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Comment rentabiliser votre voiture

Covoiturage, location ou transport de colis : nous avons passé au crible les solutions pour amortir les frais automobiles sans changer ses habitudes.

Covoiturage
Crédit: iStock.

a voiture est aujourd’hui le deuxième poste de dépense des foyers français, derrière le logement et quasiment à égalité avec l’alimentation, selon le dernier baromètre de l’Insee (Tableaux de l’économie française, édition 2020). Et pour cause. Le budget annuel moyen s’élève à 7 029 euros (1) sur l’ensemble de la durée de vie du véhicule, soit 585 euros par mois. Au-delà de son coût d’achat, ou de celui de la location avec option d’achat (LOA) ou de longue durée (LDD), de nombreux frais sont à prévoir tout au long de son existence : assurance, entretien, carburant, etc. Et, usure oblige, cela ne va pas en s’arrangeant avec le temps ! 

Pour la majorité des ménages, impossible pour autant de se dispenser de voiture. Une fois le périphérique franchi, c’est un moyen de transport vital. Selon le ministère de la Transition écologique (chiffres 2020), 70 % des trajets domicile-travail sont réalisés avec des véhicules individuels, la plupart en « autosolisme » (une seule personne à bord). Voilà pourquoi une grande partie des rouleurs déclarent à chaque sondage surveiller de très près ce poste, n’hésitant pas s’il le faut à limiter leurs déplacements motorisés ou à réduire le nombre de kilomètres parcourus. 

Pour faire face à ces dépenses, il existe néanmoins des solutions. Sachant que votre voiture reste immobilisée 85 % de son temps de vie, il est possible de générer des revenus passifs. Certes, vous n’en obtiendrez pas des fortunes (ce n’est pas le but de toute façon), mais ces gains vous permettront de couvrir en totalité ou en grande partie les frais les plus importants (voir infographie page suivante). Voici la marche à suivre. 

(1) Budget annuel moyen 2019 pour une Clio TCe 100 ch Intens 5 portes pour 8 998 km parcourus, établi par l’Automobile Club Association.

La location entre particuliers : le plus rentable

Vous roulez peu avec votre voiture ? Raison de plus pour ne pas la laisser dormir au garage quand vous ne vous en servez pas ! L’exploiter pendant ces temps morts vous permettra de dégager du cash. Comment ? En la louant à des particuliers. C’est ce que proposent plusieurs plates-formes. La plus connue, Getaround (ex-Drivy), promet que « votre voiture peut vous rapporter jusqu’à 800 euros par mois ». Plutôt alléchant.Toutefois, cette pratique s’adresse à des propriétaires ayant une conception purement utilitaire de leur voiture, prêts à en céder le volant à un inconnu. 

Le principe est le même qu’avec un loueur traditionnel. Pour s’inscrire, le propriétaire renseigne tous les éléments propres à son automobile (marque, ­modèle, kilométrage, âge, état, etc.). Seuls impératifs : le contrôle technique doit être à jour et le certificat d’immatriculation, au nom d’un particulier. Attention, tous les véhicules ne peuvent pas être mis en location. Par exemple, les fourgons, les camping-cars et les voitures de fonction sont exclus. Une fois les conditions remplies, le propriétaire-loueur indique le lieu, les disponibilités et le prix souhaité sur la plate-forme. C’est donc lui qui va établir le tarif. Il est souvent guidé par les sites qui prennent en compte plusieurs critères, comme le niveau de carburant, le kilométrage ou la durée de location. Par exemple, une citadine quatre places pourra être louée, pour une journée, au prix moyen de 30 euros. La société prélève 30 % de commission sur chaque transaction pour les frais de gestion, d’assurance et d’assistance. 

