Placements: inspirez-vous des stratégies et des meilleurs coups des gourous de la finance

Warren Buffet, le besogneux

A 89 ans, Warren Buffet reste le plus célèbre et le plus suivi des investisseurs. Chaque année, sa lettre aux actionnaires est attendue comme une prophétie qui inspire de nombreux professionnels à travers le monde. Il est vrai que son palmarès a de quoi impressionner : + 18,7 % de gains annualisés en cinquante-trois ans à la fin de 2018, soit deux fois plus que le S&P 500 sur la même période ! Un exploit au regard de la difficulté avérée pour les gérants de portefeuille de battre l’indice américain. Le milliardaire est le troisième homme le plus riche au monde avec une fortune de 82,5 milliards de dollars (environ 74 milliards d’euros), d’après le dernier classement de Forbes publié en mars 2019, derrière Jeff Bezos et Bill Gates. Pour autant, il continue de mener une vie simple et économe.

A LIRE >>> Nouvelle alerte sur les fragilités des marchés financiers

Initié dès son plus jeune âge à la Bourse par son père qui était agent de change – il a acheté sa première action, de la compagnie pétrolière Cities Service Company, à l’âge de 11 ans – , Warren Buffet commence sa carrière d’investisseur professionnel en rejoignant, en 1954, à 24 ans, Graham-Newman Corp, société d’investissement fondée par Benjamin Graham et Jérôme Newman. Deux ans plus tard, il crée sa propre structure pour placer son argent ainsi que celui de sa famille et de ses amis. En 1962, il rachète la société de textile Berkshire Hathaway qu’il transforme par la suite en société d’investissement cotée.

Sa philosophie. Initialement, Warren Buffet était un disciple de l’économiste Benjamin Graham, père fondateur de l’investissement « value », qui consiste à privilégier les valeurs décotées en Bourse. Pour autant, il a su faire évoluer sa philosophie d’investissement pour s’intéresser également aux valeurs de qualité en croissance. Il s’attache surtout aux sociétés qui disposent d’une bonne santé financière et délivrent des dividendes réguliers.

Mais son principal mot d’ordre n’a jamais changé : attention à la valorisation ! Il ne faut pas surpayer une action et acheter seulement quand le cours de Bourse est inférieur à la valeur intrinsèque de l’entreprise. L’investisseur est donc un farouche défenseur de l’analyse fondamentale, c’est-à-dire de l’évaluation au juste prix d’une société en étudiant son activité, ses comptes, ses ratios financiers… Il passe ainsi la majeure partie de son temps à lire des rapports ou la presse. En revanche, il reste à distance des tendances ponctuelles de marché, de la macroéconomie, des rumeurs…

Ses coups boursiers. Autre principe auquel adhère Warren Buffet : investir dans ce que l’on comprend. Il s’intéresse aux sociétés qui ont des activités simples à appréhender et durables dans le temps, ce qui lui a évité de miser sur les valeurs technologiques lors de la bulle Internet, à l’orée des années 2000, comme sur les subprimes à l’origine de la crise de 2007-2008. Il est aussi un investisseur « buy & hold », qui achète et conserve ses titres sur une très longue période. Il a, par exemple, investi dans Coca-Cola en 1988 et en est toujours actionnaire. Malgré de très bons paris, Warren Buffet a aussi connu quelques échecs cuisants, tels l’ex-compagnie aérienne US Airways ou, plus récemment, le géant de l’agroalimentaire Kraft Heinz.

Ses valeurs préférées. Consommation : Coca-Cola (9,4 %) ; électronique : Apple (5,4 %) ; finance : American Express (17 %), Wells Fargo (9,8 %), Bank of America (9,5 %).

Carl Icahn, l’activiste

Le nom de Carl Icahn vous est peut-être inconnu. Pourtant, il s’agit de l’investisseur le plus apprécié des actionnaires américains, notamment particuliers. D’après les estimations du magazine Fortune, il aurait fait gagner des milliards de dollars aux autres actionnaires des sociétés cotées dans lesquels il a investi ces dernières années. Comment ?  Grâce à son activisme actionnarial, c’est-à-dire son influence sur la gouvernance de l’entreprise. Il s’illustre encore aujourd’hui par ses attaques en règle sur de grandes valeurs boursières.

Sa philosophie. Détermination et intimidation, telles sont ses marques de fabrique. Carl Icahn prend des participations dans des sociétés cotées en mauvaise posture, délaissées en Bourse, et il fait pression sur le management pour améliorer leur rentabilité. Il n’hésite pas à utiliser des techniques très agressives, demandant la démission de dirigeants, des cessions d’activités ou encore des rapprochements avec d’autres groupes. Il va même jusqu’à entamer des procédures judiciaires pour parvenir à ses fins. Difficile à votre niveau d’avoir la même influence, mais vous pouvez participer activement aux assemblées générales et vous regrouper avec d’autres actionnaires minoritaires pour vous faire entendre.

