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Bourse : le thème des infrastructures au coeur des plans de relance « verts »

Pour amortir les dégâts causés par la pandémie, les gouvernements ont placé les infrastructures au cœur de leurs plans de relance, et ce avec une forte orientation verte. Julie Arav, gérante de fonds chez DNCA Investments, nous explique comment le secteur des infrastructures va évoluer et pourquoi il reste un thème d’investissement porteur.

Prix de l'énergie
Crédit : iStock.

Le thème des infrastructures comptait parmi les plus prisés par les investisseurs avant le début de la crise sanitaire. Il se retrouve aujourd’hui au cœur des plans de relance annoncés un peu partout dans le monde et notamment en Europe.

Julie Arav, gérante de fonds chez DNCA Investments, confirme : « les infrastructures offrent d’excellentes opportunités à long terme. Elles constituent les épines dorsales de toutes les économies. Sans des infrastructures de transport, de télécommunication, d’énergie, numériques, efficaces, un pays ne fonctionne pas ».

Et la gérante d’ajouter : « il s’agit d’actifs tangibles, qui bénéficient d’une demande réelle et qui s’appuient sur des activités prévisibles résilientes, et pour lesquels il existe des barrières capitalistiques et réglementaires à l’entrée. Les entreprises du secteur signent des contrats de longue durée, généralement indexés sur l’inflation. Les infrastructures constituent une thématique défensive, historiquement porteuse, et ce constat s’est renforcé dans un contexte macro-économique incertain ».

Mais la crise sanitaire a remis en cause de nombreuses certitudes. Le secteur des infrastructures n’a pas échappé à l’impact du confinement. Avec l’arrêt des flux de voyageurs, l’activité des aéroports et des autoroutes s’est retrouvée au point mort pendant plusieurs semaines, une situation inimaginable.

La même constatation s’applique pour la production d’électricité, impactée pour partie par les arrêts de production industrielle.

Et si le trafic routier a repris une fois le confinement levé, la reprise du trafic aérien s’annonce longue et compliquée.

Julie Arav se dit néanmoins confiante « dans le retour au niveau d’activité d’avant la crise, même si la trajectoire de reprise pourrait s’étendre sur plusieurs années. Une fois rassurés sur le plan sanitaire, avec la découverte d’un vaccin ou d’un traitement contre le virus, les gens reprendront leurs habitudes. La crise ne remet pas en question l’aspect défensif du secteur ».

De nouveaux enjeux

L’épidémie a en revanche accéléré certaines mutations, comme le travail à distance ou le développement des nouvelles mobilités. Julie Arav explique : « les infrastructures vont répondre à de nouveaux enjeux, écologiques, numériques, des villes de demain. La définition du secteur va évoluer. Les équipementiers situés en amont du secteur – les sociétés qui offrent des services numériques, d’IOT, etc – qui vont avoir un impact sur les infrastructures de demain, vont élargir son champ. Les plans de relance annoncés, qui mettent l’accent sur la transition écologique, mettent en exergue ces changements. »

Montée en puissance des énergies renouvelables, développement de l’hydrogène, amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, mobilité durable, etc, composent le menu des programmes de relance mis en place.

« Les producteurs d’électricité qui sont déjà présents dans les énergies alternatives traditionnelles – éolien, éolien en mer, solaire – vont profiter de ce nouvel élan. Des groupes comme Enel, Iberdrola, EDP ou encore Orsted sont bien positionnés pour bénéficier de l’intensification des investissements verts », note Julie Arav.

D’autres, comme Engie ou l’italien Snam, se sont lancés dans le développement de l’hydrogène.

En raison de l’intermittence des ENR, mais aussi de la croissance des voitures électriques et de la nécessité de les recharger, les réseaux électriques vont devoir s’adapter, devenir « intelligents ». « De nombreuses utilities sont déjà impliquées dans les « smart grids », la digitalisation des réseaux, qui nécessitent des investissements importants et une évolution des modèles historiques des gestionnaires de réseaux », fait remarquer la gérante. Et de citer : « les géants allemand et italien E.on et Enel ».

Une définition du secteur plus large

La mobilité durable constitue un autre enjeu majeur. « Les nouveaux usages et nouvelles mobilités sont également des thèmes porteurs pour la croissance des infrastructures et leur évolution digitale, indique la gérante. Des groupes comme Getlink ou Alstom s’inscrivent dans ces transitions ».

L’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments est au cœur de la transition énergétique. « Outre la rénovation au travers d’une meilleure isolation et l’utilisation de matériaux innovants, elle passe aussi par une plus grande digitalisation afin de contrôler à distance la consommation d’énergie des bâtiments, et d’améliorer la sécurité des installations, indique Julie Arav. Des groupes comme Saint-Gobain, Sika, Schneider ou encore Siemens, qui ne sont pas des « pure players » du secteur, accompagnent l’évolution des infrastructures traditionnelles et rentrent désormais dans la chaîne de valeur ». 

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Enfin, devenus « critiques », les réseaux télécoms ont démontré toute leur efficacité durant la crise, avec un bon déploiement sur tout le territoire. « Les opérateurs télécoms sont toujours confrontés à la rentabilité de leurs investissements, et doivent encore convaincre les autorités de les soutenir », juge la gérante de DNCA investments. « La crise va accélérer la transition numérique. Plus de technologie et de connectivité seront nécessaires au développement des villes connectées ». Le déploiement de la 5G et de la fibre va devenir primordial en raison de l’accroissement de l’utilisation des réseaux, de l’augmentation des données en circulation, des problèmes de sécurité inhérents, etc.

Avec la transition énergétique, la thématique des infrastructures évolue, tout en conservant son caractère défensif et porteur en Bourse.