A l’instar de tout contrat locatif, une caution versée par le locataire est calculée au prorata du nombre de jours. En cas de pépin, le montant de la franchise est largement inférieur à celui pratiqué chez un professionnel. Il est compris entre 400 et 900 euros en général, mais peut grimper jusqu’à 6 000 euros pour le vol d’une voiture de luxe. Vous pouvez réduire cette franchise en souscrivant une option. En revanche, l’assurance ne pourra rien pour vous si vous constatez que certains éléments, comme les freins, les amortisseurs, la boîte de vitesses ou même le moteur, sont endommagés après avoir récupéré votre automobile. 

Concernant le locataire, il peut bloquer la réservation une fois que son identité aura été vérifiée par la plate-forme. La location implique une contrainte : l’état des lieux et la remise des clés. Les plates-formes proposent désormais d’équiper votre véhicule, à condition qu’il ait moins de dix ans et de 150 000 km, d’un boîtier qui permet au locataire de le déverrouiller à l’aide d’une application smartphone puis de récupérer les clés à l’intérieur. L’abonnement vous coûtera 30 euros par mois. Attention, lorsque vous optez pour cette solution, c’est le locataire qui est chargé, via l’appli, de réaliser l’état des lieux intérieur et extérieur, ainsi que le relevé du niveau de carburant, en accompagnant le tout d’une dizaine de photos. 

A ceux qui ont recours à la location de manière intensive, à l’image de Romain, jeune cadre de 35 ans habitant à Lyon, ce business peut rapporter près de 5 000 euros par an. « J’avais un Renault Scénic, mais depuis que mon entreprise m’a fourni une voiture de fonction, je ne m’en sers plus. Du coup, j’ai décidé de le louer. L’an dernier, j’ai touché un peu plus de 6 000 euros en le louant près de 70 fois pour une durée moyenne de trois jours et un kilométrage total de 38 000 km. Frais de fonctionnement déduits (entretien, réparation, stationnement), mes revenus avant impôts étaient de 4 700 euros, c’est assez intéressant. »

Avantages : les gains sont plus élevés qu’avec le covoiturage (voir ci-après), d’autant que vous êtes libre de fixer votre prix ; les contraintes liées à ce type de formule sont allégées, notamment avec l’usage des boîtiers gérés par appli.

Inconvénients : à la différence du covoiturage, tous les revenus issus de la location sont soumis à imposition et doivent être déclarés dans la catégorie des BIC (bénéfices industriels et commerciaux). Si vos recettes sont inférieures à 8 227 euros, vous serez redevable, en plus de l’impôt, des prélèvements sociaux au taux de 17,2 % sur vos bénéfices. Si vos revenus sont supérieurs à ce plafond, vous devrez vous enregistrer en tant qu’entreprise. Côté pratique, il faut veiller au parfait entretien de votre voiture pour qu’elle reste attractive (nettoyages fréquents nécessaires entre deux locations). Gare aussi aux frais générés selon le type de conduite des locataires (tout le monde ne conduit pas de façon souple et économe !). Enfin, en cas de revente, prévoyez une petite décote. 

Les adressesGetaround, Ouicar, Roadstr (voitures de sport ou premium). Et aussi : Kiwiiz (mise en relation entre particuliers). 

Notre conseil. C’est le locataire qui est redevable des contraventions pendant la période d’utilisation de la voiture. Toutefois, les PV seront expédiés à l’adresse du propriétaire. Si vous en recevez, ne payez pas l’amende et faites une contestation sur le site Amendes.gouv.fr en désignant le locataire comme responsable.

Le covoiturage : idéal pour réduire les frais

C’est la solution la moins contraignante en termes de formalités et la plus flexible pour dégager des revenus rapidement avec votre voiture. Le principe est simple. Vous mettez une ou plusieurs places à disposition des passagers se rendant dans la même direction que vous. Cette pratique autrefois singulière s’est généralisée à vitesse grand V. Aujourd’hui, ce sont près de 3 millions de Français qui se tournent régulièrement vers le covoiturage. Le Gouvernement en a même fait une priorité, avec un objectif affiché de 3 millions de trajets quotidiens effectués par ce biais à l’horizon 2024. 

