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Michel Paulin, DG d’OVHcloud : « Nous visons une croissance de 25% par an de notre chiffre d’affaires »

Michel Paulin, directeur général d’OVHcloud, revient sur la récente introduction en Bourse du groupe et livre ses perspectives.

Michel Paulin, directeur général d’OVHcloud

Comment réagissez-vous au succès de l’introduction en bourse d’OVHcloud ?

Michel Paulin : Nous sommes très contents du démarrage très prometteur de l’action OVHcloud en Bourse observé dans un environnement pourtant chahuté, où plusieurs sociétés candidates à la cotation en Bourse de Paris ont connu des difficultés, au point même de devoir abandonner leur projet. Obtenir, dans ces conditions, la confiance d’investisseurs de premier rang, le deuxième plus important succès populaire auprès des investisseurs particuliers, après celui de la Française de jeux, ou l’adhésion massive de nos salariés constituent une grande satisfaction.

La panne de serveurs à la veille de la fin de la période de souscription n’a donc pas porté préjudice à la société. Quelle en était les causes et est-ce que ce type d’incident est monnaie courante dans le secteur ?

M. P : Je n’irais pas jusqu’à dire que les pannes sont monnaies courantes dans l’industrie du numérique, mais malheureusement cela arrive. Le géant américain Facebook n’a-t-il pas eu une panne mondiale de secteur juste avant la notre ? Cet été, l’incident chez Akamai a paralysé pendant plusieurs heures les sites internet de nombreux clients. Que s’est-il passé chez OVHcloud à deux jours de boucler notre introduction en Bourse ? Une manipulation malencontreuse réalisée sur le protocole technique BGP de routage de l’internet d’OVH nous a isolé du reste du monde pendant 45 minutes un peu comme ce qu’a subi Facebook. Les adresses mail avaient disparu et il était impossible d’envoyer le moindre message. Fort heureusement, nos équipes ont fait preuve d’agilité et de réactivité pour rétablir les connexions dans les meilleurs délais et nous avons communiqué en temps réel avec nos clients pour les rassurer et nous excuser de la gêne occasionnée. Pour éviter ces incidents, OVHcloud s’efforce en permanence de renforcer les procédures qualité et les redondances des systèmes même si le risque zéro n’existe pas.

Comment avoir hissé OVHcloud dans le top 10 mondial du marché du cloud en l’espace de 20 ans ?

M. P : OVH a été créé il y a 22 ans par Octave Klaba à la sortie de l’école. A force de travail, d’investissement à un rythme de 250 millions par an et d’innovation, Octave est parvenu à faire du groupe un modèle assez unique sur le marché du cloud à la fois sur un plan industriel puisque la société a choisi de construire ses propres serveurs mais également d’un point de vue éco-responsable avec une ingénierie beaucoup moins énergivore que nos concurrents. Nous nous différencions ainsi des grands acteurs du secteur par notre approche intégrée de l’innovation qui décuple nos capacités d’adaptation aux besoins de nos clients. Ainsi, nous pouvons leur apporter des solutions personnalisées au meilleur rapport prix-performance et les accompagner dans le monde entier grâce à une présence internationale forte avec 33 data-centers positionnés sur 4 continents.

La crise sanitaire a-t-elle constitué un accélérateur de croissance pour OVHcloud ?

M. P : La pandémie a mis en exergue la place prépondérante du numérique dans la vie économique et sociale des populations et des sociétés. Elle a joué le rôle d’accélérateur dans le basculement des groupes vers un fonctionnement et une organisation digitale. En particulier sur le segment des petites et des moyennes entreprises qui n’avaient pas programmé avant la crise une transformation aussi radicale de leurs activités. C’est donc une très bonne chose pour OVHcloud et nous restons convaincus de la nécessité pour une entreprise de disposer d’une stratégie numérique performante, qui se place au service de l ’efficacité économique dans le traitement, le stockage ou l’échange de données. Et l’ambition d’OVHcloud est d’être l’interlocuteur de confiance qui leur fournit des services digitaux en plein accord avec leurs défis quotidiens. Le cloud offre des avantages considérables de flexibilité, de prix et d’accès aux innovations technologiques pour un effort d’investissement raisonnable.

La particularité du groupe est de construire ses propres serveurs. Pourquoi ? Est-ce un gage de qualité et de sécurité pour le client ?

