YouTube pressé de mieux protéger les enfants

Dessins animés, comptines, jeux vidéos, etc: des millions d’enfants passent des heures sur YouTube, pourtant censé être réservé aux plus de treize ans. Une contradiction criante qui place la filiale de Google sous la pression croissante d’associations et d’élus américains.

Depuis plusieurs années, de nombreuses organisations de consommateurs et de protection de l’enfance accusent notamment YouTube de collecter, sans l’aval des parents, les données personnelles d’enfants de moins de treize ans, ce qui est interdit.

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Pour ces organisations, qui l’accusent aussi d’exposer les enfants à des vidéos violentes et de les bombarder de publicités, YouTube, qui compte quelque deux milliards d’usagers mensuels, sait pertinemment que les plus jeunes utilisent la plateforme puisqu’elle regorge de programmes et de publicités pour petits.

« Nous pensons que, désormais, YouTube doit changer complètement ses pratiques », affirme David Monahan, de Campaign for a Commercial-Free Childhood (« Campagne pour une enfance sans publicité »).

Le régulateur américain du commerce saisi

Cette association fait partie de celles ayant saisi plusieurs fois le régulateur américain du commerce, la Federal Trade Commission (FTC). Selon la presse américaine, la FTC met la dernière main à une enquête qui pourrait déboucher sur des amendes et des demandes de modifications.

En ligne de mire notamment: l’enchaînement automatique des vidéos et le système de recommandations, qui peuvent exposer les enfants à des vidéos inappropriées, ou la collecte de données telles que la localisation et l’appareil utilisé.

Or la loi américaine interdit depuis 1998 la collecte et l’utilisation commerciale de données des enfants de moins de treize ans sans l’accord explicite des parents. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison qu’en 2015, YouTube a créé une version destinée à cette tranche d’âge YouTube Kids, aux contenus filtrés et sans collecte de données.

« Garder les enfants le plus longtemps possible »

Mais les enfants préfèrent la version originale. Selon une étude du Pew Reaserch Center en 2018, 81% des parents d’enfants de moins de onze ans disent avoir déjà laissé leur bambin regarder des vidéos sur la version principale de YouTube tandis que 34% affirment les laisser l’utiliser « régulièrement ».

« Leur modèle économique, c’est de garder les enfants le plus longtemps possible sur YouTube pour collecter leurs données, permettre le ciblage publicitaire et, dans bien des cas, les exposer à des contenus inadéquats », poursuit M. Monahan.

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Ces associations avaient aussi affirmé dès 2015 que des contenus inadéquats pouvaient apparaître aussi sur la version Kids et s’inquiétaient d’y voir autant de publicités. Pour Jeffrey Chester, du Center for Digital Democracy, « la FTC doit montrer qu’elle protège les enfants » en sanctionnant YouTube.

Le Wall Street Journal a même évoqué une option radicale: que YouTube doive placer la totalité des contenus destinés aux plus jeunes sur YouTube Kids, ce qui pourrait être lourd de conséquences car YouTube pourrait perdre nombre d’annonceurs publicitaires et les revenus qui vont avec.

Sans collecte de données, YouTube Kids est beaucoup moins intéressante pour les annonceurs… Interrogée par l’AFP, Google a refusé de s’exprimer sur une quelconque enquête. « Nous examinons beaucoup d’idées pour améliorer YouTube et certaines restent cela, des idées », a indiqué un porte-parole.

« Tout le monde sait que les enfants vont en masse sur YouTube tous les jours mais l’entreprise n’a toujours pas entamé les étapes nécessaires pour protéger ses plus jeunes usagers », lance sur Twitter le sénateur Ed Markey, qui prévoit de proposer un texte destiné à protéger les enfants de ce type de dérives.

David Monahan estime que le régulateur devrait aussi se pencher sur la publicité cachée dans certaines vidéos, lorsque par exemple des « Youtubeurs » célèbres font la promotion de produits ou de marques, une pratique courante. « Les enfants ne savent pas détecter si quelqu’un est payé pour les convaincre d’acheter quelque chose », explique le militant.

YouTube est aussi régulièrement critiqué pour ne pas assez protéger son site des pédophiles et a pris ces derniers mois des mesures fermes, comme interdire la possibilité de commenter la plupart des vidéos montrant des mineurs.

Rédaction Mieux Vivre avec AFP

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