Des sites de covoiturage en ligne favorisent la mise en relation avec les passagers en échange d’une commission. Le leader en France, BlaBlacar, compte près de 90 millions de membres dans plus de 22 pays. Il suffit de créer un profil gratuitement en précisant la marque, le modèle et la couleur de votre voiture, le nombre de places disponibles, et également si vous êtes fumeur ou non. Il est impératif que votre véhicule soit assuré, avec une responsabilité civile au minimum. Cette assurance obligatoire couvre les dommages qui peuvent être occasionnés à des tiers lors d’un sinistre. Ainsi, le passager du covoiturage est lui aussi garanti.

Ensuite, vous n’avez plus qu’à mentionner votre destination, le moment de votre départ et les lieux où vous aimeriez récupérer et déposer vos passagers. Sans oublier le plus important : votre prix. Lorsque vous publiez un trajet, la plate-forme vous recommande un tarif par place déterminé en fonction de vos frais. Libre à vous de demander davantage si vous ajoutez une étape sur le parcours ou si l’état de votre véhicule est exceptionnel. Mais ne soyez pas trop gourmand car le site fixe un plafond afin de se conformer à la législation. Les revenus du covoiturage sont, en effet, encadrés par le ministère des Transports et doivent se limiter strictement au partage des frais de déplacement (usure du véhicule, réparation et entretien, pneumatiques, carburant, primes d’assurances, péages et stationnement). Il est ainsi préférable de proposer des offres inférieures à 0,20 euro/km par passager, au regard du barème fiscal maximal à 0,60 euro/km. Si vous restez dans ces clous, vous n’êtes pas obligé de déclarer ces revenus. Si, en revanche, ces conditions ne sont pas respectées, les revenus seront considérés comme issus d’une activité professionnelle et vous vous exposez à des poursuites pénales. 

Quarante-huit heures après le trajet, si celui-ci s’est déroulé comme prévu, la société procède au virement. Il apparaîtra sur votre compte sous un à cinq jours ouvrés. Le montant de la commission, compris entre 0 et 30 % (avec un minimum d’un euro) selon les sites, est à la charge du passager. Par exemple, si vous réclamez 30 euros, le prix moyen pour un trajet entre Paris et Lyon, ce dernier paiera 39 euros au maximum. 

Le covoiturage ne se limite pas à des trajets occasionnels. Il est possible d’optimiser vos déplacements domicile-travail via plusieurs plates-formes dédiées sur le même principe. A la différence que ceux-ci sont ­encouragés par l’Etat à travers une aide supplémentaire appelée « forfait mobilités durables », qui consiste en une prise en charge par l’employeur des frais engagés par ses salariés, à condition qu’ils utilisent un mode de transport « doux », dont le covoiturage. Ce financement par les entreprises n’est pas obligatoire mais lorsqu’il est mis en place, il est exonéré d’impôt et de cotisations, ce qui revient à rendre le trajet gratuit pour le passager. Le conducteur, lui, peut toucher une indemnité kilométrique par trajet et par passager allant de 1,50 euro à 3 euros en fonction de la distance parcourue. Ainsi, ce sont jusqu’à 150 euros par mois qui peuvent être perçus par les conducteurs « covoiturant » chaque jour sur le trajet domicile-travail. Le gain annuel est de 1 800 euros.

Avantages : la souplesse de la formule (vous pratiquez quand vous souhaitez sur courts ou longs trajets) ; pas de fiscalité dès lors que vous ne réalisez pas de bénéfices ; la convivialité (appréciable sur autoroutes !).

Inconvénients : les détours qu’il faut organiser ; la convivialité n’est pas toujours au rendez-vous si vous tombez sur des passagers pénibles ; il faut créer de la confiance et, pour y parvenir, être bien noté sur les plates-formes.

