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Inflation : « Le pire n’est jamais sûr »

Vincent Guenzi, responsable de la stratégie d’investissement de Cholet-Dupont, livre son analyse sur la poussée inflationniste et son incidence sur les marchés.

Vincent Guenzi, responsable de la stratégie d’investissement de Cholet-Dupont

Comment expliquer cette poussée de l’inflation ?

Vincent Guenzi : Les prix avaient fortement baissé avec l’arrêt de l’activité lors de la pandémie. Aujourd’hui la reprise de l’activité explique le regain d’inflation. La sortie de pandémie s’est concrétisée par un choc de demande, et même une explosion de celle-ci dans de nombreux secteurs comme celui des semi-conducteurs, pour la micro informatique puis pour des voitures. Les fondeurs de puces ont dû recalibrer leur production pour livrer les fabricants avant de se réorganiser pour répondre à nouveau aux constructeurs auto. Cette hausse de la demande se double aussi d’un pic conjoncturel des prix de l’énergie, surtout du gaz, habituel en début d’hiver.

Peut-elle briser la reprise et l’élan des marchés financiers ?

V. G. : Le pire n’est jamais sûr ! Je ne parierais pas sur une hausse durable des prix. Nous resterons en croissance. Je n’ai pas de craintes pour les marchés même en cas de normalisation des taux d’intérêt.

Quels seraient les actifs les plus touchés ?

V. G. : Pour les marchés obligataires, premiers touchés par une remontée de l’inflation et des taux, l’impact sera au mieux neutre. Si l’inflation dérapait ou durait, les réactions des banques centrales pourraient être vives : une hausse précipitée des taux de la Fed. A priori, celle-ci va rester patiente aussi longtemps qu’elle le pourra car ses analyses prévoient toujours une inflation plus forte mais temporaire. Les actions profitent de ce contexte.

Sur les marchés actions, quels sont les secteurs les plus favorisés ?

V. G. : Nous ne sommes pas en situation d’inflation durable, mais face à une inflation soudaine et précaire. Dans le premier cas, cela conduit à une hausse des taux directeurs. Il faudra donc surveiller comment les actions et les taux longs vont évoluer. Lorsque ces derniers remontent, parce que les marchés anticipent un tour de vis de la Fed ou de la BCE, ce sont traditionnellement les titres dits value qui en en profitent, c’est-à-dire les financières et les valeurs décotées comme les industrielles, les produits de base, l’énergie. A l’inverse, les valeurs de croissance comme les technologiques, la santé, l’agroalimentaire ou certains biens de consommation en pâtissent. Cela dit la pandémie a poussé très haut certaines valorisations, tandis que d’autres valeurs ou secteurs ont sous-performé. On peut s’attendre à un rattrapage des valeurs et secteurs qui subissent une décote, certaines ‘value’, et à un tassement du luxe ou des technologiques pas ou peu impactés par les confinements dont la croissance ralentit un peu depuis que les choses rentrent dans l’ordre.