Charles-Edouard Bilbault : « Les grandes mines d’or sont devenues attractives pour des investisseurs généralistes »

Alors que l’or retrouve les faveurs des investisseurs, via les pièces ou les ETF, les valeurs aurifères sont souvent méconnues du grand public. Charles-Edouard Bilbault, gérant chez Rothschild & Co Asset Management Europe, nous présente les tenants et aboutissants du secteur des mines d’or.

Pour Charles-Edouard Bilbault, gérant chez Rothschild & Co Asset Management Europe, les mines d'or sont désormais capables d'offrir un retour à leurs actionnaires.

L’or s’échange au plus haut, autour de 1.700 dollars l’once. Le mouvement haussier va-t-il se poursuivre ?

Charles-Edouard Bilbault : L’or physique évolue dans un contexte favorable en raison des taux d’intérêt réels légèrement négatifs aux Etats-Unis, de la montée des risques géopolitiques illustrés par les tensions entre la Chine et les Etats-Unis (sur les échanges commerciaux, l’avenir de Hong-Kong, etc), mais aussi des incertitudes macro-économiques avec la récession mondiale qui s’annonce.

L’or constitue également une alternative à la création monétaire débridée mise en place par les banques centrales pour répondre à la crise sanitaire. 4,5 trillards d’euros sont investis en Europe dans des actifs générant des rendements négatifs.

La demande physique se révèle forte également de la part des investisseurs, sous forme de lingots ou d’ETF, mais aussi de la part des ménages chinois et indiens pour la bijouterie, même si cette dernière s’est tarie durant les mois de confinement. En face, la ressource se raréfie. La production d’or depuis le début de l’humanité tient dans un cube de 21 mètres sur 21.

Quelles sont les grandes caractéristiques du secteur des mines d’or ?

Charles-Edouard Bilbault : Le secteur des mines d’or s’est restructuré depuis le dernier pic des cours de l’or en 2012 afin de profiter à plein de l’effet de levier de l’évolution des cours de l’once sur les résultats.

A l’époque, les groupes aurifères privilégiaient la production coûte que coûte. Ce qui s’est traduit par un renchérissement des coûts, une augmentation des investissements, des projets d’exploration et de production dans des endroits toujours plus reculés, etc.

L’industrie aurifère évolue dans un environnement difficile. Le taux de succès de l’exploration est faible, seule une découverte sur dix est exploitée. Les conditions financières, environnementales et techniques d’exploitation des mines se sont durcies, rendant plus longues et compliquées les conditions d’octroi des permis. Entre la découverte d’un gisement, le premier forage d’exploration, la construction de la mine et l’extraction de la première pépite, une dizaine d’années se sont écoulées.

La production d’or des mines est stable d’une année sur l’autre, mais les ressources géologiques se raréfient. Alors que la concentration en minerai s’élevait à 1,6 gramme par tonne en 2004, elle est tombée à 0,80 gramme en 2020.

Conséquence, les mines s’appauvrissent. Leur durée moyenne d’exploitation est passée de 15 ans en 2004 à 10 ans aujourd’hui.

Les groupes aurifères ont alors réduit leurs coûts de production grâce à la faiblesse des devises des pays où l’or est produit par rapport au dollar et la baisse des prix de l’énergie (qui représente 30% du total des coûts).

Les investissements ont été rationalisés et l’endettement diminué. Cette restructuration de l’industrie a rendu les groupes aurifères plus sains, plus profitables, capables de générer des cash flows.

Enfin, le secteur s’est consolidé. Ce mouvement a concerné les principaux acteurs de l’industrie, comme en attestent les fusions entre Barrick Gold et Randgold Resources, et entre Newmont Mining et GoldCorp. Il touche désormais les Midcaps, des sociétés qui exploitent un ou deux projets, qui souhaitent rationaliser leurs coûts administratifs et atteindre une taille critique afin d’être plus attractives auprès des investisseurs.

Capables désormais de proposer un retour aux actionnaires, et fortes de capitalisations supérieures à 30 milliards de dollars, les leaders du secteur sont devenus attractifs pour des investisseurs généralistes.

Sachant que la capitalisation du secteur dans sa globalité représente à peine un quart de celle d’Apple.

Comment voyez-vous évoluer les cours des mines d’or dans les semaines qui viennent ?

Charles-Edouard Bilbault : Les mines d’or ont connu un passage à vide au début de l’année, en raison de prises de bénéfices après une excellente année 2019.

Une fois passées les turbulences boursières dues au Covid-19, et suite aux différents stimuli mis en œuvre par les banques centrales, l’appétit pour l’or est revenu, et par corollaire pour les mines qui enregistrent depuis lors de solides performances.

Sur un plan opérationnel, certaines exploitations ont été perturbées par le virus, mais elles ont pu pour la plupart reprendre. Les groupes aurifères ont d’ailleurs confirmé leurs prévisions de production, et même, peu de secteurs peuvent en dire autant, leurs prévisions annuelles de bénéfices par action.

Les leaders du secteur, Barrick Gold et Newmont Mining, prévoient, sur la base d’un cours de l’or de 1.700 dollars l’once, de dégager 15 milliards de dollars de liquidités au cours des cinq prochaines années. Des sommes qui seront en majorité réallouées vers les actionnaires.

Longtemps, le secteur aurifère a détruit de la valeur. Ce n’est plus le cas. Les groupes ont démontré leur capacité à contenir leurs coûts et à offrir le levier le plus fort possible à la hausse des cours du métal jaune.

La poursuite de la consolidation offrira aussi des opportunités aux investisseurs, sachant que les primes d’acquisition ressortent en moyenne à 30%. Les petites sociétés d’exploration pourraient constituer des cibles pour les majors dans le but d’accroître leurs découvertes, assurer la pérennité de leurs productions minières, et leur rentabilité du capital.

Grâce aux progrès réalisés en termes de rentabilité, et à la poursuite du mouvement haussier sur l’or, lié désormais au moindre soubresaut sur une possible reprise de l’inflation, les mines d’or devraient continuer de séduire toujours plus d’investisseurs.

Sur le même thème

bourse marchés financiers

Réactions et commentaires

Sur la même thématique