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Affaire Orpea : « LNA Santé a des qualités intrinsèques certaines pour surmonter cette crise »

Après le scandale provoqué par le livre « Les fossoyeurs » mettant en accusation les pratiques chez Orpea, Willy Siret, Directeur général de LNA Santé, nous explique quelles seront les conséquences de cette tourmente pour l’ensemble du secteur des maisons de retraite, ce qui différencie son groupe de ses pairs, et comment il compte regagner la confiance des familles et des investisseurs.

Willy Siret, Directeur général de LNA Santé

Tout le secteur de la prise en charge de la dépendance pâtit de la tourmente provoquée par le livre contre Orpea. Que vous inspire cette situation ?

Willy Siret : Si les faits reprochés sont avérés, ils sont graves voire choquants pour certains. Restons humbles, les métiers de la santé sont des métiers à risque et nul n’est à l’abri d’erreurs et de plaintes des patients ou familles, pour autant les pratiques décrites dans le livre sont très éloignées des nôtres. Pour le secteur et pour nos professionnels en établissements, la situation est malheureuse car à partir d’une entreprise accusée, tous les acteurs privés et tout le secteur plus globalement, sont éclaboussés. Après deux années difficiles face au Covid et face aux difficultés continues de recrutement dans les métiers de la santé, nous n’avions pas besoin de cela.

Comment faire pour regagner du crédit auprès des familles ? Quelles mesures envisagez-vous de prendre pour améliorer les contrôles en interne ?

W. S. : Deux types de réactions sont aujourd’hui constatées en Ehpad : la tourmente médiatique tend les relations avec certaines familles qui s’en servent pour menacer de contentieux, mais nous avons aussi reçu beaucoup de réactions et de messages de réassurance par les familles et auprès des professionnels des établissements. Des temps d’échanges sont organisés avec les représentants des familles et des résidents par les conseils de la vie sociale lors de réunions avec les familles. Nous allons continuer à faire notre métier et le faire du mieux possible, et consolider notre circuit de remontée et de traitement des réclamations et gestion des plaintes.

Et pour rassurer les investisseurs ?

W. S. : Nous allons continuer à faire notre métier et le faire du mieux possible. Nous allons insister sur les spécificités du dossier LNA Santé, convaincu que notre ADN et notre projet d’entreprise présentent des avantages distinctifs. Quand LNA Santé dira demain ses racines familiales, sa gouvernance participative et de long terme, ses principes de management collaboratif qui favorisent le jeu collectif et le développement personnel, nous pensons que sa voix portera davantage qu’hier.

A quelque chose malheur est bon : le mouvement de financiarisation du secteur à l’œuvre depuis 15 ans avec tous ses excès, notamment en matière de valorisation sur le marché des acquisitions, peut refluer avec le retour à des fondamentaux métier. Fondamentaux dont certains opérateurs axés sur leur cœur de métier plutôt que sur le gain économique à court terme disposent davantage que d’autres, à l’évidence.

Nous pensons enfin que des opportunités d’investissement se feront jour pour des opérateurs structurés et qui bénéficient d’une solide reconnaissance de la part des pouvoirs publics. LNA Santé a des qualités intrinsèques certaines pour surmonter cette crise.

Quelle est la valeur de votre patrimoine immobilier ?

W. S. : D’abord un rappel, chez LNA Santé nous avons un principe de non-détention de nos immeubles, étant focalisés sur notre cœur de métier. Nous portons simplement des murs de manière transitoire (de l’ordre d’une centaine de millions d’euros), quand cela fait partie de l’établissement repris, avant transformation/reconstruction puis cession de cet outil de travail intégralement rénové. Mais la ligne de conduite est claire, nous sommes un acteur de la santé, pas une foncière.

En quoi LNA Santé est-il différent de ses pairs ?

W. S. : LNA Santé est une entreprise familiale, des familles rassemblées autour de Jean-Paul Siret depuis 32 ans. Les salariés de LNA Santé détiennent 10% du capital. La gouvernance est dans une perspective de temps long, avec un pacte de 7 ans qui assure le contrôle et l’indépendance du groupe. Son modèle économique est lisible, la politique immobilière étant au service des opérations et non l’inverse.

Nous sommes un acteur de santé responsable, qui contribue activement aux enjeux de politique de santé, avec une politique de développement maîtrisé, avec des choix de long terme qui font toujours primer le métier sur la simple vision économique.

Le scandale autour d’Orpea a remis en cause la certification ESG. Ne redoutez-vous pas une recrudescence des réglementations en tout genre de la part du législateur ?

