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« Le premier trimestre 2021 marque un bon démarrage pour Thales »

« Le groupe est prêt à considérer des projets d’acquisitions, plutôt de taille moyenne, en particulier pour se renforcer dans les technologies digitales », explique Pascal Bouchiat, directeur financier de Thales.

Comment s’est déroulé le premier trimestre de Thales ?

Pascal Bouchiat : Le premier trimestre 2021 marque un bon démarrage pour Thales. Il s’illustre notamment par un retour à la croissance du chiffre d’affaires du groupe, qui s’élève à 3,917 milliards d’euros, en hausse de 1,9% en valeur organique par rapport au premier trimestre 2020.

La dynamique commerciale a été par ailleurs bonne pour un premier trimestre, avec 4 grands contrats (de plus de 100 millions) signés au premier trimestre dans nos activités Défense et Spatial : les contrats Rafale en Grèce et en France, la nouvelle génération du système SAMP/T de défense aérienne pour la France et l’Italie, le satellite de télécommunication Satria destiné à réduire la fracture numérique en Indonésie. La première tranche du système européen de navigation par satellite Galileo est légèrement inférieure à 100 millions.

Le groupe est-il pénalisé par des pénuries de composants ou autres matières premières ?

P. B. : A ce stade, Thales n’est que faiblement pénalisé par la pénurie de composants du fait du faible volume d’achats que ces derniers représentent, essentiellement utilisés pour les cartes de paiement et cartes SIM de nos activités d’Identité et Sécurité Numérique. Néanmoins, nous suivons la situation avec attention.

Percevez-vous des signes de redressement dans l’aviation commerciale ?

P. B : La baisse de notre activité au 1er trimestre (-30%) était moins importante qu’au 4ème trimestre 2020 (-41%). Nous restons néanmoins prudents. Nous ne disposons pas encore de la visibilité suffisante pour nous prononcer, et notre activité In-flight Entertainment (écran de divertissement derrière les sièges) et électronique de bord reste très fortement impactée par la crise.

L’intégration de Gemalto dans la sécurité numérique est-elle achevée ?

P. B. : Oui, l’intégration de Gemalto est achevée. A 80 millions d’euros en 2020, les synergies de coûts étaient en avance sur les objectifs que nous avions fixés. La mise en œuvre des synergies de revenus progresse en ligne avec nos attentes.

Thales reste-t-il à l’affût d’opportunités de croissance externe ? Dans quel domaine et dans quelle zone géographique ?

P. B : Oui, le groupe est prêt à considérer des projets d’acquisitions, plutôt de taille moyenne, en particulier pour se renforcer dans les technologies digitales. Nous ne privilégions pas de géographie particulière.

Dans quels domaines le groupe porte-il ses efforts d’investissement en recherche & développement ?

P. B. : Avec plus de 3,5 milliards d’euros investis chaque année en recherche & développement (R&D) dont 1 milliard autofinancée, Thales se concentre sur le développement d’un socle technologique commun irrigant l’ensemble de son portefeuille, dans les domaines du numérique et de la deep-tech. Dans le numérique, nous investissons dans l’IA (intelligence artificielle), la connectivité, la cybersécurité, le big data ; et dans la deep-tech, le quantique représente la prochaine rupture technologique qu’il nous faut adresser dès aujourd’hui.

Quels sont les grands enjeux technologiques de demain ?

P. B. : Sur nos marchés, les grands défis technologiques de demain sont évidemment ceux du numérique (IA -intelligence artificielle, cybersécurité), pour lesquels des enjeux de souveraineté existent. Thales travaille à l’élaboration d’une IA de confiance, transparente et éthique, adaptée aux enjeux des systèmes critiques que nous construisons. Quant à la cybersécurité, elle est une condition sine qua non pour que le numérique puisse se développer harmonieusement, sans présenter des risques inacceptables. Thales développe des solutions qui couvrent l’ensemble des besoins, du particulier aux gouvernements en passant par les entreprises, et qui couvrent aussi bien la protection des données, des communications, des applications que celles des grands systèmes.

