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Edmond Abergel, président directeur général de MGI Digital Technology : « Une OPA est très probable »

Longtemps une arlésienne, une OPA sur MGI Digital lancée par le groupe japonais Konica Minolta ne fait guerre de doute à terme pour son président fondateur, Edmond Abergel. Ce dernier nous expose les atouts et les qualités d’innovation de cette très belle société.

Quel regard portez-vous sur le chiffre d’affaires du dernier exercice ?

Edmond Abergel : Nous nous étions montrés assez conservateurs voilà un an en tablant sur un chiffre d’affaires comparable à celui de l’exercice 2020. Finalement, il a progressé de 10,4% l’an dernier pour s’établir à 38,8 millions malgré l’impact encore très négatif de la crise sanitaire sur la première partie de l’exercice. Mais l’activité s’est fortement redressée au second semestre avec une accélération de 25% de la dynamique. Celle-ci demeure forte sur le début de l’année, nous rendant très confiants sur la qualité de l’exercice en cours avec une nouvelle croissance rentable. L’Asie reste encore pénalisée par les mesures de confinement mais en Europe, les entreprises sont restructurées et de nouveau prêtes à investir.

Comment la crise sanitaire a-t-elle affecté le groupe ?

E. A : Au plus fort de la crise sanitaire, les entreprises clientes ne permettaient pas à nos commerciaux et nos ingénieurs de venir les voir ou d’installer les machines dont le prix oscille entre 200.000 et 2,5 millions, ce qui a généré des décalages de chiffre d’affaires. Mais dès la levée des confinements en Europe, l’activité est immédiatement repartie nous permettant de réaliser l’an dernier un très beau second semestre. Concernant la pénurie de composants électroniques, nous avons fort heureusement eu la chance d’anticiper en ayant en permanence sur nos quatre sites (trois en France et un en Allemagne) six mois de stocks de composants. Nous avons été ainsi en mesure de répondre à la demande au second semestre l’année dernière et nous avons déjà anticipé pour la production des six premiers mois de l’exercice en cours. Nous travaillons actuellement sur la fin de l’année et le début 2023, n’hésitant pas à changer de composants quand ceux recherchés ne sont plus disponibles. Notre agilité nous rend très confiant. Après il est vrai que l’inflation est perceptible mais nous avons choisi de la répercuter à nos clients en revalorisant de 7% nos tarifs en début d’année.

Avez-vous maintenu une politique de recherche & développement ambitieuse ?

E. A : Oui bien sûr, c’est dans l’ADN du groupe que de se montrer volontaire en matière de stratégie d’innovation. Entre 15% et 20% du chiffre d’affaires y sont consacrés chaque année, ce qui représente en normatif 7 à 8 millions d’euros d’investissement annuel. Et la crise sanitaire n’a pas marqué de rupture. Au contraire, nos équipes de 120 ingénieurs et techniciens sont restés mobilisés de façon remarquable pour travailler à l’ébauche de nouvelles machines à très forte valeur ajoutée toujours plus innovantes et destinées à préparer la croissance de demain.

Sentez-vous un désir de vos clients d’être plus offensifs en matière d’investissement en équipements d’impression numérique ?

E. A : Effectivement d’autant plus que l’on répond à la dimension fondamentale de l’environnement durable. Les matières plastiques et pvc sont pratiquement bannis des donneurs d’ordres. Beaucoup d’imprimeurs se reportent sur le packaging (carton ou papier à forte épaisseur) et l’Alphajet est la première presse numérique capable d’imprimer en un seul passage quatre couleurs plus vernis 2 D et 3D plus dorure numérique en réduisant les temps et les coûts de production. Les marques d’intérêt d’ores et déjà reçus pour cette dernière innovation nous rendent très optimistes. 

Justement, quels sont les atouts de cet équipement révolutionnaire ?

E. A : il s’agit d’une vraie rupture technologique qui, grâce au recours à l’intelligence artificielle, constitue une usine 4.0 connectée. Pour faire l’ensemble des tâches proposées par l’Alphajet, il fallait auparavant quatre machines avec une équipe d’une quinzaine de personnes. Aujourd’hui, deux opérateurs suffisent à la faire fonctionner. Il n’y a pas de machine équivalente dans le monde. C’est un bel aboutissement après 15 ans de recherche & développement et un effort d’investissement de l’ordre de 40 millions.

Quelles sont les autres innovations du groupe ? Quels sont les avantages concurrentiels ?

E. A : Nous allons lancer au prochain salon une nouvelle solution avant gardiste appelée « Octopus » capable de découper, rainer numériquement à grande vitesse  les documents imprimes et terminer le packaging en produit fini. On innove également beaucoup dans l’électronique imprimé et des annonces sont prévues dans ce domaine au mois d’avril pour apporter au packaging de l’intelligence.

La tenue de salons est-elle importante pour la dynamique commerciale de MGI Digital ?

E. A : oui bien sûr et pour parer à leur suppression pendant la crise sanitaire, nous avons été obligés de trouver des solutions alternatives. Des showrooms ont été ouverts en France chez notre partenaire japonais Konica Minolta pour exposer l’Alphajet à nos clients européens, à New York pour le continent nord-américain. Et nous envisageons d’installer dans les six prochains mois un nouveau showroom en Chine pour la région Asie. Les premiers retours en Europe sont très encourageants avec une quinzaine de marques d’intérêt pour l’Alphajet et des prises de rendez-vous pour approfondir la technologie et les atouts de cette véritable usine 4.0.

Où en est le partenariat noué avec Konica Minolta ?

E. A : Le partenariat industriel est en croissance puisque 80% de notre chiffre d’affaires est réalisé avec le groupe japonais Konica Minolta. Nous leur apportons toute l’innovation sur un marché de l’imprimerie numérique en plein essor et nous profitons de leur réseau de distribution mondial pour nous développer. D’un point de vue capitalistique, tout se décide à Tokyo.

Une OPA sur le groupe est certainement probable mais nous ne maitrisons aucun calendrier. Avec la famille et les salariés de la société, nous détenons encore de 10% du capital.

Que pouvez-vous nous dire sur la tendance des résultats du dernier exercice ? Comment voyez-vous l’année 2022 ?

E. A : Les comptes du dernier exercice seront annoncés le 11 avril, mais nous avons d’ores et déjà indiqué être en mesure de délivrer une marge brute d’exploitation de plus de 30%, une rentabilité opérationnelle d’au moins 20% et supérieure à 14% après impôt. Pour cette année, nous visons une croissance de plus de 20% du chiffre d’affaires assortie d’une très belle rentabilité. MGI Digital est en pleine santé avec une trésorerie nette de 48 millions et des fonds propres de plus de 100 millions.