L’AMF se désole que les entreprises boudent la Bourse et préfèrent s’endetter à bas coûts

Dans un contexte de taux très bas, les entreprises préfèrent la dette pour « financer leur développement » ou « racheter leurs actions ».

L'AMF souhaite accompagner une réorientation de l'épargne vers des produits plus directement orientés vers le financement de l'économie réelle. Crédit: iStock.

Malgré des performances exceptionnelles en 2019, la désaffection des entreprises pour la Bourse s’est confirmée l’année dernière, avec des entreprises qui préfèrent s’endetter à bas coûts, a constaté mercredi le patron de l’AMF. « Le retour d’une orientation très accommodante de la politique monétaire » a permis au « CAC 40, dividendes réinvestis » de progresser « de plus de 30% sur l’année », a noté le président de l’Autorité des marchés financiers (AMF), Robert Ophèle, à l’occasion de la présentation de ses vœux à la presse.

« Cette progression remarquable ne doit cependant pas faire illusion, elle s’accompagne d’un désengagement là encore inédit vis-à-vis du financement par émission d’actions cotées », a-t-il complété. Dans un contexte de taux très bas, les entreprises préfèrent la dette pour « financer leur développement » ou « racheter leurs actions », selon M. Ophèle.

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Et, à la Bourse de Paris, « si les montants collectés à cette occasion sont significativement supérieurs à ceux de 2018 (un peu moins de 3 milliards d’euros), c’est intégralement dû aux intégrations phare de la fin d’année, la Française des Jeux et Verallia (95% de la collecte annuelle sur ces deux opérations) », a-t-il ajouté.

Un même désamour du marché pour les épargnants

Ce désamour pour le marché boursier s’est également reflété dans l’épargne des Français au premier semestre 2019, qui a continué de s’orienter massivement vers l’immobilier ou les placements sans risques et liquides.

Et ce, alors même que « ces produits devraient dans les années à venir tous présenter des rendements réels négatifs et que le financement de l’immobilier par endettement a touché ses limites », a souligné M. Ophèle.

D’où la nécessité, pour l’AMF, « d’accompagner une réorientation de l’épargne vers des produits plus directement orientés vers le financement de l’économie réelle, plus risqués et/ou moins liquides » mais contribuant à une croissance économique durable « assurant en particulier la transition énergétique ».

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Le financement de cette transition « est un enjeu considérable » et si on le dévoie, « nous ratons à la fois l’objectif (de financement) et la crédibilisation du système financier », car il s’agit aussi de « réconcilier d’une certaine manière le plus grand nombre avec la finance », a jugé M. Ophèle.

« Mais il y a un tel flou » dans ce que recouvre la finance durable, « que l’on peut parfois mettre sous une étiquette des choses qui n’ont pas grand-chose à voir entre elles », ce qui peut conduire à des pratiques de « greenwashing », d’après lui.

Les choses sont toutefois « en train de changer », s’est félicité le patron de l’AMF, grâce notamment à l’émergence d’une taxonomie européenne. L’AMF doit d’ailleurs préciser avant la fin du trimestre sa doctrine en la matière.

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