Se connecter S’abonner

Les bonnes stratégies pour investir dans l’or

L’éclat de l’or s’est – un peu – terni depuis son record touché en août dernier. Le contexte actuel, marqué par le retour du goût pour le risque, lui est certes moins favorable que 2020. Mais le métal jaune conserve un intérêt.

or
Credit:AVENTURIER PATRICK/SIPA/1206291434

Pour s’opposer à son retour en tant qu’étalon monétaire, le célèbre économiste John Maynard Keynes l’avait qualifié, en 1923, de « relique barbare ». La convertibilité des devises en or n’est plus qu’un lointain souvenir, mais l’or reste un actif à nul autre pareil. « Techniquement, il n’est pas valorisable et n’a que l’appréciation qu’on veut bien lui donner, mais il est très réactif au sentiment de peur », explique Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement stratégique de Carmignac. La peur est un sentiment qui n’a pas fait défaut en 2020 et l’or a en effet volé de record en record jusqu’à l’été. Depuis son parcours est un peu plus compliqué.

La demande financière a dopé les cours en 2020

Revenons sur un paradoxe apparent. En 2020, l’or a battu son record de valorisation historique, avec un cours spot touchant les 2.075,47 dollars le 7 août. Pourtant, la demande mondiale en or a connu un net accès de faiblesse l’an dernier (-14,3%, 3.759,6 tonnes), refluant sous la barre des 4.000 tonnes pour la première fois depuis 2009. Cette tendance s’explique en grande partie par le recul d’un tiers de la demande d’or pour la bijouterie, fortement impactée par la crise sanitaire. Les banques centrales ont aussi contribué au recul. « Hormis la Turquie, l’Inde et quelques autres, les banques centrales ont suspendu leurs achats d’or l’an dernier et cela se poursuit au premier trimestre », indique Benjamin Louvet, gérant spécialiste des matières premières chez OFI. Sans surprise, elles ont d’autres priorités après une année marquée par la pire récession depuis la Seconde guerre mondiale.

Si l’or a brillé dans un contexte aussi morose pour son usage premier, c’est grâce aux acheteurs financiers. La demande d’or d’investissement a bondi de 40% l’an dernier pour représenter près de la moitié de la demande totale en 2020. « Plus encore que le pétrole, l’or est influencé par la demande financière, explique Sophie Chardon, stratégiste multi-actifs chez Lombard Odier. Chez nous, il a depuis deux ans une place structurelle dans les portefeuilles, avec pour vocation de se substituer à une partie des obligations d’État, aux rendements devenus négatifs.» Cette situation inédite dans l’histoire a redonné du brillant au métal précieux. Elle rend moins gênant ce qui est classiquement son principal défaut par rapport aux obligations : l’absence de rendement. Benjamin Louvet résume cela d’une jolie formule : « Rien, c’est mieux que moins que rien. » L’année 2020 a offert une excellente illustration lorsque la crise du Covid19 s’est déclenchée. « Entre février et mars 2020, les actions se sont effondrées, rappelle Gianluca Tarolli, chef économiste de Bordier & Cie. C’est le genre de contexte où on attend des obligations souveraines qu’elles jouent le rôle d’amortisseur. Or, sur cette période, les investisseurs ont perdu de l’argent même sur le bund allemand, actif défensif par excellence pour les investisseurs en euros. » L’obligataire ne joue plus son rôle protecteur et la détention d’or dans les portefeuilles vise à reconstituer une sorte d’assurance contre les situations économiques imprévues. « L’or sera une protection si le rebond économique s’essouffle et oblige les banques centrales à baisser à nouveau les taux. Inversement, si la machine économique et l’inflation s’emballaient trop brutalement, l’or retrouverait son statut de monnaie refuge », résume Didier Saint-Georges.

Quand on prend une assurance, il faut être prêt à payer la prime pour rien. C’est ce qui est arrivé sur la fin de l’année 2020. « L’inversion de la dynamique sur l’or a débuté dès l’été quand les taux ont cessée de baisser », se souvient Didier Saint-Georges. Mais la désaffection s’est accélérée après ce mémorable 9 novembre, où le CAC 40 s’est envolé de 7,6% après l’annonce de Pfizer sur son vaccin. Brutalement, les marchés sont repassés en mode « risk-on », comme disent les financiers. Autrement dit : les investisseurs ont oublié le risque pour spéculer sur l’après-crise. Le fort impact sur l’or se lit notamment sur les flux des ETF investis en or : très positifs jusqu’en juillet, ils se sont ensuite affaiblis pour se retourner violemment en novembre, mois où les investisseurs en ETF ont « rendu » 109 tonnes d’or au marché.

