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Six actions pour battre le CAC 40

Comme chaque année, nous avons confié à six gérants de fonds une mission : trouver une valeur capable de battre l’indice CAC 40 à un horizon de douze mois. Voici leurs choix et leurs explications.

Tout miser sur une seule action parce qu’elle apparaît comme LA pépite ? Ce qui est hautement déconseillé pour un investisseur particulier est tout simplement interdit pour un gérant professionnel. La gestion d’un fonds obéit à des règles strictes en matière de diversification : il intègre au bas mot plusieurs dizaines de titres car, en Bourse comme ailleurs, l’avenir n’est jamais certain. Et un investissement en actions nécessite souvent une durée de placement bien supérieure à douze mois pour produire ses fruits. Cela ne signifie pas que les gérants de fonds n’aient aucun sens du court terme. Ils souhaitent éviter de donner prise à l’adage un peu ironique qui veut qu’un investissement de long terme soit un investissement de court terme qui a mal tourné. Et surtout, ils subissent en permanence la tyrannie du benchmark : à la fin de l’année, leurs performances seront comparées à celles des concurrents, par leurs clients ou leur patron.

C’est pourquoi ils sont assez à l’aise dans l’exercice auquel nous les soumettons chaque année : il consiste à leur demander de trouver une valeur capable de réaliser une meilleure performance que le CAC 40 sur douze mois. Autrement dit, nous leur demandons de choisir une société qu’ils estiment certes porteuse sur un plan fondamental et sur le long terme, mais où ils décèlent un « trigger », comme disent les anglo-saxons, c’est-à-dire un facteur potentiellement déclencheur d’une surperformance sur une durée relativement courte. Il ne s’agit pas nécessairement d’une valeur appartenant à l’indice parisien : il peut s’agir d’une valeur plus petite et même d’une valeur étrangère, mais en se limitant à l’Europe. Voici leurs conseils.

David Letellier, Actis AM : Oeneo

Oeneo est un équipementier de la filière vin : il produit notamment des tonneaux (marque Seguin Moreau) et des produits de bouchage (marques Diam et Piedade). Le groupe a une position de leader (n°2 mondial) et son savoir-faire dans le bouchon liège et synthétique est reconnu. Son marché est en croissance structurelle (USA et pays émergents, notamment). L’activité a bien résisté à la crise du Covid, avec même des gains de parts de marché. Grâce aux profits record sur la dernière décennie, le bilan est redevenu sain : l’endettement est limité à 23,5 % des fonds propres. Son actionnariat est stable et entrepreneurial (la famille Hériard-Dubreuil détient 71,6 % du capital) est aussi un atout. Un retrait de la cote est, selon nous, toujours d’actualité, après les deux tentatives en 2013 (à 3,20 euros) et 2020 (à 13,50 euros). Le niveau de 90 % du capital permettant un retrait obligatoire est atteignable si le prix offert est suffisant, autrement dit supérieur à celui de la dernière offre. Code Isin : FR0000052680.

Arnaud Brossard, Lazard Frères Gestion : ASML

Peu connue du grand public, la société hollandaise ASML est pourtant une des entreprises les plus importantes au monde. Fondée dans les années 1980 par Philips et ASM International, elle est en effet devenue un maillon essentiel de l’industrie du numérique. C’est le premier fournisseur mondial de machines servant à fabriquer les semiconducteurs. Surtout, c’est la seule entreprise au monde à maîtriser la technologie de lithographie extrême ultraviolet (EUV). Or, c’est le seul moyen économiquement efficace de poursuivre la miniaturisation des puces, pour viser des résolutions inférieures à 7 nanomètres, voire moins, dans un contexte où Chine et Etats-Unis se livrent une concurrence féroce dans l’électronique et où l’Europe prend conscience de son retard. Le cours d’ASML a certes beaucoup progressé ces dernières années, mais sa situation de monopole sur son marché, sans doute pour au moins la décennie à venir, lui confère encore énormément de potentiel. Code Isin : NL0010273215.

