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Pourquoi Wall Street reste la Bourse la plus attractive au monde

Alors que la propagation du virus s’est avérée hors contrôle aux Etats-Unis, les bourses américaines ont continué d’attirer les capitaux et de faire le plein d’introductions. Alexandre Baradez, Responsable Analyses Marchés chez IG France, nous explique pourquoi Wall Street reste la place boursière la plus attractive au monde.

Wall Street

Beaucoup de sociétés préparent leur introduction à Wall Street, dont certaines très célèbres comme Airbnb, tandis que les opérations sont rares voire inexistantes à Paris. Comment expliquer ce manque d’attrait de la place parisienne, et plus largement des marchés européens.

Alexandre Baradez, Responsable Analyses Marchés chez IG France, nous indique : « Le constat est plus large. La capitalisation boursière des marchés révèle l’attractivité de la zone. L’EuroStoxx600 capitalise 9.940 milliards d’euros tandis que le Dow Jones, qui comprend à peine 30 valeurs, 9.160 dollars et les S&P 500, l’indice qui représente le mieux l’ensemble de la cote américaine, 30.300 milliards ». Et il explique : « Ces chiffres révèlent l’appétit des investisseurs pour les marchés américains, et expliquent pourquoi les flux s’y concentrent. La situation s’est avérée encore plus vraie au cours des derniers trimestres, où les marchés américains ont attiré l’ensemble des capitaux, et notamment les valeurs technologiques. »

Les sociétés américaines ont procédé à d’importants programmes de rachat d’actions, « ce qui a tiré à la hausse les indices, renforcé leur attrait, et profité indirectement à toutes les valeurs », ajoute-t-il.

Cette situation s’explique aussi par la réactivité des autorités américaines : « Wall Street a joué le rôle de valeur refuge, alors que la gestion de la crise sanitaire s’est avérée sur place chaotique, voire désastreuse. Mais les Etats-Unis ont encore fait preuve d’une réactivité monétaire et politique plus forte et plus rapide que l’Europe. Historiquement, cela se vérifie à chaque fois. Le bilan de la Fed a augmenté de 3.000 milliards en l’espace de quelques mois. Et même si une partie seulement de cet argent est allée vers les entreprises, cela compte pour les investisseurs. Les marchés très capitalisés attirent un maximum d’introductions en Bourse. »

L’Europe, victime collatérale de la guerre commerciale sino-américaine

Comment expliquer que l’Europe ne s’en sorte pas mieux. Alexandre Baradez indique : « Selon une étude de PwC, deux facteurs ont pesé sur l’évolution des bourses européennes : l’incertitude autour du Brexit, et les craintes que l’Europe soit une victime collatérale des tensions commerciales entre la Chine et les USA. »

Les valeurs technologiques américaines, très présentes en Chine, auraient pu elles aussi être pénalisées. Or elles ont échappé aux courroux des marchés. « L’exemple d’Apple est à cet égard parlant, fait remarquer Alexandre Baradez, c’est un marché important pour la marque et pourtant cela n’a eu aucune incidence sur le titre, dont la valorisation a même atteint un temps la barre des 2.000 milliards de dollars ».

Alexandre Baradez se montre néanmoins confiant pour les marchés européens. « Une dynamique positive peut se mettre en place, indique-t-il. Les négociations commerciales sur le Brexit doivent arriver à leur terme d’ici mi-octobre. Si un accord est trouvé, un frein à l’appréciation des marchés sera levé. D’autre part, s’il y a un changement d’administration aux Etats-Unis, les tension sino-américaines devraient un peu s’apaiser ».

Les bourses américaines, le Nyse pour l’heure, le Nasdaq bientôt, ont assoupli les modalités d’introduction. Alexandre Baradez y voit la « volonté des autorités d’accroître l’attractivité et la compétitivité des places boursières américaines à un moment où la Chine souhaite de son côté accélérer l’ouverture de ses marchés aux investisseurs étrangers. »

Cette démarche va à l’encontre de l’administration américaine qui veut renforcer les contrôles sur les sociétés étrangères souhaitant s’introduire en bourse, et notamment les chinoises, et sur celles déjà cotées.

« L’idée sous-jacente est de s’assurer que les flux gigantesques des fonds de pension et de retraite américains se dirigent bien vers les sociétés américaines », explique le Responsable Analyses Marchés chez IG France.

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Les marchés financiers font face aussi à la concurrence du Private Equity qui profite de l’abondance des liquidités.

« L’Europe va devoir réagir », note Alexandre Baradez. « L’image de la France s’est nettement améliorée. Si le CAC 40 qui est le plus important indice d’Europe en termes de capitalisation accélère, les introductions en Bourse devraient reprendre », conclut-il.