Un avenir lié aux perspectives d’inflation

Sur le très court terme, le contexte reste compliqué pour le métal  jaune. « L’once d’or a perdu 15% en dollars depuis juillet dernier, mais le cadre reste particulièrement défavorable, avec des investisseurs anticipant une forte croissance, un appétit élevé pour le risque, une remontée des taux américains en nominal et en réel et un dollar fort », énumère Gianluca Tarolli. Ceci explique une position qui reste très prudente de la part des investisseurs. « Si l’or reste un actif stratégique pour nous, nous sommes tactiquement sous-exposés », indique Sophie Chardon, qui a diminué les positions en juillet dernier et une nouvelle fois cette année, en ayant à l’esprit un objectif de 1.600 dollars à un horizon de 6 à 12 mois. Pour autant, l’or n’a pas dit son dernier mot. Ce qui pourrait changer la donne, c’est un retour plus franc de l’inflation. « Elle a accéléré en mars aux États-Unis », note Gianluca Tarolli. Benjamin Louvet croit, lui aussi, à un rebond de l’inflation plus durable que ne le pensent de nombreux observateurs : « on observe déjà que le cours des matières premières agricoles est élevé, notamment celui du colza, qui a récemment touché un record historique, note-t-il. Quant aux loyers, gelés aux États-Unis au moment de la crise, ils pourraient y contribuer fortement dans les mois à venir, sachant qu’ils représente un tiers de l’indice des prix à la consommation et que les prix de l’immobilier ont flambé entretemps. Mais certaines raisons structurelles laissent penser à un retour plus durable de l’inflation. D’abord, la transition énergétique va s’avérer extrêmement inflationniste, car les énergies renouvelables sont intermittentes et nécessitent ainsi de conserver des capacités classiques pilotables, ce qui explique le prix de l’électricité encore deux fois supérieur en Allemagne à ce qu’il est en France, malgré la forte hausse récente chez nous. Autre point : la gestion de la crise sanitaire par les autorités a été très différente de ce qu’on a vu après la crise financière de 2008, avec l’ajout de mesures budgétaires comme des chèques envoyés aux ménages aux États-Unis ou des mécanismes comme les prêts garantis. Il ne serait pas invraisemblable de revoir une inflation revenir durablement aux alentours de 3% ou 3,5%. » Or, le président de la Réserve Fédérale américaine martèle que les taux nominaux vont rester bas. Il n’est donc pas impossible que les taux réels (taux nominaux diminués de l’inflation) flanchent à nouveau. Un autre élément continue de jouer en faveur de l’or. « Il offre une vraie diversification qu’il est difficile de trouver ailleurs, dans un monde ou les grandes classes d’actifs sont souvent corrélées entre elles », conclut Gianluca Tarolli. Mettre une petite dose d’or dans son portefeuille pour ses vertus de valeur-refuge, pourquoi pas ? A condition de se souvenir qu’il est défensif, mais aussi volatil. Sur ce point, il se compare plutôt aux actions qu’aux obligations.

Quelles alternatives à l’or ?

Certains autres actifs peuvent passer pour des substituts à l’or, mais rien n’est si simple.

Les autres métaux précieux

L’argent est parfois surnommé « l’or du pauvre ». Il est près de 70 fois moins cher  et offre une forte corrélation avec l’or (80 à 90%). Mais, comme d’autres métaux précieux, l’argent est un métal aux usages plus industriels que l’or. « Il est indispensable aux panneaux solaires et aux batteries pour véhicules électriques, ce qui pousse la demande vers le haut », explique Benjamin Louvet. Le palladium, utilisé dans les pots catalytiques et le platine, aujourd’hui moins cher que l’or, mais qui devrait bénéficier de l’essor des piles à combustible à hydrogène, sont aussi intéressants par leur implication dans la transition énergétique, mais pourraient s’avérer moins décorrélés des actions, à terme.

