« Les fonds ISR s’en sortent mieux que les fonds classiques »

Les sociétés ESG se sont mieux comportées que les autres au cours de la récente correction boursière. Coline Pavot, responsable de la recherche ESG à La Financière de l’Echiquier, nous explique pourquoi.

Selon la responsable de la recherche ESG à La Financière de l’Echiquier, Coline Pavot, "l’intérêt des Français pour l’investissement responsable a de fortes chances de continuer de croître". Crédit: iStock.

Les fonds durables s’en sortent-ils mieux que les fonds classiques ?

Coline Pavot : Une étude de la banque Bank of America Merrill Lynch publiée fin mars a montré que les sociétés les plus « sociales » – c’est-à-dire les mieux notées sur ce critère – avaient surperformé entre 5 et 10 points en bourse par rapport aux indices de référence durant la récente correction boursière.

A La Financière de l’Echiquier, nos fonds ISR s’en sortent mieux, avec des performances supérieures de 8 à 15% par rapport à leurs indices de référence. Cette meilleure résistance s’explique par plusieurs facteurs.

Les bons acteurs ESG – Environnement, Social et Gouvernance – sont pour la plupart des valeurs de croissance. Ce biais croissance a été favorable à nos fonds ISR et constitue un amortisseur – la fameuse fuite vers la qualité – en période de baisse des marchés.

Ensuite, les fonds ISR sont souvent absents d’un certain nombre de secteurs, soit exclus par la gestion ISR, soit parce que de facto ils comportent peu de bons acteurs ESG. Il s’agit par exemple des énergies fossiles, des banques ou du transport aérien. Or les groupes pétroliers ou les compagnies aériennes ont été très fortement impactés par la crise.

L’autre atout est la gestion des risques extra-financiers des entreprises en portefeuille. Celles qui déploient des politiques RSE actives sont aussi les plus défensives. Elles ont réalisé un travail préalable d’identification des risques extra-financiers, et sont donc mieux préparées pour les gérer aujourd’hui, que ce soit en termes de communication interne, d’organisation du télétravail ou d’organisation de la chaîne d’approvisionnement, etc.

Enfin, en tant qu’investisseur responsable, nous avons une vision de long terme. L’investisseur responsable ne vend pas ses titres dès qu’ils baissent. Nous avons au contraire mis à profit la baisse de certaines valeurs, revenues à des niveaux de valorisation attractifs, pour les entrer en portefeuille.

Beaucoup de gens se projettent déjà sur l’après crise sanitaire, et anticipent que les comportements seront différents. En matière d’épargne et d’investissement, cela se traduira-t-il par un surcroît d’intérêt pour l’investissement durable ?

Coline Pavot : L’investissement durable s’inscrivait déjà, avant la crise sanitaire du Covid-19, dans une dynamique forte. Un véritable changement sociétal s’est opéré au cours des derniers mois du côté des investisseurs particuliers, il s’est manifesté dans les nouveaux modes de mobilité, dans les habitudes de consommation, et enfin, a touché l’épargne.

Si l’on en croit certaines publications, le monde d’après sera plus responsable. Ce qui laisserait à penser que ce mouvement alimentera tout naturellement des produits d’épargne responsable. D’autant que 53% des Français selon un sondage Odoxa épargneront davantage suite à la crise.

Je pense que les choix se porteront alors sur les entreprises qui auront démontré une véritable capacité de rebond, qui auront su se mobiliser durant la crise pour apporter leur aide (à l’image d’Air Liquide par exemple qui produit des respirateurs), ou qui auront pris des mesures pour accompagner leurs parties prenantes (en accordant un délai aux clients pour le paiement de leurs factures et en raccourcissant le délai de paiement de leurs fournisseurs, comme L’Oréal par exemple).

L’intérêt des Français pour l’investissement responsable a de fortes chances de continuer de croître.

Est-ce que la gestion du coronavirus sera désormais prise en compte dans les critères ESG ?

Coline Pavot : Le risque sanitaire est déjà pris en compte par les entreprises dans leur matrice des risques, au même titre que les risques physiques (cf. risques de catastrophes naturelles et d’événements climatiques extrêmes). Les entreprises doivent être en mesure d’assurer la continuité de leur activité, quel que soit le choc exogène subi. Des plans sont prévus à cet effet pour faire face à une baisse de la production de 10, 20, ou 50%.

Nous observerons néanmoins la façon dont les entreprises ont réagi. Et plus particulièrement la gestion des ressources humaines. Si elles doivent procéder à des licenciements, dans quel cadre ont-ils lieu ? Quelles sont les mesures d’accompagnement mises en place pour les salariés licenciés ?

Nous serons aussi très attentifs à la gouvernance, un critère primordial à nos yeux. La manière dont la crise a été gérée (santé des salariés, communication interne et externe, …) sera étudiée.

La politique de mécénat et de philanthropie des entreprises, en d’autres termes les dons de l’entreprise ou des dirigeants à titre personnel, sera aussi prise en compte.

Il faudra enfin repérer les entreprises dont le business model n’est plus en phase avec l’environnement d’après crise et qui devront l’amender.

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