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Où placer ses liquidités à court terme ?

Bercy a relevé le taux du livret A au 1er février. C’est l’occasion de revoir votre stratégie en matière d’épargne de précaution. Nos conseils pour naviguer entre livrets réglementés, livrets fiscalisés et comptes à terme.

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Promesse tenue : le gouvernement a relevé le taux du livret A de 0,50 % à 1 % au 1er février. C’est une bonne nouvelle pour les 54,9 millions de personnes, majeures comme mineures, détenant ce produit. D’autant qu’il est gonflé à bloc : le livret A a collecté 17 milliards d’euros entre janvier et octobre 2021, portant son encours à 343,5 milliards d’euros. Cet engouement s’inscrit dans un contexte global favorable à l’épargne directement lié à la pandémie. Car entre la peur de l’avenir et la moindre consommation due aux confinements, les Français ont accumulé un surplus d’épargne de 155 milliards entre début 2020 et le 31 juin 2021 d’après la Banque de France.

Une partie de cette « épargne covid » s’est orientée vers l’assurance-vie, dont la collecte nette atteint 18,5 milliards d’euros sur les dix premiers mois de l’année. Une autre est restée sur les comptes courant ou s’est orientée vers des placements de trésorerie.

Pourtant, le rendement du livret A ne préserve pas le pouvoir d’achat dans un contexte où la hausse des prix accélère. La hausse du taux à 1 % depuis le 1er février constitue un léger mieux, mais le constat reste inchangé. « L’inflation atteint 2%, ce qui signifie que le rendement réel du livret A est encore négatif », rappelle Maxime Chipoy, le président de MoneyVox. Une situation loin d’être inédite puisque le livret A rapporte moins que l’inflation depuis 2017. Difficile, pourtant, de se passer totalement de ce placement emblématique, car il conserve plusieurs atouts de taille : le livret A reste l’un des rares produits exonérés d’impôt et de prélèvements sociaux, il bénéfice d’une garantie de l’état (comme le livret de développement durable et solidaire et le livret d’épargne populaire) et est parfaitement liquide. Il reste donc le réceptacle naturel de votre épargne mais uniquement à titre de précaution. D’autres pistes méritent cependant d’être explorées, parmi lesquelles quelques rares livrets fiscalisés et des comptes à terme. Nos conseils pour naviguer entre ces produits.

Priorité aux livrets réglementés

Après deux années de vaches maigres côté rendement, le livret A et le livret de développement durable et solidaire (LDDS) rapportent désormais 1 %. Pour mémoire, la formule de calcul repose sur la moyenne du taux d’inflation et des taux à court terme (Ester), arrondie au dixième de point le plus proche. Par ailleurs, le rendement ne peut être inférieur à 0,50 %. Mais le taux du livret A est aussi une décision politique, en particulier à trois mois de l’élection présidentielle. « Pour 15.000 euros placés sur un livret A pendant un an, les intérêts s’élèvent à 150 euros pour un taux à 1 %, contre 75 euros avec l’ancien taux de 0,50 %. Le gain reste donc limité » tempère Maxime Chipoy de MoneyVox. L’encours moyen d’un livret A s’établit à 5.500 euros d’après l’Observatoire de l’épargne réglementée de la Banque de France, loin du plafond de versement de 22.950 euros. Par ailleurs, il est possible de verser 12.000 euros sur un LDDS (réservé aux contribuables). Autrement dit, un couple ayant deux enfants peut au total détenir 115.800 euros sur quatre livret A et de deux LDDS, même si le contexte actuel de rémunération ne plaide pas pour ce choix : une partie de cette épargne pourrait logiquement être réorientée vers des placements plus rémunérateurs à long terme.

Pensez aussi au livret d’épargne populaire (LEP) si vous y êtes éligibles : il rapporte 50 points de base de plus que le livret A, ou au minimum l’inflation à 2,2 % % à partir du 1er février. Il convient donc de l’alimenter en priorité, jusqu’à son plafond de 7.700 euros, avant de s’intéresser au livret A. Le LEP est réservé aux ménages modestes : pour ouvrir un LEP en 2021, il fallait afficher un revenu fiscal de référence inférieur à 20.017 euros pour une personne seule. La loi d’accélération et de simplification de l’action publique (Asap) de décembre 2020 a simplifié les conditions d’ouverture et de contrôle annuel de l’éligibilité. Objectif : faciliter la souscription de ce placement auxquels la moitié des Français majeurs sont éligibles, mais qui n’est détenu que par 13,3 % d’entre eux.