Ses coups boursiers. Après avoir gagné beaucoup d’argent en misant sur les junk bonds (obligations d’entreprise de mauvaise qualité) au début des années 80, son premier fait d’armes remonte à 1985, lorsqu’il prend le contrôle de la compagnie aérienne TWA, alors en proie à des difficultés, qu’il remet en piste en vendant un certain nombre d’actifs. A son tableau de chasse, il a épinglé de nombreuses compagnies dont Dell, eBay, Genzyme, Motorola, Texaco, Time Warner, Western Union, Yahoo!… Investissant à contre-courant des tendances du marché, sa seule présence au capital d’une société a souvent pour conséquence de faire grimper les cours.

A LIRE >>> L’horizon du secteur bancaire mondial s’assombrit, selon Moody’s

S’il est apprécié des autres actionnaires, Carl Icahn est redouté des grands patrons. A tel point qu’il inspira le réalisateur Oliver Stone pour le personnage sans foi ni loi de Gordon Gekko dans le film Wall Street (1987). A 83 ans, à la tête d’un patrimoine de 18 milliards de dollars selon Forbes en 2019, Carl Icahn reste actif à travers ses différents fonds dont son holding coté (Icahn Enterprises). Il distille aussi ses conseils sur son blog, Icahnreport.com.

Ses valeurs préférées. Finance : AIG (4,94 %) ; industrie pétrolière : CVR Energy (70,8 %), Oxy (3,72 %) ; informatique : Dell Technologies (7,39 %).

Peter Lynch, le méthodique

Investir sans faire de recherche, c’est comme jouer au poker sans regarder ses cartes », voici le résumé de la pensée de Peter Lynch. Ce célèbre gérant américain a fait ses armes au sein de Fidelity Investments. Embauché en 1965 en tant qu’analyste, il gravit les échelons pour devenir gérant et directeur de la recherche en 1974. Il s’est fait connaître grâce à la formidable progression de Magellan, fonds d’actions américaines (à ne pas confondre avec la Sicav du même nom gérée par Comgest en France), qu’il a dirigé de 1977 à 1990, période durant laquelle les encours sont passés de 18 millions à 14 milliards de dollars !

Sa philosophie. Son succès, + 29 % de rendement annualisé en treize ans, repose sur des principes simples que tout investisseur particulier peut facilement reproduire. Il les détaille dans plusieurs livres traduits en français, dont Et si vous en saviez assez pour gagner en Bourse, (Valor Editions, 1999) et Battre Wall Street (Valor Editions, 2015). Il a été le premier à formuler le concept : « achetez uniquement ce que vous comprenez », conviction qu’il partage avec Warren Buffet.

A LIRE >>> Les fonds thématiques, la meilleure façon de verdir son épargne ?

Peter Lynch trouvait ses idées d’investissement très simplement, en discutant avec ses amis, en lisant la presse ou en regardant la télévision. Mais il les confrontait ensuite à l’étude de plusieurs ratios financiers : par exemple, le poids d’une marque phare dans les ventes de la société ou bien encore le cours sur bénéfices rapporté à la croissance des profits futurs (PEG). Autre règle partagée avec Warren Buffet, il s’attache avant tout à l’analyse fondamentale des sociétés. Il préconise de sélectionner uniquement les valeurs de grande qualité, peu endettées et disposant de trésorerie. Enfin, ultime principe du gérant : ne pas prendre ses profits trop tôt.

Ses coups boursiers. Peter Lynch a investi avec succès dans de nombreuses marques américaines de grande consommation, comme Dunkin Donuts et Taco Bell (deux chaînes de restauration rapide). A 75 ans, il a toujours le titre de conseiller en placement pour Fidelity Investments, mais se consacre essentiellement à des œuvres de charité.

John Paulson, l’intuitif

A près de 64 ans, ce financier surdoué, diplômé de Harvard et passé par la banque Bear Stearns, est toujours à la tête de la société de gestion Paulson & Co, qu’il a créée en 1994. Il appartient à l’univers des gérants de hedge funds ou fonds spéculatifs, et il est plus particulièrement spécialisé dans les arbitrages de situations spéciales (fusions-acquisitions, restructurations, faillites de sociétés cotées…). Mais il est avant tout connu pour être l’un des rares financiers à être sorti gagnant de la crise des subprimes de 2007-2008.

Sa philosophie. Croire en ses convictions et ne pas se décourager, tels sont les secrets qui ont fait la fortune de John Paulson. Considéré comme un investisseur ayant du flair et capable de détecter des tendances avant tout le monde, il a été l’un des premiers à avoir anticipé la bulle sur les crédits hypothécaires à risques aux Etats-Unis, en identifiant ce problème dès 2005.

