Coronavirus : les avocats tirent la sonnette d’alarme

Christiane Féral-Schuhl, la présidente du Conseil National des Barreaux, témoigne de la situation difficile que traverse la profession des avocats en libéral. Un sondage révèle les conséquences économiques sur les cabinets d’avocats, qui ne se rémunèrent plus pour beaucoup…

Les avocats en libéral traverse une situation difficile inédite. Crédit : iStock

« Une tornade est en train de passer », a déclaré Christiane Féral-Schuhl, la présidente du CNB qui représente les 70.000 avocats de France. L’avocate s’est montrée inquiète mais déterminée, ce mardi matin lors d’une conférence de presse au cours de laquelle ont été dévoilés les résultats d’une enquête sur la situation critique de la profession.
Elle portera d’ailleurs la voix des « robes noires » devant la Garde des Sceaux, dès cette fin de semaine, notamment pour demander « un plan de sauvegarde pour les cabinets d’avocat ».

Comment les avocats vivent-ils le confinement ?

« Notre profession connait une situation de crise depuis trois mois. Cette crise va s’inscrire dans la durée et certainement que le plus difficile est devant nous » a expliqué Christiane Féral-Schuhl.
Une enquête commanditée par l’observatoire du CNB révèle des résultats assez alarmistes pour la profession.
Un des résultats les plus troublants: plus d’un quart des avocats répondants (28 %) ont déclaré que leur priorité immédiate était de changer d’orientation. Soit près de 20 000 avocats participants. Dans le détail, en plus des 28% des avocats déclarant vouloir changer de profession après la crise, 6% en plus vont faire valoir leurs droits à une retraite anticipée et 5% pensent fermer leur cabinet. Au total, ce sont près de 27 300 avocats qui pourraient quitter la profession sur les 70 000 que compte la France. « Une situation inquiétante pour la démocratie« , selon maître Christiane Féral-Schuhl.

C’est la première fois qu’une enquête recueille un tel engouement dans la profession. En 4 jours, entre le mercredi 8 au le dimanche 12 avril, plus de 10 000 avocats (10 329 précisément) ont répondu à un sondage express sur la situation des avocats (libéral et salariés), en période de crise sanitaire.
Premier constat, la quasi-totalité (97 %) des avocats individuels et associés ont une activité fortement impactée par les mesures de confinement. Et c’est au niveau des cabinets individuels que l’impact sur l’activité est le plus important. L’activité est partiellement arrêtée pour plus de la moitié des avocats libéraux (59 %), elle est normale pour un tiers (33 %) et totalement arrêtée pour 9 % d’entre eux. Le mode d’exercice dont l’activité est la moins impactée est celle des collaborateurs salariés. Elle est presque pour 1 avocat sur 2, normale (45 %) et pour 4 sur 10 (40 %) partiellement arrêtée. A noter que l’activité est très majoritairement de nature juridique pour les avocats salariés.

Des conséquences économiques importantes

Les conséquences se font sentir au niveau économique. Plus des 2/3 des avocats individuels et associés observent une réduction de la facturation de moitié, et pour un quart d’entre eux une absence de facturation totale (24%). Autre constat, près de 92 % des avocats individuels répondants déclarent renoncer à leur rémunération habituelle.

En ce qui concerne les salariés des cabinets (y compris avocats), les mesures prises ont privilégié la continuité d’activité. Parmi les avocats individuels et associés qui emploient des salariés presque 7 sur 10 ont été amené à prendre des mesures de chômage technique/partiel. Et 1 sur 2 a mis en place le télétravail.

En revanche, le sondage révèle que la quasi-totalité (90 %) des avocats interrogés (tous sauf ceux exerçant en tant que salariés) ont réglé tout ou partie de leurs charges à échéance. Et 7 sur 10 ont rempli leurs obligations en matière de paiement de la TVA (70 % des sondés) et de charges de fonctionnement courant (69 %).
Autre enseignement : la situation serait cependant plus grave pour 9 % des avocats qui n’ont pas pu régler l’ensemble des dettes professionnelles à échéance.  

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Des avocats qui ont dû demander les mesures mises en place par l’Etat

L’enquête démontre également que 2/3 des avocats répondant ont envisagé ou déjà effectué une demande de report ou d’étalement des mensualités de leurs crédits bancaires ou une demande de prêt garanti par l’Etat. Près de 61 % des répondants (hors salariés) envisagent ou ont déjà effectué une demande auprès du fonds de solidarité Covid-19 mis en place par l’Etat (aide financière de 1.500 € au mois de mars).

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