Les adresses : BlaBlaCar (et l’appli BlaBlaLines pour le quotidien), Europe Carpooling, Klaxit (appli) ; sans commission : La Roue Verte, Mobicoop, Togetzer.

Notre conseil. Préférez les sites Internet reconnus qui vérifient les identités et les permis, et proposent des contrats d’assurance complémentaires. Pour des raisons de sécurité, donnez rendez-vous dans un lieu public plutôt qu’à votre adresse personnelle.

La livraison de colis : un petit complément

Le « colis-voiturage » est une astuce pour rentabiliser les dépenses sans bouleverser vos déplacements. Il fonctionne sur le principe du covoiturage et est donc soumis à la même fiscalité. A la différence toutefois qu’il s’agit d’un transport de marchandises, une activité réglementée par le Code des transports. Dans le cas des « livraisons collaboratives », ces dernières sont cependant réalisées à l’occasion d’un trajet personnel. Cette nuance entretient un flou juridique qui ne permet pas de les classer dans un cadre strict, c’est pourquoi elles sont à ce jour tolérées. 

Le nombre de plates-formes mettant en relation des « expéditeurs » et des « livreurs » s’est notablement développé ces derniers temps. Une des raisons est liée à l’envol des sites de vente en ligne entre particuliers tels Le Bon Coin. Ce type de formule permet une livraison à des tarifs moins chers qu’avec un transporteur professionnel. La commission est très variable selon le site, entre 7 et 17 % du montant de l’expédition. Elle comprend souvent – pensez à bien vérifier – une assurance de base qui couvre la perte, le vol ou la dégradation du colis d’un montant inférieur à 500 euros. C’est le cas chez Cocolis, leader en France. 

Pour se mettre dans la peau d’un livreur, il suffit de s’inscrire, d’indiquer ses trajets ponctuels ou habituels, puis de négocier le prix avec l’expéditeur qui fixe généralement le montant de la course. Celui-ci dépendra de plusieurs paramètres, comme la taille du colis, sa ­nature et la distance. Une fois le paquet livré au destinataire, celui-ci vous remet un code envoyé préalablement par SMS. Saisissez-le dans votre appli et vous recevrez le paiement directement sur votre compte. Prendre deux à trois colis par jour peut générer un petit revenu correct. En effet, une course sur une distance de 5 km peut rapporter 10 euros. Mais pour rester dans la légalité et dans le cadre fiscal du « partage des frais », ce type de transport est régulé. Les prix ne peuvent dépasser un certain plafond (le tarif complet ne doit pas être supérieur au barème kilométrique fixé par le fisc). 

Autre aspect qu’il faut prendre en considération : il n’est pas facile d’identifier le contenu du colis lorsqu’il est bien emballé. Or, il est évidemment illégal d’acheminer des animaux, ansi que des produits du type stupéfiants et contrefaçons. C’est donc une prise de risque qu’il faut accepter car, en cas de problème, vous serez seul pour l’affronter. Les sites déclinent, en effet, toute responsabilité et limitent leur rôle à celui « d’opérateur de plate-forme ».

Avantages : si vous avez une voiture avec une grande capacité de stockage (break, monospace…), la livraison de colis peut être rentable quand les volumes transportés sont importants (meubles…) ; rien n’empêche de combiner au cours d’un même trajet transport de passager et de colis.

Inconvénients : il faut se débrouiller pour charger les colis lourds ; les trajets se font plutôt sur longue distance, ce qui limite les opportunités. 

Les adressesByebyecolis, Bring4You, Cocolis, Colis-voiturage, PiggyBee, WayToMe. Et aussi MyBoxMan (livraison sur de très petits trajets, pour des courses alimentaires par exemple).

Notre conseil. Le procédé de colis-voiturage repose sur la confiance, il n’y a aucun contrat signé entre l’expéditeur, le transporteur et le destinataire. Vérifiez systématiquement, lorsque c’est possible, la nature du colis que vous allez transporter.