forfait ou en pourcentage du montant de la transaction, parfois assorti d’un minimum ou d’un maximum.

Sur ce seul critère, le néerlandais Degiro a frappé très fort, en particulier pour les actions cotées à Paris et Bruxelles, soumises à des frais de 0,04 % seulement de la transaction, avec un plafond fixé à 30 euros. Une bonne solution pour ouvrir un premier compte et apprécier son appétence pour la matière. Des acteurs comme Boursorama ou Fortuneo, pionniers du courtage en ligne mais désormais plus orientés vers la banque, ne sont plus en pointe en termes de tarifs. Ils peuvent cependant convenir à un client qui y posséderait déjà un compte bancaire ou une assurance vie et ne souhaiterait pas multiplier les intermédiaires.

Mais le tarif n’est pas le seul critère de choix. Chez Binck, par exemple, on ne communique pas seulement sur des prix compétitifs, mais aussi sur la qualité des prestations et la pédagogie, avec notamment une série d’outils en ligne pour se familiariser avec les principaux concepts et instruments boursiers. Il faut donc étudier l’étendue des services offerts. Par exemple, chez Degiro, il n’est pas possible de souscrire un plan d’épargne en actions (PEA). Or le choix de l’enveloppe dans laquelle vous investissez a un impact important, tant sur la fiscalité que sur votre stratégie.

Ouvrir un PEA est un bon réflexe, notamment pour prendre date, c’est-à-dire déclencher le compte à rebours des cinq ans au bout desquels vous bénéficierez de l’exonération d’impôt sur les plus-values. L’enveloppe présente un autre mérite : celui d’isoler les sommes placées. Si vous cédez des titres, l’argent reste cantonné dans votre plan, ce qui vous incite plutôt à le réinvestir qu’à le dépenser. Si vous pensez dépasser le plafond de 150 000 euros prévu par le PEA, ouvrez aussi un PEA-PME, dédié aux petites valeurs, et qui bénéficie du même avantage en termes d’impôts. Le compte-titres, dépourvu d’atouts fiscaux, peut venir dans un second temps : lorsque vous aurez suffisamment de maîtrise pour vous intéresser aux marchés américains ou aux produits dérivés, non éligibles au PEA.

A LIRE >>> Assurance vie: voici les 3 meilleurs contrats multisupports selon la rédaction de Mieux Vivre Votre Argent

Autre enveloppe fiscale attrayante, l’assurance vie permet rarement d’investir directement en actions, sauf pour quelques contrats haut de gamme. Altaprofits a ouvert une brèche en commercialisant un contrat grand public (Titres@Vie) qui propose de miser en direct sur 148 grandes valeurs françaises et européennes. Plus récemment, Binck Vie donne accès à cent sociétés avec, en bonus, l’absence de frais sur les transactions. Un moyen de bénéficier d’une fiscalité réduite, sous réserve toutefois de souscrire au minimum 10 000 euros par action.

Constituer un portefeuille diversifié à tous points de vue

« Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». L’investisseur débutant sera bien avisé de se souvenir de cet adage. Miser sur une dizaine d’entreprises semble un premier objectif raisonnable, pour atténuer l’impact d’une baisse brutale sur un seul titre. Pour vraiment diversifier son portefeuille, il faut comprendre les moteurs de performance d’une valeur : s’intéresser au secteur de l’entreprise, à sa taille, sa part de marché, son type de clients ou la distribution géographique de son activité. Si vous répartissez vos avoirs entre BP, Royal Dutch Shell et Total, vous aurez certes réduit le risque dit idiosyncratique (celui qui est spécifique à une valeur, par exemple la survenue d’une fraude comptable ou d’un accident industriel), mais votre exposition sectorielle restera très concentrée (toutes sont dépendantes du cours du pétrole).

A LIRE >>> Conseils Bourse : ces petites et moyennes valeurs peuvent faire du bien à votre portefeuille actions

Veillez aussi à varier les tailles d’entreprises : un socle de grandes valeurs, au potentiel de hausse limité, mais à l’assise solide, autour duquel vous ajouterez des petites et moyennes valeurs, pour dynamiser votre portefeuille. Attention, ces dernières seront à surveiller de près car leur champ d’activité est généralement moins large, ce qui augmente le potentiel d’accident.

Enfin, ne cherchez pas systématiquement à investir dans les titres les moins chers sur la foi du critère de valorisation le plus répandu, le Price earning ratio, ou PER, c’est-à-dire le rapport entre le cours et le bénéfice net par action. Cet indicateur est imparfait et, surtout, certaines valeurs bon marché le restent longtemps, faute de progression de leurs résultats, quand d’autres, qui paraissent très chères, continuent de s’apprécier, portées par une forte croissance de long terme. Sachez trouver un équilibre entre valeurs de croissance (au PER élevé) et valeurs décotées (peu chères), ces dernières ayant souvent l’avantage de servir un dividende appréciable.

Notre poretfeuille type

Voici un portefeuille type, composé de sociétés françaises (voir tableau ci-dessous). Il se fonde d’abord sur cinq grandes valeurs aux caractéristiques assez différenciées.

