Escroqueries financières : les stratagèmes des prédateurs dévoilés par l’Autorité des marchés financiers

Dans son rapport annuel, le médiateur de l’AMF dénonce les stratégies de certains exploitants de plateformes internet pour escroquer les épargnants. 

Dans son rapport annuel publié fin avril, Marielle Cohen Branche, le médiateur de l’Autorité des marchés financiers (AMF), constate une baisse du nombre de litiges portant sur ces instruments financiers. Crédit : Istock

Bonne nouvelle pour les épargnants ! Les arnaques au Forex et aux options binaires (ces outils de trading permettant de parier sur la hausse ou la baisse des cours boursiers) ont diminué en 2018. Dans son rapport annuel publié fin avril, Marielle Cohen Branche, le médiateur de l’Autorité des marchés financiers (AMF), constate une baisse du nombre de litiges portant sur ces instruments financiers. Ils passent de 172 en 2016 à 98 en 2017 puis à 51 en 2018. Les nombreuses mesures prises par l’AMF, les autorités européennes ainsi que le législateur français (loi Sapin 2) ont manifestement porté leur fruit. Mais les fraudes n’en ont pas disparu pour autant ! Pour le médiateur, « les prédateurs se sont simplement reconvertis ».

Du Forex au diamant, du diamant au Bitcoin

Après avoir été sollicité pour des litiges liés aux diamants d’investissement en 2017, le médiateur de l’AMF constate l’émergence de nombreux dossiers relatifs aux placements en crypto-actifs en 2018. Sur 1408 réclamations reçues l’an passé, 35 concernent des arnaques au Bitcoin. Des escrocs ont en effet profité de l’engouement suscité par la hausse spéculative de la monnaie virtuelle fin 2017 pour proposer de faux services d’investissement et piéger les épargnants.

Ces derniers, « généralement novices et profanes en matière financière, n’ont pas le recul nécessaire pour appréhender correctement les promesses de rendements colossaux qu’on leur fait miroiter » commente Marielle Cohen-Branche. Dans les pires scénarios, ils se sont faits extorquer jusqu’à 104 000 euros en investissant sur ces plateformes.

Des intérêts versés les premiers mois pour appâter l’épargnant

L’instruction de ces dossiers permis aux services de médiation de retracer les différents stratagèmes employés par les escrocs. « Les procédés utilisés se rapprochent des techniques d’emprise mentale des sectes », déplore le médiateur. La plupart du temps, les victimes se font démarcher directement par téléphone. Les malfaiteurs récupèrent leurs coordonnées en les appâtant avec des publicités en ligne pour des sites proposant d’investir dans les crypto-actifs.

Une fois entrés en communication avec les épargnants, ils usent d’arguments démagogiques pour présenter leurs produits : « Vos épargnes sont en danger si vous les laissez en banque » ou encore « l’Etat et les autorités fiscales ont changé les clauses de tous les contrats d’épargne et augmenté les impôts tout en baissant les rentabilités promises ! ».

Ils n’hésitent pas non plus à maintenir dans la durée l’illusion d’un placement très lucratif. Les épargnants se voient par exemple verser les premiers mois des intérêts de leur placement, ce qui les incite à investir davantage.

Une fausse taxe exigée pour débloquer les fonds

Ils ne prennent conscience de l’escroquerie que plusieurs mois plus tard, quand ils réclament la restitution de leurs fonds. Dès lors, les escrocs exigent une somme supplémentaire. Ils la présentent comme un impôt (« taxe blockchain », « impôt Royaume-Uni-France » etc.), qui correspond généralement à 20 % des investissements. « Presque la totalité des épargnants versent cette somme, regrette Marielle Cohen-Branche. Or une fois le complément versé, les escrocs s’évanouissent dans la nature ».

Le médiateur n’est pas compétent

A ce stade, certaines victimes espèrent encore qu’une intervention du médiateur de l’AMF suffira à leur permettre d’être remboursés. Or ce dernier n’a pas la compétence pour poursuivre les malfaiteurs. En effet, les plateformes sont exploitées par des sociétés fantômes qui ne disposent évidemment pas d’agrément délivré par un régulateur financier européen. Les dossiers sont tout de même transférés aux services spécialisés de l’AMF. L’autorité est ensuite tenue d’alerter le procureur de la République. Quant aux victimes, il ne leur reste que peu d’espoir de récupérer un jour leur argent.

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