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La Bourse japonaise, en quête de la reprise mondiale

La démission de M. Shinzo Abe pour des raisons de santé et son remplacement par M. Yoshihide Suga n’ont pas provoqué de véritables bouleversements dans le pays du soleil levant. Notamment sur le plan de la politique économique.

Alexandre Hezez, directeur de la gestion financière, stratégiste et allocataire chez Richelieu Gestion, le confirme : « Malgré le changement de premier ministre, la continuité s’installe au Japon que ce soit au niveau de la politique monétaire ou de la politique budgétaire ».

Et d’ajouter : « La banque centrale japonaise conservera le caractère ultra-accommodant de sa politique monétaire, et n’hésitera pas à en faire davantage, mais la question de la pression sur les prix du fait d’une hausse de la devise se pose ».

« Aucune rupture n’est à attendre », rajoute Guy de Tonquedec, gérant de portefeuille chez Lazard Frères. « Le nouveau premier ministre, Yoshihide Suga, conserve une vision et une équipe très proches de celles de son prédécesseur Shinzo Abe dont il était le bras droit » explique Alexandre Hezez.

Pas de révolution à attendre, mais des ajustements auront lieu dans certains domaines.

« L’accent sera mis sur certaines priorités comme l’accroissement de la productivité de l’industrie japonaise – via la création d’une agence du numérique pour accélérer la transition – ou la rationalisation du secteur bancaire, qui est très fragmenté, avec la présence d’une multitude de petites banques régionales peu rentables », explique Guy de Tonquedec.

« Le nouveau premier ministre devra, dans la continuité de son prédécesseur, présenter un programme de redressement du Japon dans le prolongement des 6 flèches des abenomics, en les amplifiant (politique fiscale). Le nouveau premier ministre présentera un nouveau paquet de mesures avec la même méthode et trouvera d’autres actions, certainement encore plus marquées vers une croissance verte et durable », renchérit Alexandre Hezez.

Amélioration du retour à l’actionnaire

Qu’attendre dans ces conditions de la Bourse japonaise ?

« En raison d’une forte présence de valeurs cycliques, la Bourse amplifie l’évolution de l’activité mondiale, elle se comporte bien en conséquence dans les phases de reprise, indique Guy de Tonquedec. Les sociétés japonaises ont aussi fortement amélioré le retour à l’actionnaire : très peu ont annulé ou réduit leur dividende, elles ont réformé leur gouvernance à la suite des réformes Abe, les programmes de rachat d’actions ont été poursuivis, et les investissements de croissance n’ont pas été abandonnés, contrairement à la crise de 2008 ».

L’indice Nikkei, le principal indice de Kabuto-Cho, la Bourse japonaise, accuse un repli d’à peine 2% depuis le 1er janvier, une performance à comparer à celle du CAC 40 en retrait de 21% sur la même période.

L’indice nippon fait aussi mieux que l’indice parisien sur 5 ans, avec un gain de près de 30% contre 5%. En revanche, sa performance est inférieure à celle du Dow Jones (+ 64%) et du Nasdaq (+ 128%) sur la même période.

« Le marché japonais est victime de désaffection. Il est peu cher, mais les sociétés japonaises ont pour beaucoup d’entre elles une gestion « paresseuse » de leur bilan. Elles commencent néanmoins à faire des progrès : des OPA hostiles sont déclenchées entre groupes japonais, et on assiste à des rachats de filiales cotées en Bourse. Des événements en soi », conclut Guy de Tonquedec. Sony a ainsi racheté la participation de 35% du capital qu’il ne détenait pas encore de sa filiale de services financiers Sony Financial.

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L’arrivée sur le marché japonais d’investisseurs avisés et célèbres comme Warren Buffet, via sa holding Berkshire Hathaway, qui a pris récemment des participations dans des sociétés de négoce, mais aussi de grands fonds d’investissement (KKR, Carlisle, etc.), pourrait donner un nouvel éclat à la Bourse japonaise. Kabuto-Cho est prêt à rebondir.