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Brexit: la place de Paris a-t-elle réussi le pari de l’attractivité ?

Les relocalisations dans la finance représentent environ 60% de l'ensemble des emplois relocalisés en Ile-de-France depuis le référendum sur le Brexit en juin 2016.

Crédit: iStock.

Alors que le Brexit devrait être définitivement acté à la fin du mois, ouvrant la voie à une période de transition jusqu’à fin 2020, la place de Paris aurait déjà bénéficié de la relocalisation de quelque 4.000 emplois directs dans le secteur de la finance.

C’est en tout cas le chiffre avancé début janvier par Paris Europlace, l’organe de promotion de la place financière parisienne, qui se base sur le recensement établi par le guichet unique « Choose Paris Region », chargé d’accompagner les entités souhaitant s’implanter en région parisienne. « Nous avions prévu environ 5.000 emplois directs relocalisables à court terme vers Paris », a rappelé le délégué général de Paris Europlace, Arnaud de Bresson, à l’occasion d’un point presse le 9 janvier. Or « nous sommes très près de ce chiffre » avec « aujourd’hui environ 4.000 emplois décidés », a-t-il précisé.

Les relocalisations dans la finance représentent à ce jour 78 projets pour 3.571 emplois, soit environ 60% de l’ensemble des emplois relocalisés en Ile-de-France – quelque 5.500 – depuis le référendum sur le Brexit en juin 2016, a confirmé jeudi à l’AFP Frank Margain, le président de Choose Paris Region.

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Parmi ces relocalisations, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a fait état, pour ce qui la concerne, d’une « augmentation directe des effectifs liés au Brexit de plus de 1.500 personnes » d’ici à la fin 2020, selon son président, Robert Ophèle.

« L’AMF a enregistré et donné à ce jour son accord à 22 demandes d’agréments à des entreprises d’investissement dans le cadre du Brexit, (…) et elle a donné également son accord à vingt demandes de sociétés de gestion de portefeuille », a indiqué M. Ophèle à l’occasion de ses vœux à la presse le 8 janvier. A quoi s’ajoute « le renforcement de l’activité en France des succursales d’entités classées dans d’autres pays de l’Union » européenne, a-t-il ajouté.

Si les opérations de marché sont particulièrement représentées parmi ces agréments accordés par le régulateur français, avec notamment une forte présence des brokers, les profils des acteurs sont globalement très divers, constate l’AMF. Même des fonds d’investissement traditionnellement basés à Londres se risquent désormais à traverser la Manche.

« Nous avons un écosystème de capital-investissement à Paris qui est très dynamique, et des fonds comme KKR y installent des équipes », en l’occurrence une dizaine de collaborateurs, « ce qui n’était pas le cas auparavant », a ainsi relevé Augustin de Romanet, le président de Paris Europlace.

Quelques batailles significatives

Paris doit-il pour autant crier victoire? En juillet, à l’occasion du forum annuel de Paris Europlace, Matignon reconnaissait que les calendriers de relocalisations avaient pris du retard du fait du décalage du Brexit. « Nous sommes sur des décisions et des processus qui sont très longs » mais « les gens sont obligés de venir sur le Continent ». « Nous avions tablé sur 10.000 emplois » relocalisés au total, un objectif qui paraît atteignable maintenant que le Brexit a effectivement lieu, juge M. Margain.

Face à la concurrence de Dublin, Francfort et Amsterdam, nous sommes « en guerre, une guerre qui prendra fin quand tout le Brexit sera totalement terminé, mais nous avons remporté quelques batailles significatives », estime-t-il.

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Si la banque britannique HSBC a drastiquement réduit la voilure de ses relocalisations en France, Bank of America a ouvert en février dernier une nouvelle filiale française, qui emploie environ 400 personnes, dont une majorité était jusque-là basée à Londres. « Mais toutes les grandes banques internationales, américaines d’abord comme JPMorgan, Morgan Stanley, Goldman Sachs également, augmentent leurs équipes (françaises) dans des métiers très précis » même si c’est « sans le claironner », a assuré M. De Bresson.

C’est le cas également de Barclays, qui selon lui aurait créé entre 70 et 80 postes dans la capitale française, tandis que Standard Chartered aurait accru ses équipes parisiennes dans les mêmes proportions.

Même si toutes les relocalisations ne sont pas encore effectives, « il y a un flux qui est en cours et qui se développe », a encore avancé le délégué général de Paris Europlace.

Un optimisme partagé par le patron d’Euronext, Stéphane Boujnah, pour qui le mouvement de transferts de postes financiers de Londres vers la place parisienne « va s’accélérer et en particulier va se cristalliser à l’été prochain ». De quoi conforter l’exécutif dans son opération séduction alors que se tient lundi à Versailles le sommet « Choose France », consacré à l’attractivité de l’Hexagone pour les investissements étrangers.