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Bourse : comment investir dans le non-coté

Si quelques clics suffisent pour acheter une action en Bourse, investir dans des entreprises non cotées est plus complexe, mais les offres à destination des épargnants se multiplient. Voici quelques clés pour bien les comprendre. Enquête.

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Crédit: iStock.

Les investissements en actifs non cotés peuvent prendre plusieurs formes. Lorsque l’on place sa mise en fonds propres, c’est-à-dire que l’on devient actionnaire d’une entreprise non cotée sur les marchés boursiers, on parle de capital-investissement ou encore de private equity. On peut également s’intéresser à la dette émise par les entreprises (et donc à leur financement) : on parle alors de « dette privée », ce qualificatif s’opposant à la notion anglo-saxonne de titres « publics » terme qui, outre-Manche, désigne les actifs cotés disponibles auprès du public, et non les entreprises étatiques.

Le capital-investissement se subdivise lui-même en plusieurs segments, en fonction du type d’entreprise visé : on évoque ainsi le capital-risque pour le financement de sociétés en phase de démarrage, pas encore rentables (disons, pour simplifier, des start-up) ; le capital-développement quand il s’agit de financer u ne phase d’expansion, par exemple géographique, d’une entreprise déjà rentable ; ou de capital-transmission, lorsque l’objectif est de faciliter le transfert du contrôle d’une entreprise d’un dirigeant à un autre.

Le private equity jusqu’ici chasse gardée des institutionnels

Historiquement, le private equity était l’apanage des investisseurs institutionnels, du fait de sa complexité et de ses contraintes, dont celle de ne pas pouvoir revendre facilement ses titres. Les fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI) apparus il y a une vingtaine d’années, puis les fonds d’investissement de proximité (FIP) ont fourni une première occasion aux particuliers de se frotter aux investissements non cotés (voir encadré page suivante) . Aujourd’hui, les offres de capital-investissement à destination des épargnants sortent de cette niche fiscale relativement limitée.

« Comme l’immobilier d’entreprise et les produits structurés, le capital-investissement fait partie des classes d’actifs qui se développent auprès des particuliers, explique Latifa Kamal, directrice développement produits et ingénierie patrimoniale du groupe de gestion d’actifs Primonial. Dans un premier temps, la loi Macron, votée en 2015, a favorisé l’accessibilité de cette classe d’actifs via l’assurance vie. Depuis, avec la loi Pacte de 2019, le plafond du montant d’un contrat pouvant être investi en capital-investissement a été porté à 50 %, voire 100 %. »

Les bonnes raisons d’investir dans le capital-investissement

Si l’offre de private equity se développe, en quoi est-elle intéressante pour l’épargnant ? Tout d’abord, attention aux idées fausses ! « L’argument de la moindre volatilité souvent avancé en faveur du private equity est quelque peu trompeur : un actif qui ne bénéficie pas d’une cotation est forcément moins volatil » , rappelle Eric Franceschini, directeur de la gestion d’actifs de la banque privée Bordier & Cie France. De fait, la valorisation périodique des parts de fonds de capital-investissement s’appuie généralement sur celle d’entreprises cotées en Bourse comparables aux sociétés présentes dans le portefeuille. En investissant dans des actions non cotées, on parie sur la capacité d’une entreprise à augmenter ses bénéfices et on s’expose au risque de défaillance de cette dernière, tout comme en Bourse.

Mais l’intérêt de l’investissement non coté est de pouvoir accéder à une typologie d’entreprises pas forcément très représentée sur les marchés, à l’instar des PME en croissance ou des start-up technologiques. Et pour ce qui est du niveau de risque, cet univers permet toute une palette de nuances. « Même les clients les plus prudents peuvent trouver un intérêt au non-coté, qui offre différents profils de rendement/risque, explique William Pulka, responsable des produits et services chez le courtier Altaprofits. Un autre atout est de connecter son patrimoine à l’économie réelle, en investissant dans des PME en croissance ou innovantes. »

Mais le timing est-il bien opportun, au moment où la crise du Covid-19 frappe durement l’économie ? « Les périodes de crise sont généralement les meilleurs moments pour investir en private equity, indique Stanislas Cuny, directeur de l’activité private equity au sein de la société de gestion Amundi. De nombreuses PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire) non cotées se sont endettées pour passer la crise et vont avoir besoin de renforcer leurs fonds propres, ce qui va créer une forte demande en capital l’an prochain. » Sans compter la reprise probable des fusions-acquisitions, source de besoins de financement. Selon une étude menée par France Invest, association professionnelle des acteurs du non-coté, la performance globale du capital-investissement français s’établit à 11,3 % en moyenne par an sur un horizon de dix ans.

Différentes enveloppes pour accéder au private equity

Les ancêtres du capital-investissement accessibles aux particuliers sont toujours dans la course mais ne sont plus l’alpha et l’oméga. « L’offre historique de fonds fiscaux, les FCPI et FIP, a permis de familiariser le grand public au capital-investissement, avec quelques inconvénients, comme les frais élevés et les contraintes de gestion importantes. Il faut aussi faire attention à ne pas souscrire à un produit pour le seul avantage fiscal. Ce qui compte vraiment, c’est le sous-jacent », rappelle Eric Franceschini. Justement, tous les supports ne se ressemblent pas. Par exemple, le FCPI QI 2020 d’Inocap Gestion investit dans des sociétés qui ne sont pas à proprement parler non cotées, mais simplement cotées sur des marchés non réglementés comme Alternext.