Enfin, les 12-25 ans peuvent quant à eux ouvrir un livret Jeunes, plafonné à 1.600 euros, et dont la rémunération est fixée librement par les banques mais ne peut être inférieure à celle du livret A. Il rapporte entre 0,50 % (BNP Paribas, Crédit Agricole Ile-de-France, Société Générale) et 0,75 % (La Banque Postale, LCL). A noter, les livrets réglementés comme les livrets fiscalisés fonctionnent par quinzaine : cela signifie qu’une somme déposée le 16 du mois ne commence à fructifier que le 1er jour du mois suivant.

Choisir les meilleurs livrets fiscalisés

Les livrets réglementés restent le choix prioritaire pour votre épargne liquide, car les banques n’offrent qu’une maigre alternative à de rares exceptions près. Le taux moyen des livrets bancaires fiscalisés atteint 0,09 % en octobre 2021 d’après la Banque de France. Les intérêts sont donc microscopiques : 10.000 euros placés pendant un an rapportent 9 euros … avant fiscalité. Or, les intérêts des livrets sont soumis au prélèvement fiscal unique de 30 %. A noter, les contribuables peu ou pas imposés peuvent opter pour une imposition à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, plus avantageuse dans leur cas.

Le seul intérêt des livrets fiscalisés, à condition de choisir les meilleurs, réside dans leur plafond très élevé : il est possible d’y verser jusqu’à plusieurs millions d’euros. Idéal pour placer un capital issu de la vente d’un bien immobilier ou d’une succession en attendant de lui trouver une destination plus adaptée. Précisons par ailleurs que la hausse du taux du livret A n’a pas de conséquences sur le rendement des livrets bancaires, dont la rémunération est liée aux taux des marchés à court terme.

Trois établissements sortent cependant du lot. Les banques des constructeurs automobiles Stellantis (ex-PSA) et Renault, ainsi que la fintech Cashbee, proposent des offres plus attractives. Le livret Cashbee rapporte 2 % sur trois mois, puis 0,60 % bruts. Le taux net de flat tax ressort ainsi la première année à 0,70 %. Un niveau attractif mais qui reste inférieur à celui du livret A. Ce livret est aussi proposé via Lydia grâce à un partenariat entre les deux fintechs. «  Le livret Cashbee est plafonné à 1 million d’euros » précise Cyril Garbois, son cofondateur. Ce livret est géré par My Money Bank. « Notre client ouvre donc un compte chez notre partenaire, qui est une banque de plein exercice bénéficiant à ce titre de la garantie du fonds de garantie des dépôts à hauteur de 100.000 euros » ajoute Cyril Garbois. Une précision importante six mois après la liquidation de Swoon, la fintech lilloise qui proposait un livret à 3 %.

De leur côté, les livrets Distingo (PSA Banque) et Zesto (RCI Bank) rapportent 0,50 % bruts, soit 0,35 % après le prélèvement fiscal unique de 30 %. Ce rendement est inférieur à celui du livret A, mais ces deux livrets permettent de placer des sommes importantes puisqu’ils sont plafonnés à 10 millions d’euros. De plus, les sommes collectées servent à financer l’économie réelle : « Notre livret finance indirectement les crédits octroyés aux particuliers pour l’achat de certains véhicules du groupe Stellantis » précise Sarah Zamoun, responsable de Distingo chez PSA Banque. Les livrets des banques en ligne ne méritent en revanche pas le détour : ils ne rapportent que 0,05 % brut chez BforBank, Boursorama Banque et Fortuneo ; 0,02 % chez Hello Bank jusqu’à 50.000 euros (0,05 % au-delà) et 0,20 % chez Orange Bank.

