Les petites et moyennes valeurs cotées sont armées pour affronter la crise

En ces de temps de crise, la course à la liquidité est devenue la priorité des entreprises. En dépit des mesures d’aide mises en place, de nombreuses faillites devraient avoir lieu. Les petites et moyennes entreprises cotées semblent moins exposées à ce risque que les sociétés non cotées. Etat des lieux avec Frédérique Caron et Quentin Hoareau, gérants chez Mandarine gestion.

Selon Frédérique Caron et Quentin Hoareau, gérants chez Mandarine gestion, "beaucoup d’entreprises cotées possèdent une trésorerie nette positive. Ce qui les place dans une position favorable pour affronter la crise". Crédit: iStock.

La récession que le monde traverse se traduira inexorablement par des faillites d’entreprises. Les petites et moyennes sociétés sont a priori les plus menacées.

Mais la situation diffère par rapport à la crise financière de 2007, notamment pour les sociétés cotées.

« L’action de la banque centrale européenne, et les plans de soutien des gouvernements devraient permettre d’aider un grand nombre d’entreprises à traverser cette crise, à la différence de 2007, fait remarquer Frédérique Caron, gérante chez Mandarine Gestion. Les sociétés ont aujourd’hui accès à différentes solutions de financement ».

Quentin Hoareau, gérant chez Mandarine gestion, renchérit : « Les entreprises cotées se montrent plus vigilantes en matière de solidité financière en raison de la plus grande transparence exigée par les investisseurs ».

Il fait d’ailleurs remarquer : « les petites valeurs ont un levier d’endettement (rapport dette nette sur Ebitda) inférieur à celui d’avant la crise financière de 2007, ce qui démontre le travail réalisé pour améliorer leur bilan ».

Dans cette période, où l’activité repart à peine après deux mois d’arrêt presque total, disposer de liquidités revêt une importance vitale : « l’élément principal pour les sociétés consiste à s’assurer qu’elles disposent suffisamment de liquidités pour continuer leur activité », commentent les deux gérants.

Pour ce faire, « elles procèdent à des réductions de leurs coûts, coupent dans les dépenses, reportent certains plans d’investissements, renégocient leurs emprunts pour s’assurer des échéances de remboursement les plus éloignées dans le temps, et revoient leurs covenants avec leurs banquiers pour éviter des sanctions allant de la pénalité au remboursement anticipé », indiquent-ils.

Des appels au marché

Et pour celles dont les besoins de refinancement étaient pressants, « elles ont fait appel aux marchés profitant de conditions plus attractives après le rebond des marchés mi-mars » note Frédérique Caron. Des opérations de ce type ont eu lieu au Royaume-Uni (Abcam, Keywords, ou encore Auto Trader), mais l’opération la plus emblématique est l’augmentation de capital express réalisée par Eurofins Scientific d’un montant de 535 millions d’euros mi-mai. Destinée en partie à réduire son endettement mais surtout à financer la croissance du groupe dans la lutte contre le Covid-19, elle a rencontré un vrai succès.

« Les investisseurs souscrivent à ces opérations quand le modèle de développement est créateur de valeur sur le long terme », explique-t-elle.

Toutes les sociétés ne sont pas dans cette situation.

« Beaucoup d’entreprises cotées possèdent une trésorerie nette positive. Ce qui les place dans une position favorable pour affronter la crise », explique Quention Hoareau. Et de donner quelques exemples : « Barco, une société belge qui fournit des solutions de visualisation pour les professionnels, Belimo, un fabricant d’appareils de contrôle pour les systèmes de ventilation et de chauffage, Solutions 30, le partenaire du dernier kilomètre pour les opérateurs télécoms ou encore GTT, société d’ingénierie spécialisée dans les systèmes de confinement à membranes dédiés au transport et au stockage du gaz ».

Peu d’acquisitions à court terme

Ces sociétés sont bien placées pour saisir les opportunités qui se présenteront. Mais va-t-on assister à des opérations d’acquisitions pour autant ? « Il y aura peu d’acquisitions dans les semaines à venir, tempère Frédérique Caron. La situation reste compliquée, et la crainte d’une deuxième vague de contaminations réduit la visibilité. Les conditions ne sont pas réunies pour réaliser les due diligences et pour établir des business plan crédibles. Les niveaux de résultat sont difficiles à établir ».

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Les sociétés qui vont traverser la crise sans dommage, en sortiront renforcées surtout si elles évoluent dans un secteur fragmenté. « Les mouvements de concentration devraient plutôt se produire en 2021 ».

Des sociétés comme Teleperformance, qui a construit son développement en partie à base d’acquisitions, une stratégie qui l’a amené à entrer au CAC 40, Rubis spécialiste français de la distribution et du stockage d’énergie, ou encore la société irlandaise Kingspan, qui fabrique des matériaux de construction isolants les bâtiments sont des candidats parfaits à la consolidation de leur secteur.

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