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« Les investissements socialement responsables indiciels rencontrent un succès grandissant »

Le point sur les ETF ESG, par Alexis Naacke, directeur de la gestion chez Yomoni.

Les Investissements socialement responsables (ou ISR) sont de plus en plus populaires auprès des investisseurs, notamment en gestion passive. La part des instruments indiciels (ETF et fonds indiciels) dans le marché mondial des fonds ESG a plus que doublé en cinq ans, avec une nette accélération ces deux dernières années. En Europe en particulier, les encours des ETF ESG ont progressé de 135% en 2020 pour atteindre 82 milliards d’euros. Cela ne représente encore que 7% environ du total des encours des ETF en Europe, mais la part de marché des ETF ESG augmente rapidement. En 2020, 51 % des flux de la collecte ETF ont en effet été orientés vers les ETF ESG, et près de 60 % depuis le 1er janvier 2021.

Qu’entend-on exactement par ETF ESG ?

Les ETF ESG désignent l’ensemble des ETF répliquant des indices qui intègrent des critères extra-financiers ESG (Environnement, Social, Gouvernance) dans leur méthodologie de construction. Nous distinguons au sein de cet univers deux grandes familles d’ETF :

  • Les ETF qui prennent en compte les trois critères Environnement, social et gouvernance, donnant une image complémentaire aux seules données financières. Par exemple, l’impact d’une société sur son environnement est évalué pour déterminer si elle prend en compte les risques associés au changement climatique.
  • Les ETF qui prennent en compte l’un des critères E, S ou G, telle l’égalité des genres en termes de gouvernance, ou la lutte contre le changement climatique en termes d’environnement.

À ce jour, nous comptons environ 160 ETF ESG disponibles à la commercialisation en Europe, dont plus de 80% ont une approche ESG globale.

Approche ESG globale

Les fournisseurs d’ETF s’appuient essentiellement sur les méthodologies de construction d’indices responsables fournies par MSCI. Le fournisseur d’indices a développé une forte expertise en termes de notation ESG des émetteurs et de construction d’indices responsables offrant des méthodologies transparentes, robustes et très bien documentées pour l’investisseur final.

Il est important pour l’investisseur final de bien se renseigner sur la méthodologie de construction de l’indice que réplique l’ETF dans lequel il investit, pour être conforme à ses convictions ESG. L’approche la plus souvent utilisée par les fournisseurs d’indice est une approche best in class, c’est-à-dire que tous les secteurs de l’indice parent sont représentés dans la version ESG de l’indice, et seules les entreprises les mieux notées en termes de pratiques ESG sont retenues au sein de chaque secteur. Si l’investisseur estime que cette approche ne va pas assez loin pour répondre à ses convictions ESG, il devra privilégier une approche thématique. Il devra alors être vigilant aux impacts sur le risque de son investissement. Ce choix se fait la plupart du temps au détriment de la diversification.

Approche thématique

Au sein des ETF thématiques, le thème qui domine largement est naturellement la lutte contre le réchauffement climatique.

En 2019, la Commission européenne a en effet proposé deux familles d’indices de référence essentiels pour aider les investisseurs à soutenir les objectifs de l’accord de Paris, à savoir limiter le réchauffement climatique à un niveau nettement inférieur à 2°C, poursuivre les efforts en vue de plafonner la hausse à 1,5°C par rapport aux niveaux pré-industriels, et réduire de 50% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, afin d’atteindre un niveau nul en 2050. Le succès des ETF qui viennent s’adosser à ces indices est grandissant ces derniers mois, ce qui est une bonne nouvelle pour l’atteinte des objectifs ambitieux des accords de Paris.