Opter pour un compte à terme

Une partie de votre épargne sans risque n’a probablement pas besoin d’être mobilisable du jour au lendemain. Elle peut éventuellement être investie non pas sur un livret mais sur un compte à terme, lui-aussi sans risque. Ces produits promettent une rémunération légèrement supérieure à celle des livrets en échange de l’engagement de ne pas récupérer les sommes avant une période donnée. C’est l’épargnant qui choisit l’horizon de son compte à terme, généralement à un, deux ou trois ans. Mais il existe aussi des comptes à terme sur des durées plus courtes, voire plus longues. « Dans la pratique, il reste possible de débloquer son épargne par anticipation, mais la rémunération est alors revue à la baisse » ajoute Maxime Chipoy. Chez PSA Banque, le compte à terme Distingo affiche un taux actuariel brut de 0,65 % sur un an, 0,70 % sur deux ans et 0,80 % sur trois ans. Le taux net ressort donc à 0,56 % sur trois ans après le prélèvement fiscal unique. « Nos clients placent leur épargne de précaution sur leur livret A et leur livret Distingo. Le compte à terme est utilisé en complément pour investir son capital sans risque à un taux supérieur » souligne Sarah Zamoun chez PSA Banque. De son côté, le compte à terme Pepito de RCI Banque affiche un taux actuariel limité à 0,12 % sur douze mois (largement inférieur à son livret Zesto rapportant 0,50 % brut) et 0,55 % sur trois ans.

Autre possibilité, la plateforme Raisin propose aux épargnants français des compte à terme de banques de l’Union européenne. La filiale française de la banque égyptienne MISR offre ainsi 0,75 % bruts sur trois mois ou 1 % sur un an. Des taux largement supérieurs au reste du marché. « Les neuf banques avec lesquelles nous travaillons disposent d’une licence bancaire dans l’union européenne et sont donc couvertes par le fonds de garantie des dépôts de leur pays, à hauteur de 100.000 euros comme en France » précise Emmanuel Rodriguez, directeur général France de la plateforme Raisin. Reste à adopter une stratégie cohérente avec votre horizon de placement. « Il est recommandé de répartir son capital sur plusieurs comptes à terme de durées différentes (un an, deux ans, etc.). Cela permet de bénéficier de taux supérieurs sur les durées les plus longues, tout en conservant une certaine liquidité grâce aux échéances annuelles » ajoute Emmanuel Rodriguez. Les produits proposés par Raisin nécessitent généralement un ticket d’entrée minimum compris entre 1.000 et 10.000 euros selon les établissements.

Mettre de côté deux à six mois de revenus

Ni trop, ni trop peu. « Il est logique de détenir l’équivalent de deux à six mois de revenus sur des placements sans risque totalement liquides », indique Maxime Chipoy, le président de MoneyVox. Cette épargne pourra être mobilisée instantanément en cas de coup dur ou de besoin de trésorerie. Mais il n’est pas recommandé de détenir trop d’épargne de court terme compte tenu du faible niveau de rémunération. Si vous avez un horizon plus lointain, à partir de 18 à 24 mois ou si vous acceptez une dose de risque limitée, il y a mieux à faire. Pensez dans ce cas au fonds en euro de l’assurance-vie, à travers un contrat sans frais sur versement ou encore à des unités de compte à faible risque.

Penser aux parts sociales 

Les banques mutualistes (Banque Populaire, Caisse d’Épargne, Crédit Agricole et Crédit Mutuel) émettent des parts sociales, tout comme certaines mutuelles et institutions de prévoyance. Il s’agit de titres de capital, comportant donc une part de risque sur le papier. Mais celle-ci est surtout théorique puisqu’elle est liée à une faillite de l’établissement. Les banques mutualistes versent un rendement, plafonné réglementairement au taux moyen des obligations privées majoré de deux points. Le plafond s’élevait à 2,49 % en 2021 au titre de l’exercice 2020. Les rendements sont en réalité bien inférieurs : ils s’établissent en moyenne à 1,25 % dans les Banques Populaires, 1,43 % au Crédit Agricole ou encore 1,60 % au Crédit Mutuel Arkea. Les mutuelles et institutions de prévoyance sont plus généreuses : 2,65 % pour AG2R La Mondiale ou 1,80 % chez Groupama. Ces rendements restent largement supérieurs à ceux des livrets. Mais les parts sociales présentent un inconvénient majeur dans une optique de placement de court terme : elles ne sont pas liquides. Il faut patienter quelques semaines à quelques mois pour vendre selon les établissements. Côté fiscalité, les parts sociales sont traitées comme des actions. Elles sont d’ailleurs éligibles au PEA.