Le bitcoin

Certes, on peut faire quelques parallèles entre la célèbre cryptodevise et l’or. Comme lui, le bitcoin est en quelque sorte une « devise sans passif », n’étant pas émis par une banque centrale. On peut voir dans le bitcoin  une sorte d’actif idéal pour les libertariens ou plus généralement ceux qui se méfient du surendettement public. Mais le bitcoin, contrairement à l’or, reste fortement corrélé aux actifs risqués : on a pu observer son formidable retour en grâce fin 2020, au moment même où les actions rebondissaient. Et sa volatilité est beaucoup plus élevée que celle des actions ou de l’or. Difficile de faire une devise de réserve d’un actif dont on se demande en se réveillant le matin s’il a gagné ou perdu 10% pendant la nuit.

Le fonds OFI Precious Metals

L’objectif avoué de ce fonds (code FR0011170182) est d’offrir une performance en euros proche de celle de l’or en dollars, le tout pouvant confortablement être logé dans un contrat d’assurance-vie, profitant ainsi de sa fiscalité avantageuse. Il fallait pour cela répondre aux contraintes de diversification de la réglementation OPCVM : le fonds est composé à 35% d’une exposition à l’or, le solde étant principalement alloué à l’argent, au palladium et au platine. Le résultat : une corrélation très forte à l’or (87% au dernier décompte) et, mieux encore, une performance qui a été supérieure à celle du métal jaune en 2019 et 2020, profitant du formidable parcours du palladium, dont la demande explose. Lancé en 2012, ce produit unique en son genre est un très beau succès, avec 1,3 milliard d’euros d’actifs sous gestion aujourd’hui.

Les différents moyens d’investir

Lingots

Détenir de l’or physique chez soi, c’est littéralement avoir son patrimoine à portée de main, donc la possibilité de l’emporter avec soi si l’on était obligé de partir du jour au lendemain. Ceux pour qui la crainte de l’avenir n’est pas aussi vive préféreront peut-être une autre solution. « Pour nos clients souhaitant conserver des lingots en coffre, nous proposons des onces gérées chez UBS à Londres ou à Zurich », indique Sophie Chardon (Lombard Odier). Jadis punitive, la fiscalité sur l’or physique a été aménagée il y a une quinzaine d’année dans un sens plus favorable aux épargnants. Dans la mesure où il peut justifier de la date et du prix d’achat de son or, l’épargnant peut opter pour le régime des plus-values réelles. Il verra sa plus-value taxée à 36,2% s’il vend moins de deux ans après l’achat, mais cette taxation bénéficiera d’une décote de 5% par an ensuite. Autrement dit, la revente sera totalement exonérée après 22 ans de détention. Ce régime est optionnel et il reste possible, si c’est plus avantageux, d’en rester à  la taxe forfaitaire de 11,5% appliquée  sur le montant de la cession d’or, qu’il soit bénéficiaire ou pas. Une solution qui s’applique si la provenance de l’or n’est pas justifiée.

Lingotins et pièces

A plus de 47.000 euros le lingot d’un kilo, l’or, par sa densité et son prix, a un avantage certain : un simple pantalon muni de poches solides et vous pouvez emporter sur vous une valeur conséquente ! Le revers de la médaille, si l’on ose la comparaison, c’est que cette valeur unitaire élevée nuit à sa liquidité. D’où le choix qui peut être fait de préférer des formats plus petits comme, classiquement, les pièces, dont le fameux « 20 francs Napoléon », ou plus récemment les « lingotins » proposés par CPoR Devises, qui permettent d’acheter de l’or fin en petites quantités (le plus petit lingotin fait 5 grammes, soit un peu moins que les 5,81 g d’or fin contenus dans le Napoléon). En achetant ainsi « au détail », vous devrez généralement payer une prime : pour cette quantité unitaire plus petite, le prix au gramme sera plus élevé ! Cette prime étant variable, cela vous expose donc à un risque potentiellement différent de celui lié au prix de l’or. Pour l’heure, la prime payée est d’environ 5% pour un Napoléon : comptez 49,4€ du gramme en ce moment, versus 47,2 € au gramme pour le lingot d’un kilo. Le régime fiscal est le même, y compris l’absence de TVA.

