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Cinq pays où aller travailler

L’herbe est toujours plus verte ailleurs. C’est la réflexion que se font de nombreux Français confrontés à la difficulté de trouver un emploi ou de planifier l’évolution de leur carrière. De là à s’expatrier, il n’y a qu’un pas vite franchi. Mais la précipitation en la matière n’est pas bonne conseillère.

Quel que soit le pays choisi, vous devez trouver un poste avant votre départ. Il est également nécessaire d’apprécier le poids des prélèvements fiscaux et sociaux dans votre nouveau pays de résidence afin de ne pas être pénalisé par rapport au système français. Enfin, il faudra trouver à vous loger. Une tâche qui peut parfois s’avérer complexe et, dans certains pays, particulièrement coûteuse.

L’Allemagne : emploi facile, logements accessibles, un duo gagnant

Face à une population vieillissante, les entreprises allemandes manquent de main d’œuvre qualifiée dans tous les domaines. Les opportunités d’emploi sont donc nombreuses et les Français diplômés bien accueillis. Ils sont environ 160 000 à y résider majoritairement dans de grandes villes comme Berlin, Francfort, Munich ou Hambourg. Nul besoin de visa pour vous installer en Allemagne mais une fois votre contrat de travail signé, vous devrez vous enregistrer auprès de l’administration locale de votre domicile. Vous obtiendrez alors un certificat de résidence et vous recevrez dans la foulée un numéro d’identification fiscale qui vous permettra de demander une carte de paiement fiscal à communiquer au plus vite à votre employeur. Fiscalement, travailler et vivre en Allemagne ne vous permettra pas de réaliser de fortes économies d’impôt par rapport à la France. Prélevé à la source par l’employeur, le barème de l’impôt sur le revenu est progressif et varie de 14 % à 45 %, ce taux le plus élevé s’appliquant pour un couple au-delà d’un montant de 550 000 euros contre 310 000 euros en France. Une surtaxe de solidarité de 5,5 % est également perçue au-delà d’un certain montant d’impôt sur le revenu. Enfin, il existe une taxe d’église de 8 % du revenu imposable à laquelle vous échapperez en laissant vide le champ religion dans votre déclaration annuelle de revenus. Quant au système de santé allemand, il mélange caisses de santé publiques et privées, votre affiliation à ces deux systèmes dépendant du montant de vos ressources. Dans les deux cas, la protection maladie est bonne.

Reste à vous loger. Qu’il s’agisse de louer ou d’acheter, l’immobilier n’est globalement pas cher. Il faut toutefois nuancer ce propos. A Munich, les prix sont élevés, à l’image de son coût de la vie. Viennent ensuite Francfort, Stuttgart, Düsseldorf et Hambourg, Berlin et l’Est de l’Allemagne étant nettement plus abordables. A titre d’exemples, le loyer moyen dans un bon quartier de la capitale bavaroise sera de 18-21 €/m2 alors qu’il sera de 15-18 €/m2 à Hambourg et de 12-13 €/m2 à Berlin. Quant à l’achat, les prix moyens à Munich dépassent souvent 10 000 euros le mètre carré mais ils s’échelonnent entre 3 600 et 7 500 euros dans toutes les autres grandes villes de la République Fédérale.

Notre avis : Les emplois sont nombreux dans tous les domaines de l’économie et les carrières assurées. Se loger confortablement à prix raisonnables est également possible.