Deux ont une activité centrée sur l’Europe, sont plutôt modestement valorisées et offrent un rendement intéressant (Axa et Bouygues). Dans un contexte de taux d’intérêt bas, la compagnie d’assurances constitue une alternative appréciable au secteur bancaire. De son côté, Bouygues présente le mérite d’être un holding aux résultats équilibrés entre le BTP et la partie médias et télécoms.

Les trois autres grandes capitalisations sont des entreprises plus mondialisées, chacune fonctionnant sur un moteur différent : l’élévation du niveau de vie dans les pays émergents (pour LVMH, le fleuron du luxe français), la nécessité d’optimiser notre consommation d’énergie au regard des enjeux climatiques (Schneider Electric, une valeur industrielle qui a su se métamorphoser) ou la numérisation de l’économie (Dassault Systèmes, une société technologique à la croissance solide).

A ce socle, s’ajoutent trois moyennes capitalisations : l’équipementier Valeo, qui pourrait rebondir après ses récents déboires boursiers, grâce au virage vers le véhicule électrique, et deux valeurs liées à la santé, humaine (le groupe de maisons de retraite Korian, porté par le vieillissement de la population) et animale (le spécialiste des produits vétérinaires Virbac). Enfin, deux petites valeurs viennent compléter la sélection : l’entreprise de services numériques SII, dont la croissance est modestement valorisée, et un pari plus audacieux sur Ecoslops, spécialiste du recyclage des résidus pétroliers marins, une entreprise qui doit encore faire la preuve de sa rentabilité.

Assurer un suivi régulier et rationnel

Une fois votre portefeuille constitué, il vous faudra le suivre de près et trouver des sources d’information pertinentes. Les publications financières des entreprises en sont une et vous pourrez généralement vous y abonner et recevoir par e-mail les communiqués de résultats trimestriels ou annuels. Il faut prendre ces données pour ce qu’elles sont : des éléments factuels (ces publications sont réglementées), parfois enrobés dans une présentation flatteuse. Consulter les médias économiques et financiers est aussi un moyen de se tenir informé.

En revanche, méfiez-vous des experts autoproclamés qui hantent les forums boursiers et cherchent à vous attirer vers les titres sur lesquels ils ont misé. Votre ressenti peut être votre pire ennemi ! Gérer activement son portefeuille ne signifie pas être hyperactif et changer d’avis dès que quelqu’un vous appâte avec une prétendue « pépite ». A la longue, vous pourrez mieux appréhender les ressorts de la Bourse :  parfois, vous serez désarçonné de voir baisser le titre d’une société après la publication de résultats en forte hausse. Cela témoigne seulement du fait que le marché attendait encore mieux et est surpris négativement.

Pour bien débuter, mieux vaut se fixer un objectif de gain ainsi que la perte maximale que l’on accepte. Sur les petites valeurs, la pratique des ordres stop loss devra être systématique. Il s’agit d’un ordre de vente qui se déclenchera automatiquement si le cours minimum que vous avez fixé est atteint. Ne programmez pas cet ordre trop près du cours : il s’activerait au moindre mouvement erratique du titre, ce qui est fréquent sur les petites valeurs.

Gardez aussi une trace écrite des raisons qui vous ont poussé à parier sur telle ou telle société. Quelques mois ou années plus tard, lorsqu’il s’agira de décider de vendre ou de conserver le titre, cela pourra vous être utile pour évaluer si les raisons qui vous ont poussé à l’achat sont encore valables ou non. En Bourse, acheter est facile car les idées ne manquent jamais. Vendre est plus compliqué et il faut toujours le faire pour une bonne raison : parce que les objectifs de croissance de l’entreprise sont remis en cause, parce qu’elle est affectée par un scandale important, parce qu’un événement macroéconomique impacte son marché, etc.

Emmanuel Schafroth

Partager
Publié par
Emmanuel Schafroth
Mots-clés : Conseils Bourse

Articles récents

Immobilier: les principales mesures de la réforme des copropriété qui entrera en vigueur en juin

A compter de l’été prochain, les règles de fonctionnement des copropriétés évoluent. Les petits ensembles auront des obligations allégées, le…

06/12/2019 16:36

Assurance: les tarifs auto et habitation attendus en petite hausse en 2020

Sauf surprise de dernières minutes, les primes des assurances auto et habitation devraient une nouvelle fois augmenter en 2020.

06/12/2019 16:17

L’art du début du XXe siècle en vente à Paris chez Christie’s

La maison de ventes propose une superbe collection comprenant des pièces extraordinaires du début du XXe siècle. Certains des lots…

06/12/2019 16:12

Soldes d’hiver 2020: ça commence quand dans votre département ?

Les dates des soldes d'hiver sont connues. Selon votre département de résidence, le coup d'envoi n'est pas le même, car…

06/12/2019 15:51

Immobilier: dans quelles villes acheter lorsqu’on dispose d’un SMIC?

Difficile d’accéder à la propriété lorsque les revenus sont très limités. Cependant, c’est possible dans certaines grandes villes françaises.

06/12/2019 15:50

Banque: il sera bientôt possible d’ouvrir un compte en fournissant un selfie

Les autorités veulent rendre l’ouverture d’un compte bancaire plus simple et plus rapide, tout en garantissant la sécurité des clients.

06/12/2019 15:07