W. S. : Effet classique de tout secteur concerné par des accusations portées contre l’un des acteurs : une entreprise est accusée, tout le secteur est éclaboussé, la réglementation et les contrôles sont renforcés. Nous sommes favorables à une démarche qualité renforcée, pilotée par la Haute Autorité de Santé avec des sanctions à l’appui (jusqu’à la fermeture des établissements si besoin), à la médicalisation accrue des Ehpad avec des contrôles plus fréquents de la part des ARS. C’est bien pour notre secteur d’activité dont, pour rappel, une grande partie de ses revenus est constituée de financements publics.

Quant à la certification ESG, elle reste au cœur des préoccupations des parties prenantes du secteur de la santé. La crise révèle simplement l’urgence de la rendre plus concrète en intégrant à côté de l’approche quantitative des éléments qualitatifs étayés à partir d’entretiens directs (pas limités aux seuls dirigeants) et de visites de site. Plus de transparence et de proximité en somme.

Vous venez de procéder à une augmentation de capital de 50 millions d’euros en faisant appel à vos actionnaires de référence, mais aussi à deux nouveaux investisseurs institutionnels et à vos salariés. Comment réagissent-ils ? Quel était l’objet de cette opération ?

W. S. : Préparer l’avenir et les prochaines années au niveau du capital après avoir refinancé l’entreprise avec nos partenaires bancaires et obligataires sur le premier semestre 2021.LNA Santé dispose d’une excellente assise financière pour déployer sa politique d’investissements et saisir les opportunités que la crise pourrait créer.

Bien sûr, il y a eu des questions et échanges avec les acteurs membres du pacte d’associés. S’agissant de nos équipes, elles sont sereines : elles connaissent de l’intérieur l’entreprise et ses atouts, elles savent que nous construisons ensemble sur le long terme. En tout cas, signer toutes les opérations dans cet environnement est une marque de confiance sur le long terme.

Pouvez-vous commenter votre chiffre d’affaires au titre de 2021 ?

W. S. : Il est solide et dans le consensus de marché. Avec un chiffre d’affaires Exploitation de 635,6 millions d’euros, une croissance organique dynamique de tous les métiers à + 7,2%, et une croissance externe soutenue à + 14,7%, LNA Santé a poursuivi comme prévu la transformation de son parc au moyen de la spécialisation des offres, d’extensions capacitaires ciblées et de montées en remplissage de ses établissements. La croissance forte du chiffre d’affaires repose sur un redressement progressif et continu des taux d’occupation, opéré depuis le début d’exercice 2021, avec une contribution élevée des acquisitions et ce, sans concéder aux pressions du court terme.

Les perspectives pour l’exercice en cours sont-elles toujours d’actualité ?

W. S. : Oui, elles le sont. Disposant d’un parc autorisé de 9.827 lits et places dont 9.224 en activité, le groupe dispose en son sein d’une base de 1.526 lits non matures dont la mise aux critères qualitatifs de LNA Santé constitue d’ores et déjà un important vecteur de croissance embarquée.

Pour l’année en cours, LNA Santé prévoit une croissance organique de son activité supérieure à 4 %, accompagnée d’une relative stabilité de sa performance opérationnelle. Tout en restant fidèle à ses orientations stratégiques, le groupe entend dès lors intensifier ses investissements en 2022, centrés sur la valeur du service apportée à l’ensemble de ses clients.

Passé le plus fort de la crise, tous les métiers exercés par le groupe sont portés par des tendances favorables. Ces perspectives s’expriment à court terme par le regain d’occupation sur les territoires les plus impactés par les vagues épidémiques, en Ile-de-France et dans la région PACA, à moyen terme par la poursuite de la transformation du parc et à plus long terme par l’ambition de construire des projets de filière et de territoire pour consolider les singularités de LNA Santé : « être un opérateur responsable, indépendant, familial, expert dans la transformation de l’offre de santé ».

A court, voire moyen, terme, votre développement ne sera-t-il pas contraint ?

W. S. : Trop tôt pour en tirer des conclusions, mais si notre développement est modifié, nous pensons qu’il le sera favorablement grâce à un retour aux fondamentaux de nos métiers.

Que diriez-vous à un épargnant aujourd’hui pour qu’il investisse dans votre groupe ?

W. S. : LNA Santé n’a pas changé ni perdu ses fondamentaux en 15 jours, pas plus que les besoins en santé et la démographie. Au contraire, les singularités de LNA Santé sont sans doute plus visibles et renforcées. Enfin, l’histoire nous a montré qu’une crise génère souvent des opportunités. Notre intuition est que nos singularités sont un gage pour en saisir certaines.