Mines d’or

L’achat d’actions cotées de mines d’or est un moyen fréquemment utilisé pour obtenir une exposition aurifère. C’est effectivement un moyen simple pour un investisseur particulier ou pour un gérant de fonds d’allocation d’actifs, l’avantage étant la liquidité immédiate assurée par le marché boursier le jour où on veut sortir. Attention toutefois à ne pas assimiler des géants miniers comme Barrick Gold avec de petits acteurs comme Auplata, présent à la cote parisienne, qui tient plus du joujou pour « day traders » que du pari sur le cours de l’or. L’avantage des actions de mines d’or tient au fait qu’on peut les loger en assurance-vie via des fonds éligibles comme BGF World Gold (BlackRock), qui propose une exposition quasi-pure aux mines d’or, ou Axa Or et Matières Premières (deux tiers de mines d’or et un tiers d’acteurs des matières premières énergétiques). Le problème de cette approche est que la corrélation entres les mines d’or et l’or n’est pas parfaite puisqu’on s’expose à un risque actions. Comme le dit Benjamin Louvet, jamais avare de bon mots : « l‘or peut monter sans les mines, mais la réciproque n’est pas vraie. »

Produits dérivés et structurés

L’or en version dématérialisée existe depuis un moment maintenant, par exemple au travers de produits indexés à l’or disponibles dans l’univers des produits de bourse. Le certificat Gold 100% de BNP Paribas (code ISIN : NL0006454928) est présent sur le marché depuis 2008. Ici, il s’agit d’une exposition simple, sans effet de levier. Mais en jouant sur la volatilité des cours, certaines banques privées proposent à leurs clients d’aller bien au-delà de cette exposition simple en composant des approches beaucoup plus sophistiquées, à base de stratégies optionnelles. Attention, c’est un peu technique ! « Prenons l’exemple d’un client qui a 3% d’or dans son portefeuille et qui en voudrait plutôt 5%, explique Gianluca Tarolli. Plutôt que de simplement acheter de l’or, on va vendre des ‘puts’ avec un prix d’exercice inférieur et on pourra ainsi encaisser une prime. Si au contraire, on souhaite réduire la position, on pourra symétriquement vendre des ‘calls’ à un prix d’exercice plus élevé. » Ce type de stratégie nécessite évidemment une expertise spécifique, mais cela permet de profiter de la volatilité de l’or, cette caractéristique qui en fait un actif défensif pas comme les autres.

ETF / ETC

Le fort développement des ETF (exchange traded funds), ces fonds gérés de manière passive ayant la caractéristiques d’être cotés en bourse, a surtout été porté par les produits investis en actions et maintenant en obligations, qui constituent l’essentiel du marché. Mais il existe aussi des produits similaires dédiés à l’investissement en matières premières. Juridiquement, en Europe, ce ne sont pas des fonds car ils ne sont pas diversifiés, et on parle plutôt d’ETC (exchange traded commodities). Les plus importants de ces produits ciblent l’or : il en existe une quarantaine en Europe, pas tous très accessibles aux investisseurs français et pas éligibles à l’assurance-vie. Attention à bien lire la documentation de tels produits et à choisir des produits qui sont effectivement adossés à un stock d’or physique effectivement détenu par le fonds sous une forme « ségréguée » (le fonds détient des barres d’or clairement identifiées dans le stock de la banque). C’est par exemple le cas de l’ETC Amundi Physical Gold (FR0013416716) qui gère près de 3 milliards de dollars d’or.

Un compte adossé à de l’or

Une offre qui mêle tradition et modernité en proposant une carte de paiement adossée à du métal précieux. L’offre de VeraCash surfe sur cette proposition séduisante. Les euros que vous versez sur votre compte sont « transformés » en or, moyennent des frais de 0,5% du montant de la transaction. Au-delà de l’aspect ludique indéniable d’une telle offre, attention aux frais pas forcément lisibles, comme les frais d’ « oxydation » perçus par l’intermédiaire si le compte reste inactif. Si la communication surfe sur le côté « hors système bancaire » de l’offre, le fait que votre or soit stocké par un intermédiaire non bancaire n’est pas forcément un point rassurant et n’enlève rien au risque de contrepartie s’il venait à faire défaut. Quant à la possibilité de répartir vos avoirs vers d’autres produits précieux (argent et diamants), elle fait l’objet de frais rédhibitoires (7% et 10% du montant, respectivement !) qui limitent grandement l’intérêt d’un arbitrage. Tout ce qui brille n’est pas or et ce type d’offre, pour sympathique qu’il soit, ne peut pas constituer l’alpha et l’omega d’une stratégie patrimoniale.