Clémence de Rothiacob, Richelieu Gestion : Do & Co

Ce traiteur autrichien au positionnement haut de gamme (propriétaire d’Hédiard depuis 2014) réalise 70 % de ses revenus avec le secteur aérien. Sur ce marché, c’est un acteur de taille moyenne, mais au savoir-faire reconnu, tourné vers les longs courriers et la classe affaires. Do & Co a certes beaucoup souffert de la pandémie (les revenus ont baissé de 73 % sur le dernier exercice), mais pourrait en sortir renforcé. Si son ancrage reste européen, le groupe a remporté plusieurs nouveaux contrats importants, qui vont monter en puissance, auprès de compagnies américaines (Delta Airlines, American Airlines). De nombreux autres appels d’offres, en cours aux Etats-Unis, où les compagnies cherchent à se différencier et l’Asie, offrent aussi un potentiel important. Do & Co va aussi profiter du redémarrage de l’événementiel (15 % de son activité). Pourtant, le cours du titre reste loin de son niveau de pré-crise, le marché ne semblant pas encore intégrer la forte dynamique commerciale. Code Isin : AT0000818802.

Stéphane Le Gall, Federal Finance Gestion : Stellantis

Avec le rachat de Fiat-Chrysler, Peugeot n’a pas seulement changé de nom, mais aussi de profil. Fini le fort biais européen ! Les Etats-Unis, marché porteur et mieux margé, pèseront 45 % du chiffre d’affaires de Stellantis en 2021. Les marques américaines Dodge et RAM (spécialiste du pickup) sont des pépites tirant vers le haut le mix produit. Par ailleurs, le groupe a dévoilé un plan ambitieux dans le véhicule électrique : 30 milliards d’euros investis en cinq ans, soit un des plus gros budgets du secteur. Le pipeline de sorties est nourri et, grâce à un excellent management, les synergies liées à la fusion pourraient surprendre positivement. Stellantis vise une marge opérationnelle durablement à deux chiffres d’ici à 2026 et serait ainsi le constructeur le plus rentable. A 5,3 fois les résultats estimés pour 2022, la valorisation reste modeste malgré la hausse et le titre offre même une forte décote par rapport à Ford et surtout GM. Un objectif de 23 euros semble raisonnable. Code Isin : NL00150001Q9.

Giulia Culot, Sycomore AM (Generali Investments) : Technogym

Le fabricant d’équipements de sport Technogym bénéficie de la réouverture de l’économie, ses principaux clients étant les salles de sports. Celles-ci réinvestissent dans de nouveaux équipements, voyant affluer une nouvelle clientèle, convaincue par la crise du Covid des bienfaits d’une activité sportive. D’autre part, les ventes auprès des particuliers montent en puissance : + 70 % en 2020, où elles ont atteint 30 % du chiffre d’affaires total. Ce relais de croissance, structurel aujourd’hui, est déjà actif en Italie et dans quelques pays européens, mais ne fait que démarrer aux Etats-Unis. La société, au positionnement haut de gamme, a aussi investi depuis longtemps dans les outils permettant aux clients de suivre et piloter leur activité (application de coaching, cloud). Le potentiel de croissance semble important, même si l’objectif de ventes d’un milliard d’euros en 2024, soit un doublement par rapport à 2020, semble ambitieux. Code Isin : IT0005162406.

Adrien Dumas, Mandarine Gestion : Edenred

Voilà plus de huit ans que nous avons Edenred en portefeuille. La société, connue pour ses solutions de paiement à usages spécifiques, dont le fameux Ticket Restaurant, a des positions de leader mondial sur ses marchés, où le taux de pénétration reste faible. Il dispose ainsi de nombreux leviers de croissance pérenne : innovation, expansion géographique, déploiement d’offres numériques. Edenred a très bien traversé la crise sanitaire (l’activité n’a baissé que de 1,6 % en organique en 2020) et ses solutions sont plébiscitées par les entreprises soucieuses de leurs employés. L’équipe dirigeante de premier plan se distingue par une exécution remarquable et le groupe a les moyens de compléter sa croissance interne par des acquisitions de briques technologiques. La réouverture des économies, l’inflation et la hausse des taux sont des moteurs positifs pour les résultats futurs et le groupe pourrait même faire son entrée au CAC40 dans les douze prochains mois. Code Isin : FR0010908533.