A LIRE >>> L’Europe, eldorado à conquérir pour les professionnels du cannabis

Ses coups boursiers. Dès cette date, John Paulson commence à parier sur l’effondrement du marché des subprimes, à l’encontre de l’ensemble des investisseurs. Au départ, il perd de l’argent, mais sa persévérance se révélera porteuse car en 2007, il empoche un gain de 3,7 milliards de dollars lors de l’effondrement des crédits hypothécaires américains. Coup de chance ou réel génie ? Difficile à dire, car ses performances plus récentes sont loin d’être aussi glorieuses. Il a notamment essuyé d’importantes pertes en misant trop tôt sur la reprise de l’économie grecque. Les encours de sa structure ont fondu, passant d’un pic de 38 milliards de dollars en 2011 à seulement 9 milliards actuellement. Il envisage de la fermer et de la transformer d’ici peu de temps en un family office (structure pour gérer sa propre fortune).

Ses valeurs préférées. Industrie pétrolière et minière : Trilogy Metals (10,3 %), Callon Petroleum (9,46 %).

George Soros, le spéculateur

A l’instar de Warren Buffet, George Soros est un octogénaire milliardaire (89 ans) résidant aux Etats-Unis. Mais la comparaison s’arrête là car sa stratégie d’investissement est tout autre. D’origine hongroise, il émigre en Angleterre, où il étudie à la London School of Economics, avant de rejoindre les Etats-Unis en 1956 et d’y poursuivre sa carrière dans la finance. George Soros s’initie aux arbitrages sur les matières premières (technique qui consiste à profiter des écarts de prix sur un même actif). En 1969, il crée sa propre structure, Soros Fund Management, et est à l’origine de l’apparition des hedge funds ou fonds spéculatifs.

Sa philosophie. Gagner beaucoup d’argent à court terme sans s’inquiéter de la morale. Difficile, ni même recommandé pour un épargnant français de répliquer ses méthodes peu orthodoxes d’autant qu’elles nécessitent de mobiliser des capitaux importants. Néanmoins, sa philosophie de gestion peut vous inspirer. George Soros considère les marchés comme étant non rationnels, du fait des comportements moutonniers des investisseurs, ce qu’il a conceptualisé dans sa fameuse théorie de la « réflexivité ». Dit autrement, les fondamentaux passent au second plan lors de certaines périodes boursières. Les cours peuvent ainsi plonger ou augmenter brusquement à court terme pour d’autres raisons que celles intrinsèques à l’entreprise. Pour lui, il ne faut pas hésiter à prendre une certaine dose de risque.

Ses coups boursiers. Plusieurs coups d’éclat sur les marchés des devises et obligataires sont à l’origine de sa fortune. Ainsi, en septembre 1992, il vend à découvert 10 milliards de livres sterling, forçant la banque d’Angleterre à sortir sa devise du système monétaire européen (SME) alors en vigueur. Ce qui lui vaut depuis d’être surnommé « l’homme qui fit sauter la banque d’Angleterre ».

Depuis 2011, George Soros a transformé sa société en un family office qui gère désormais plus prudemment sa fortune personnelle évaluée à environ 25 milliards de dollars (22,4 milliards d’euros). Ses placements font toujours la part belle aux stratégies alternatives, même s’il possède aussi un portefeuille de fonds plus traditionnels, notamment obligataires, et des actions en direct (environ 140 valeurs américaines). En 1979, le financier a également créé Open Society Foundations, une fondation dans laquelle il a versé 32 milliards de dollars afin de promouvoir les droits de l’homme et la démocratie.

Ses valeurs préférées. Finance : GAM Investments (3 %) ; immobilier : Vici Properties (4,45 %).

Audrey Spy

Partager
Publié par
Audrey Spy

Articles récents

Le calendrier de l’impôt sur le revenu en 2020

Les dates clés pour déclarer et payer vos impôts sur les revenus.

23/02/2020 11:30

PEA : savoir s’y retrouver dans la jungle des prélèvements sociaux

Les gains ne sont pas nécessairement taxés à 17,2%. Tout dépend de l’âge du plan et du moment où on…

22/02/2020 13:15

Les contribuables se déclarent très satisfaits de l’administration fiscale

L’enquête annuelle réalisée par l’administration fiscale auprès de ses usagers révèle un niveau de satisfaction élevé.

21/02/2020 17:34

Placements: comment y voir clair dans les fonds durables

Les Français plébiscitent de plus en plus la finance "verte", mais chaque label suit des critères éthiques et responsables.

21/02/2020 16:00

Cartes de paiement pour ados: de nouvelles offres toujours plus pratiques

Les offres de cartes bancaires pour les ados se multiplient. Elles proposent des services de plus en plus pratiques.

21/02/2020 15:51

De nouvelles mesures pour réduire encore plus les frais d’incidents bancaires

S'il estime que les banques ont joué le jeu de la réduction des frais bancaires pour les plus précaires, le…

21/02/2020 14:19