État des lieux sur la labellisation des ETF

Les labels d’État sont une très bonne garantie pour les épargnants que les fonds dans lesquels ils sont investis mettent en œuvre une véritable méthodologie pour se constituer un portefeuille respectant des critères ESG. La labellisation permet en effet d’éviter le « greenwashing », donc tout discours commercial qui ne s’accompagne pas d’une véritable méthodologie. Il existe deux labels distribués par les autorités publiques en France :

  • Le label ISR a été créé en 2016 par le ministère de l’Économie et des Finances. Son but est de permettre aux épargnants de distinguer les fonds d’investissement mettant en œuvre une méthodologie robuste d’investissement socialement responsable (ISR), aboutissant à des résultats mesurables et concrets.
  • Le label Greenfin a quant à lui été créé en 2015 par le ministère de la transition écologique et garantit la qualité verte des fonds d’investissement, avec une contribution effective de leurs investissements à la transition énergétique et écologique.

A ce jour, 45 ETF sont labellisés : 43 ont un label ISR, 2 un label Greenfin. Cela représente un peu moins de 30% des ETF ayant une approche ESG, avec une forte accélération ces derniers mois. Pour le moment, seuls Amundi, Blakcrock, BNP Paribas et Lyxor proposent des ETF labellisés.

Ce fort engouement pour la labellisation des fonds a amené les autorités à renforcer les critères d’obtention, notamment en ne rendant valide les labels que 3 ans. Ainsi, plus ces labels rencontrent de succès auprès des sociétés de gestion, plus les autorités renforcent leurs contrôles pour lutter contre le greenwashing, et plus les sociétés de gestion doivent faire d’efforts pour améliorer leurs processus ESG et mesurer l’impact réel de leurs investissements. 

Les politiques de vote : une autre approche pour agir de façon responsable

Une autre approche ESG pour les gérants d’actifs est d’utiliser les droits de vote qui leurs sont confiés pour agir de façon responsable à l’égard des actions détenues. La taille des gérants d’actifs en ETF en fait des acteurs influents et efficaces.

Lorsqu’un épargnant investit dans un ETF, il détient en effet des droits de vote rattachés aux sociétés dans lesquelles il est investi, et que le gérant de l’ETF va exercer en son nom en se présentant aux Assemblées Générales. Il est donc important pour lui de s’assurer que la société de gestion cherche à exercer une influence auprès des entreprises par le biais d’initiatives de dialogue assidu sur des sujets ESG qui lui sont chers, et qu’elle s’engage à maintenir le cap pour observer la mise en place des changements.

Les sociétés de gestion, et les fournisseurs d’ETF en particulier, ont fait beaucoup d’efforts pour documenter leurs politiques de vote, avec des exemples concrets de résolutions pour (ou contre) lesquelles elles ont voté en assemblées générales, ou d’échanges qu’elles ont eus avec des dirigeants d’entreprises sur des problématiques ESG. 

Certains éléments plus techniques sont également à prendre en compte pour l’épargnant qui souhaite investir dans un ETF ESG. Nous lui recommandons de s’assurer que l’ETF ESG dans lequel il investit est à réplication physique (et non synthétique), c’est-à-dire que les titres dans lesquels il est investi sont bien ceux de l’indice répliqué par l’ETF. Ceci lui permettra en effet d’identifier facilement à quelles sociétés sont rattachés les droits de vote qu’il a délégués au gérant de l’ETF. Par ailleurs, nous lui recommandons de privilégier les ETF ESG qui n’ont pas recours au prêt/emprunt de titres (opération consistant pour le gérant d’ETF à prêter, respectivement emprunter, des titres contre l’engagement de les restituer à une date future moyennant une commission payée par l’emprunteur au prêteur), mais elle est susceptible de leur faire perdre les droits de vote associés aux titres prêtés.

La quasi-totalité des ETF ESG sont bien en réplication physique. Il peut cependant être intéressant pour l’épargnant de s’assurer que la réplication de l’ETF sélectionné est en réplication physique totale, et non optimisée ou par échantillonnage. Cela lui garantit de conserver la totalité des droits de vote des entreprises composant l’indice répliqué par l’ETF. À condition bien sûr, que le gérant de l’ETF ne prête pas les titres en question à une contrepartie.