Le groupe travaille aussi sur le quantique, dans le domaine de l’ordinateur en élaborant les futurs systèmes de protection aux attaques de l’ordinateur quantique, mais pas seulement : nous développons surtout la prochaine génération de capteurs quantiques, qui vont révolutionner notre environnement par leurs performances décuplées. Enfin, nos chercheurs développent aussi les prochaines communications quantiques, inviolables, qui représentent là-aussi un enjeu de souveraineté majeur.

Comment analysez-vous la dynamique commerciale de Thales ? Est-elle plus favorable sur le secteur de la défense ou dans le civil ?

P. B. : La dynamique commerciale du premier trimestre 2021 est très positive, et notamment dans les domaines de la défense et du spatial, dans lesquels nous avons signés 4 grands contrats (plus de 100 millions d’euros). 

 Dans le domaine de la défense, nous avons vu au premier trimestre 2021 une hausse de notre chiffre d’affaires de 12,3% par rapport au premier trimestre 2020 (en valeur organique), hausse qui se reflète dans plusieurs segments de marché : les radars de surface, le naval, les systèmes d’infrastructures et la cybersécurité militaire.

Le secteur du spatial – qui concerne le civil et le militaire – est lui aussi très dynamique en terme de prises de commandes : nous avons enregistré au premier trimestre le satellite de télécommunication Satria destiné à réduire la fracture numérique en Indonésie, et la livraison de la première tranche du système européen de navigation par satellite Galileo.

Quelles sont les perspectives du groupe pour cette année et à plus long terme ?

P. B. : Thales a confirmé l’ensemble de ses objectifs financiers pour 2021 : un ratio prise de commandes sur chiffre d’affaire (book-to-bill) supérieur à 1 ; un chiffre d’affaires compris entre 17,1 milliards d’euros et 17,9 milliards d’euros, dépendant notamment du rythme de reprise du trafic aérien, et s’appuyant sur un scénario n’envisageant pas de crise économique majeure ou de dégradation forte de la situation sanitaire ; et enfin une marge opérationnelle courante (EBIT) comprise en 9,5% et 10%.

A plus long terme, la bonne orientation de l’ensemble de nos marchés, combinée à notre positionnement, nous ouvre de solides perspectives de croissance. Les marges bénéficieront par ailleurs de toutes nos initiatives de compétitivité et du caractère différenciant de nos innovations.

Rappelez-nous sa politique de dividende ?

P. B : L’assemblée générale du 6 mai a validé la distribution d’un dividende de 1,76 euro par action, soit une distribution de 40% du bénéfice net ajusté par action. Le dividende devrait progresser fortement dans les prochaines années, tiré par la hausse du bénéfice net, le taux de distribution restant stable.

Quel regard portez-vous sur le parcours du titre en Bourse ?

P. B : Au début de la crise du Covid-19, le cours a été affecté par notre exposition à l’aéronautique civil, et par l’impact fort du confinement du printemps 2020 sur notre activité. Sur les derniers mois, il s’est bien redressé. Les succès commerciaux, et les perspectives solides sur nos grands marchés, soutiennent la hausse du cours.

Quels sont les grands axes de votre politique ESG ?

P. B : Au cœur d’enjeux sociétaux majeurs, Thales développe des solutions pour rendre le monde plus sûr, plus respectueux de l’environnement, et plus inclusif : cybersécurité, signalisation ferroviaire, satellites d’observation de l’environnement…

La stratégie RSE est focalisée sur quatre priorités : la diversité et l’inclusion ; la conformité et l’éthique ; la santé et la sécurité au travail ; et l’environnement et la stratégie bas‑carbone. A titre d’illustration, en décembre 2020, Thales a pris l’initiative, pour la première fois, d’inclure des objectifs climat dans les conditions de sa nouvelle ligne de crédit bancaire de 1,5 milliard signée avec 17 banques internationales. Son taux d’intérêt sera ainsi lié à la réduction de l’empreinte carbone directe et indirecte du groupe (Scopes 1, 2 et 3)