Le Royaume-Uni : des opportunités de carrière mais un immobilier hors de prix

Malgré le Brexit, 300 000 Français vivent et travaillent à Londres et ils seraient 600 000 dans tout le Royaume-Uni. La « perfide Albion » garde donc bien des attraits au premier rang desquels un marché de l’emploi dynamique dans la finance et les secteurs de pointe et des salaires plus élevés qu’en France. Pour travailler au Royaume-Uni, il vous faut désormais un visa valable cinq ans. Pour l’obtenir, vous devez remplir quatre conditions : avoir une promesse d’embauche et un emploi correspondant à votre compétence, un revenu supérieur ou égal à 20 480 livres et une bonne maîtrise de la langue anglaise. Vos salaires seront soumis à un impôt prélevé par votre employeur. Chacun est imposé individuellement, peu importe son statut matrimonial ou familial. Les taux de prélèvement sont de 20 % entre 12 000 et 50 000 livres, de 40 % entre 50 000 et 150 000 livres et de 45 % au-delà de ce montant. Quant aux cotisations sociales, elles sont deux fois moins élevées qu’en France pour une protection assez proche de la nôtre. Vous loger sera votre problème majeur. Que vous décidiez de louer ou d’acheter, les prix au Royaume-Uni et tout particulièrement à Londres sont très élevés. Dans la capitale, les loyers sont astronomiques. Celui d’un studio est de 1 500 euros. Pour un deux pièces, il faut compter 1 900 euros et pour un quatre pièces 2 500 euros. Il s’agit de moyennes et si vous rêvez de beaux quartiers comme Kensington où se trouve le lycée français, il faudra compter le double. Si votre budget est serré, vous vous éloignerez du centre et pratiquerez la colocation. Quant à l’achat on distingue à Londres les biens freehold de ceux vendus en leasehold. Le freehold correspond à notre propriété classique et concerne surtout les maisons. Le leasehold est une sorte de bail emphytéotique. Vous achetez un bien pour une période donnée (de 50 ans à 999 ans) pendant laquelle vous pouvez le revendre. La quasi-totalité des appartements sont cédés de cette façon. Qu’il s’agisse d’un freehold ou d’un leasehold, il n’y a aucune différence de prix : ils sont partout prohibitifs. Pour un logement agréable mais pas luxueux dans un quartier sympathique mais pas forcément recherché, vous devrez investir, selon sa taille, entre 800 000 et 2 000 000 euros !

Notre avis : Londres reste une valeur sûre pour travailler dans certains secteurs et gagner rapidement beaucoup d’argent. Mais le coût de la vie, notamment pour se loger, est prohibitif.

Les Émirats Arabes Unis : des revenus du travail sans impôt et des locations faciles !

Travailler et gagner confortablement sa vie aux Emirats Arabes Unis, plus particulièrement à Dubaï et Abu Dhabi, ne relève pas du mirage. Nombreux sont les Français, environ 25 000, plutôt jeunes, qui s’y installent et restent en moyenne cinq à six ans. C’est dans le secteur du tourisme, du bâtiment et des hautes technologies que se trouvent les meilleures opportunités de travail. Pour vivre à Dubaï et Abu Dhabi, vous devez obtenir un visa de travail délivré par le ministère des Ressources humaines et de l’Emiratisation. Dans la quasi-totalité des cas, c’est votre futur employeur qui s’en chargera et supportera les frais correspondants. Se loger dans ces deux émirats n’est pas un problème. Les programmes immobiliers poussent comme des champignons et l’offre est pléthorique. A moins de vouloir vous y installer pour longtemps, l’achat d’un appartement ou d’une villa n’est pas judicieux car rien ne vous garantit un retour sur investissement au moment de la revente. Les locations, nues ou meublées, par bail d’un an renouvelable, sont très nombreuses et on en trouve dans toutes les catégories de biens et à tous les prix. Comptez 10 000 à 13 500 euros annuels pour un grand deux pièces et 15 000 à 23 000 euros pour un beau trois pièces dans les meilleurs quartiers des deux émirats. Là encore, il n’est pas rare que l’employeur fournisse le logement ou/et en supporte le coût. Si vous recherchez seul, assurez-vous que les agents immobiliers que vous contactez sont enregistrés auprès de l’Agence de réglementation de l’immobilier (RERA) afin d’éviter toute arnaque. Attention à un point important : vous devez impérativement être marié pour partager un appartement avec une personne du sexe opposé !

Quant à votre régime fiscal, il est idyllique. Dans les Émirats arabes unis, il n’y a ni impôt sur le revenu ni taxes locales. Au niveau social, vous devrez souscrire une assurance maladie auprès des autorités. Vous recevrez alors une carte de santé donnant accès aux hôpitaux publics. La plupart des expatriés préfèrent le système de santé privé qui offre une gamme plus large de services médicaux. Dans les deux émirats, les employeurs fournissent presque toujours ces assurances maladie privées.

Notre avis : Les Émirats séduiront les Français qui veulent débuter ou booster leur carrière. Grâce à l’absence d’impôts, ils se constitueront un beau pécule avant leur retour au pays.

