La BCE maintient ses taux, premier grand oral pour Lagarde

La Banque centrale européenne a confirmé jeudi son dispositif de soutien à l’économie, laissant à sa nouvelle présidente Christine Lagarde le champ libre pour donner un nouveau souffle côté communication et annoncer un examen de la stratégie de l’institution. Comme attendu, l’arsenal de soutien à la conjoncture annoncé en septembre par l’ancien président Mario Draghi a été maintenu à l’identique, selon le communiqué des décisions de politique monétaire.

Le principal taux d’intérêt demeure à zéro, tandis que les banques se verront appliquer un prélèvement de 0,50% sur les dépôts qu’elles confient à la banque centrale au lieu de les prêter à leurs clients, afin de stimuler la distribution de crédits. 

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La BCE rachète aussi depuis début novembre de la dette publique et privée sur le marché, à hauteur de 20 milliards d’euros par mois et sans horizon de temps, dans l’espoir de ranimer une économie plombée par les tensions commerciales.

L’attention se reporte désormais sur la traditionnelle conférence de presse à partir de 13H30 GMT, qui marquera les grands débuts de Christine Lagarde dans le bain monétaire et devrait lui permettre d’annoncer une vaste revue de la stratégie de politique monétaire.

Christine Lagarde sera scrutée sur chacun de ses mots

L’ampleur et le calendrier de cet examen inédit depuis 2003 restent flous, mais l’essentiel de la réflexion « devrait porter sur le niveau de prix qu’on veut atteindre », estime Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG. L’idée serait de passer à un objectif d’inflation symétrique « autour de 2% », qui peut donc être légèrement au-dessus. La BCE ferait donc sauter l’expression « inférieure à 2% », qui s’est avérée trop restrictive.

L’institution pourrait également intégrer l’impératif de lutte contre le changement climatique à ses instruments de politique monétaire.

Lors de ce premier grand oral de politique monétaire, l’ancienne responsable du Fonds monétaire international sera scrutée sur chacun de ses mots, les marchés financiers étant à l’affût de toute indication sur ses décisions à venir.

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La nouvelle présidente s’est déjà évertuée lors de ses premières semaines de mandat à recoller les morceaux au sein d’un institut monétaire très divisé en septembre dernier, au moment où M. Draghi avait imposé un ample dispositif de soutien à l’économie à une minorité de banquiers centraux rétifs. Lesquels s’étaient ouvertement rebellés dans les jours suivants.

La Française a de son côté fait preuve d’humilité début décembre devant les députés européens en déclarant qu’elle était encore en train d' »apprendre le langage des banques centrales », pour ne pas « décevoir ceux qui pensent que chaque mot porte le poids de cent ans de politique monétaire ». Mais, a-t-elle aussi annoncé, « j’aurai ma propre manière de traiter certaines questions clés ».

Tir de questions

La BCE présentera ce jeudi son nouveau jeu de prévisions macroéconomiques, avec un abaissement attendu de l’objectif de croissance pour 2020 et de premières attentes de croissance et d’inflation pour 2022. Christine Lagarde devrait donc être soumise à un tir de questions, notamment « sur l’adéquation de la politique monétaire avec le ralentissement de la conjoncture », prédit Gilles Moec, économiste chez Axa.

Elle sera aussi interrogée sur la controverse autour du taux négatif sur les dépôts des banques, censé être un outil central pour inciter les banques à distribuer du crédit, mais qui voit plutôt ces dernières, en Allemagne récemment, se mettre à taxer dès le premier centime d’euro les avoirs déposés par les particuliers ouvrant un nouveau compte d’épargne. De quoi envenimer les critiques envers la BCE dans un pays où l’on est habitué à épargner en vue de la retraite.

Même impopulaire, une nouvelle baisse du taux de dépôt est pourtant « probable au premier semestre 2020 » si la conjoncture se détériore, prévoit Franck Dixmier, directeur des gestions obligataires chez Allianz.

Mme Lagarde devrait aussi marteler jeudi le fait que la BCE ne peut pas à elle seule soutenir l’activité en zone euro et rappeler les chefs d’Etat et de gouvernement de la région à leurs devoirs tant budgétaires que législatifs, au moment où Paris fait face à une mobilisation sociale sans relâche contre sa réforme des retraites.

Rédaction Mieux Vivre avec AFP

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