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CAC 40, retour de l’aversion au risque

Un vent de panique s’abat sur les marchés actions en ce début d’année, alimenté par un regain d’incertitudes à la fois monétaires, géopolitiques, inflationnistes.

Ukraine

Rien ne va plus en ce début d’année 2022 où les indices actions font l’objet de prises de bénéfices appuyées. A Paris, l’indice CAC 40, par exemple, abandonne 7,5% par rapport à ses records historiques de 7384 points inscrits le 5 janvier. Plus grave, à Wall Street, la référence des valeurs technologiques américaines chute de 15% par rapport à ses sommets de la fin de 2021 et semble entrer dans une phase de correction plus inquiétante.

Comment expliquer ce regain d’aversion aux risques alors que l’horizon paraissait se dégager avec la fin annoncée de la cinquième vague épidémique et la moindre dangerosité du variant Omicron?

La Réserve fédérale et les tensions entre l’Ukraine et la Russie

L’émergence de plusieurs facteurs de risques déstabilisent les places financières. A commencer par le changement de ton de la Réserve fédérale (Fed). Après des discours rassurants pendant toute l’année dernière sur le caractère provisoire de l’inflation américaine ressortie à un record de 7% en décembre, les membres de la Fed paraissent avoir été dépassés par la surchauffe sur les prix et les salaires. Au point depuis le mois de décembre de se montrer beaucoup plus déterminés dans la nécessité d’arrêter les injections de liquidités, de relever les taux directeurs (à quatre reprises et même d’un demi-point dès le mois de mars ) et de réduire la taille du bilan. Moins d’argent sur les marchés n’est jamais bon pour les actions et les investisseurs commencent à se demander si une normalisation trop énergique de la politique monétaire américaine ne produirait pas les effets contraires : plus que combattre l’inflation, le risque est de tuer la croissance dans l’œuf. Un signe ne trompe pas : les rendements des emprunts d’État à dix ans aux États-Unis, en Allemagne (redevenus négatifs) et en France rebaissent à nouveau depuis la fin de la semaine dernière, preuve des craintes sur la croissance et d’un appétit pour les placements refuge.

Aucune valeur n’est épargnée

Autre signe de déstabilisation, aucune valeur n’est aujourd’hui épargnée. La rotation sectorielle observée en début d’année et le repositionnement des investisseurs sur les valeurs cycliques et les plus décotées et sur les banques et les sociétés financières est complètement remise en cause. Que ce soit Eramet, Faurecia, Stellantis, Société Générale ou Saint-Gobain, aucune valeur ne résiste au vent de panique. Celui-ci s’ajoute déjà à la vague de dégagement visible depuis le début de l’année sur les valeurs technologiques (celles du Nasdaq et en France des sociétés comme Dassault Systèmes, Alten, Capgemnin) et les sociétés dites de croissance appartenant aussi à l’univers du luxe, jugées trop chères malgré une forte visibilité et qui avaient tiré à la hausse les indices depuis deux ans. Valorisées en fonction de l’évolution des taux d’intérêt, ces sociétés subissent logiquement de forts dégagements. Enfin, l’autre risque concerne la montée en puissance des tensions géopolitiques avec la menace désormais forte de voir la Russie envahir l’Ukraine avec les conséquences inflationnistes sur les prix du pétrole et du gaz. La recommandation donnée ce week-end par les Etats-Unis aux ressortissants américains de quitter l’Ukraine n’est pas bon signe.

Retour sur le support graphique des 6721 points

Graphiquement, le marché parisien revient sur un support technique important situé à 6721 points déjà testé fin novembre au moment de l’apparition de la nouvelle souche du virus, Omicron. Nous recommandons de ne pas céder à la panique et de conserver les positions pour commencer à revenir sur certains dossiers mal menés comme Dassault Systèmes à moins de 40 euros, Capgemini à moins de 185 euros, LVMH vers 630 euros, Airbus vers 100 euros, Veolia vers 30 euros, BNP-Paribas vers 58 euros, TotalEnergies vers 46,50 euros, Schneider Electric vers 150 euros ou Hermes vers 1250 euros. La saison des publications des résultats annuels s’ouvre cette semaine avec LVMH et STMicroelectronics à partir de jeudi. Elle s’annonce excellente et les sociétés ont démontré pendant la crise sanitaire une grande agilité et une capacité de gestion remarquable. A 15,6 fois les profits estimés pour cette année, les sociétés du CAC 40 ne sont pas très chères (ratio moyen de 16 fois sur la période 2009-2020).