Le Canada, une terre d’accueil idéale

Des cinq pays de notre sélection, le Canada est le seul à offrir un environnement francophone, du moins dans les provinces du Québec et de l’Ontario, qui concentrent l’essentiel de l’immigration des Français dans le pays. Un atout pour changer de vie en douceur. Les profils des tricolores installés dans la Belle province sont variés, avec une prédominance d’étudiants et d’actifs. Pour ces derniers, les opportunités de travail sont nombreuses. Régulièrement, des manifestations sont organisées par le gouvernement provincial afin de pallier le manque de main d’œuvre dans de nombreuses branches d’activités.  Exemple avec les Journées Québec, dont la 23ème édition est prévue entre le 7 et le 12 juin, avec 1 400 postes à pourvoir. A noter que les autres provinces canadiennes font aussi des pieds et des mains pour attirer les immigrés francophones qualifiés, surtout depuis que la pandémie a mis à mal les objectifs du gouvernement Trudeau en matière d’immigration. Attention, pour bénéficier de tous les avantages dont profitent les citoyens canadiens, hormis celui de voter ou de celui de se présenter aux élections, il est nécessaire d’obtenir le statut de « résident permanent ». Il s’acquiert après avoir vécu au moins 730 jours dans le pays. Grâce à ce sésame, vous bénéficierez de la couverture de soins de santé, par exemple.
Naturellement, Montréal est le lieu de prédilection des Français : environ 60 000 ressortissants recensés officiellement dans la ville et sa périphérie. Et il n’est pas rare que ces expatriés ou immigrés passent à l’acte en matière d’immobilier, en raison des prix attractifs de la pierre. « Les prix au mètre s’échelonnent entre 2 500 et 4 500 euros, sur la base des parités monétaires actuelles », souligne Julie Gaucher, directrice de Barnes Québec. Le Plateau Mont-Royal est le quartier qui attire le plus cette communauté française. Au point que l’un de ses secteurs est surnommé le « Petit Paris ». Le secteur Côte des Neiges-Notre Dame des Grâces a également la cote, grâce à la présence du collège Marie de France. Globalement, le marché immobilier montréalais est tendu : « du fait de la forte demande, nous avons très peu de produits en stock actuellement », confirme Julie Gaucher. De quoi s’attendre à des hausses de prix dans les mois à venir.

Notre avis : Pour une expatriation de longue durée, le Canada s’impose comme une évidence, grâce aux opportunités de carrière qui s’y présentent. Acquérir un logement confortable est peu onéreux.


Aux États-Unis, des cartes rebattues

« Le pouvoir, c’est comme l’immobilier. Tout est une question d’emplacement. Plus vous êtes proche de la source (du pouvoir), plus la valeur de votre bien immobilier augmente. » Cette maxime, prononcée par le personnage fictif Frank Underwood dans la série TV House of Cards, a pris un sérieux coup dans l’aile depuis le début de la pandémie. Les grandes métropoles concentrant la puissance économique et financière de l’Amérique, comme New York et San Francisco, qui avaient été les grandes gagnantes de la décennie écoulée, ont vu leur marché immobilier ralentir, au profit des périphéries et de villes qui, comme Las Vegas et Miami, offrent une vie plus sereine, à moindre coût. « Face à la pandémie, les chefs d’entreprises et les cadres supérieurs ont installés leur famille dans des lieux de villégiature agréables », analyse Jean-Pierre Thouait, directeur général adjoint de Barnes International. Le réseau Barnes a ainsi récemment vendu un penthouse de 300 mètres carrés à Miami pour 3,3 millions d’euros. La même surface à Central Park se serait négociée trois à quatre fois plus cher. Jimmy Morose, qui dirige l’agence Nestenn de Miami, confirme l’attractivité de la Floride, où les maisons s’arrachent en quelques heures : « les prix ont augmenté de presque 15% en un an », précise-t-il.

A condition de miser sur les secteurs attractifs, acheter un bien représente, pour un expatrié, un choix judicieux. Une plus-value peut être attendue à la sortie. Attention toutefois aux spécificités de l’immobilier américain. Acheter un bien à crédit n’est pas chose aisée pour un étranger : un apport conséquent est demandé (entre 35 et 40%), et les taux sont élevés (voir page XX, encadré sur le financement). « Sur le processus d’achat aussi, les choses diffèrent par rapport à la France : l’agent immobilier représente soit l’acheteur soit le vendeur. Et des surenchères sont possibles, rappelle François Gagnon, Président de ERA Europe et fin connaisseur des Etats-Unis, où il habite. Du côté des coûts, les droits d’enregistrement sont plus modestes qu’en France, mais les taxes locales représentent en moyenne 1,8% de la valeur du bien, par an. Et davantage à New York. »

Notre avis : La reprise économique fait émerger des opportunités immobilières, notamment en Floride ou dans des villes qui ont peu souffert de la crise sanitaire. Évitez pour l’instant New York et la Californie, où les prix sont prohibitifs.