Cette astuce permet de proposer un fonds de durée assez courte (sept ans maximum), car il est plus facile pour ce support de céder ses actifs. En revanche, il ne permet pas de miser sur des sociétés qui ne sont pas accessibles directement pour un investisseur particulier. C’est donc un produit assez différent du FCPI Avenir Numérique d’Innovacom (groupe Turenne), produit plus « long », avec une durée d’immobilisation prévue de huit à dix ans, mais plus proche du vrai private equity, qui suppose un véritable accompagnement des sociétés de la part des investisseurs, avec sans doute un potentiel de rentabilité supérieur, mais aussi plus de risque. A chacun de trouver la solution qui lui convient.

Avec l’assurance vie, un autre canal de distribution commence à s’ouvrir assez largement au capital-investissement, y compris chez les distributeurs en ligne comme Altaprofits. « Nous proposons des offres de capital-investissement depuis plus de quinze ans, notamment au travers de fonds fiscaux comme les FIP et FCPI, rappelle William Pulka. Aujourd’hui, nous mettons surtout en avant les offres de private equity en assurance vie, qui vont contribuer à faire connaître cette classe d’actifs et fournissent des solutions de diversification en dehors des marchés cotés. Aller chercher une telle diversification sur d’autres actifs que de l’immobilier a du sens. » Sachant que les Français détiennent plus de 1 700 milliards d’euros en assurance vie et que cet argent reste massivement investi dans des fonds en euros dont le rendement ne cesse de baisser, il y a là un potentiel important.

Pas de « carotte fiscale »

Certes, il n’y a plus ici de « carotte fiscale », c’est-à-dire de réduction d’impôt à l’entrée, mais simplement l’opportunité de voir de futures plus-values protégées par le cadre fiscal avantageux de l’assurance vie. Surtout, il existe une cohérence évidente entre l’horizon de temps long nécessaire au capital-investissement et celui de l’assurance vie, une enveloppe souvent utilisée comme un produit de préparation à la retraite. Autre avantage : la gestion des fonds de private equity éligibles à l’assurance vie ne subit pas les mêmes contraintes que celle des FCPI et FIP, ce qui offre une grande liberté de choix dans les investissements.

Enfin, les fonds communs de placement à risque (FCPR), accessibles sous forme d’unités de compte en assurance vie, peuvent aussi être acquis sur de simples comptes-titres (avec une exonération des plus-values sous condition d’une détention supérieure à cinq ans) voire sur des plans d’épargne en action (PEA et PEA-PME), comme l’offre de Bpifrance (voir notre sélection, pages suivantes) .

Une grande variété d’offres de produits non cotés

Les fonds de capital-investissement institutionnels ont des règles de fonctionnement particulières : dans ces fonds à durée prédéterminée, l’argent n’est pas apporté intégralement par les investisseurs dès la constitution du fonds, mais « appelé » en plusieurs fois, au moment où les fonds en ont besoin. Ce fonctionnement est peu compatible avec la stratégie patrimoniale des investisseurs particuliers, qui ont donc accès à la classe d’actifs sous des formes un peu différentes. 

« Lorsque nous avons réfléchi à une solution de capital-investissement éligible à l’assurance vie, nous souhaitions pouvoir proposer une gestion de qualité institutionnelle tout en offrant une liquidité régulière, explique Martin Alix, directeur adjoint développement produits et ingénierie patrimoniale de Primonial. L’unité de compte PrimoPacte permet d’investir dans les mêmes supports que l’actif général de Société Générale Assurances et donne ainsi l’accès à des gérants emblématiques du private equity, tels Ardian, Bridgepoint ou KKR. Elle est cessible sur une base bimensuelle sans pénalités ou frais d’arbitrages spécifiques. » L’avantage est d’avoir accès à des grands noms du capital-investissement avec un ticket d’entrée à partir de 5 000 euros, via un fonds de fonds. L’offre d’Amundi, pour sa part, se veut plus « puriste », en renonçant à la liquidité et en préférant l’investissement en direct.

Des fonds sans limite de temps sont aussi apparus : les investisseurs peuvent acheter et vendre en permanence, cette liquidité étant assurée par des stratégies mixtes, mélangeant private equity, actions cotées et/ou produits de dette. Un modèle comparable, somme toute, à celui des organismes de placement collectif en immobilier (OPCI), investis à la fois en immobilier physique et dans des foncières cotées. Attention : le potentiel de rentabilité peut en être réduit. On voit aussi des produits de pure dette privée (chez la société de gestion Entrepreneur Invest, par exemple), ce qui peut constituer un outil de diversification intéressant.

Si la démocratisation de cette classe d’actifs est à l’œuvre, l’accès à des offres réellement institutionnelles reste réservé à une clientèle fortunée. Certaines banques privées distribuent par exemple des fonds nourriciers d’un fonds existant : elles souscrivent à hauteur de plusieurs millions à un fonds institutionnel qu’elles vont ensuite vendre au détail à leurs clients. Bordier & Cie offre une solution plus originale. 

« Nous avons convaincu certains gérants de fonds de capital-investissement de premier plan d’autoriser des tickets d’entrée plus bas qu’à leur habitude, à la condition que nous nous chargions de toutes les étapes administratives avec le client, ce qui n’est pas une mince affaire, notamment en raison des appels successifs des fonds sur lesquels le client s’est engagé, qui peuvent s’étaler sur trois ou quatre ans. », explique Eric Franceschini. Mais avec un ticket d’entrée de 200 000 à 300 000 euros par fonds, ce type d’offre n’est pas encore pour Monsieur Tout-le-monde !