M. P : OVHcloud a effectivement fait le choix d’internaliser la construction de ses propres serveurs pour innover plus facilement et plus rapidement. Plutôt que d’attendre que nos sous-traitants intègrent nos développements de solutions, nous préférons directement intervenir sur nos serveurs. Ensuite, ces derniers présentent la particularité d’être refroidis par l’eau et il nous a semblé plus facile de maîtriser en interne cette technologie peu usuelle. Elle offre l’avantage de réduire de 30% à 50% la consommation d’énergie des serveurs par rapport à nos concurrents et apporte à l’entreprise une démarche éco-responsable très importante et vertueuse.

En tant que leader européen du cloud et porte étendard d’un cloud de confiance, comment pouvez-vous garantir la protection des données face à la menace de piratage de part des grandes puissances comme les États-Unis, la Chine ou la Russie ?

M. P : La protection et la sécurité sont deux choses différentes. Nous garantissons à nos clients de protéger leurs données dans le cadre légal défini en Europe pour les personnes et les entreprises et nous sommes immunisés à ce titre des lois extra territoriales américaines ou chinoises. La sécurité des données constitue un autre sujet à la charge de l’entreprise cliente. OVHcloud intervient dans le domaine de la sécurité comme conseil pour aider les groupes à optimiser leur stratégie. Enfin, un gros travail d’investissement est réalisé sur nos propres infrastructures pour les rendre au maximum inviolable face à d’éventuelles attaques de hackers. C’est ainsi que nous avons obtenu les qualifications les plus exigeantes en la matière : SecNumCloud en France, Agid en Italie our encore C5 en Allemagne.

Quel usage le groupe va-t-il faire des 350 millions levés lors de l’introduction en Bourse ?

M. P : Nous misons d’abord sur la croissance organique de l’entreprise. Les trois principaux piliers de notre stratégie visent à investir pour accélérer la croissance d’OVHcloud en renforçant nos parts de marché en Europe, Amérique du nord et en Asie, en multipliant les partenariats et les canaux de distribution et en innovant dans nos produits et dans de nouveaux services. En complément, nous prévoyons de réaliser des opérations de croissance externe, ciblées, en vue d’enrichir nos briques technologiques. Trois acquisitions ont par exemple été réalisées l’an dernier, deux dans le stockage très haute performance et une dans la sécurité. Nous avons l’intention de saisir d’autres opportunités sans nous interdire de nous positionner sur des actifs comme des data centers en vue d’accroître nos parts de marché dans les régions sur lesquelles nous sommes déjà présentes.

Comment le groupe intègre-t-il une politique ESG dans son développement ?

M. P : Nos engagements sont ambitieux puisque nous visons la neutralité carbone dès 2025 sur un périmètre incluant la production de serveurs et avant 2030 sur un périmètre plus large intégrant nos sous-traitants. Parallèlement, le groupe continue de travailler en permanence sur son efficacité énergétique pour réduire la consommation d’énergie de nos data centers. Avec un indice de performance énergétique (PUE) allant jusqu’à 1,09, nos data centers de dernière génération sont parmi les plus performants par rapport à ceux de la concurrence souvent plus proche de deux, voire trois pour les datacentres opérés en propre par certaines entreprises n’ayant pas encore adopté le cloud. Enfin, depuis plus de dix ans, nous avons intégré l’économie circulaire dans notre modèle, puisque les composants de nos serveurs sont systématiquement triés puis réutilisés, sur des lignes dédiées de nos deux usines situées en France et au Canada. Ainsi, nous leur assurons une deuxième, voire une troisième vie.

Vous annoncez des perspectives de croissance forte de vos différents indicateurs financiers. Quelles sont-elles pour cette année et à moyen terme ?

M. P : Suite à l’incendie déploré en début d’année sur un de nos data centers situé à Strasbourg, l’exercice 2020/2021 clos fin septembre a toujours été présenté comme une année de transition avec une croissance de 10% et 15% du chiffre d’affaires et une marge brute d’exploitation de l’ordre de 40%. Cet objectif de rentabilité sera maintenu et notre effort d’investissement permettra à moyen terme de délivrer une dynamique de 25% de l’activité en moyenne chaque année d’ici 2025.

Distribuer un dividende à ses actionnaires fait-il partie des objectifs d’OVHcloud ?

M. P : Non. L’idée est clairement de réinvestir l’essentiel de la génération des flux nets de trésorerie dans la croissance d’OVHcloud.