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Marchés émergents : « il est prudent d’attendre »

Entretien avec Bruno Vanier, président de Gemway Assets.

Bruno Vanier, président de Gemway Assets

Quel bilan des actions des pays émergents depuis le début de l’année ?

Bruno Vanier : Depuis le début de l’année, la plupart des grands indices boursiers sont dans le rouge. Les pays émergents n’échappent pas à cette tendance. A fin août, ils perdent 6,5% en euro (bien davantage en dollar), une contre-performance à l’image de celle de l’Europe. Mais pour des raisons bien diverses. Compte tenu de leur situation géographique, les pays émergents ne sont pas affectés directement par la guerre en Ukraine. Mais le contexte économique n’est, pour autant, pas porteur. La Chine, qui représente aujourd’hui près d’un tiers des indices émergents, est en proie à une crise immobilière de grande envergure. Depuis dix-huit mois, les autorités chinoises ont adopté de nouvelles règles pour limiter le recours à l’endettement des promoteurs immobiliers. De fait, ces derniers ont de plus en plus de difficulté à achever leurs constructions. Des milliers d’appartements ne seraient toujours pas terminés, à tel point que certains acheteurs ont décidé de suspendre le remboursement de leur prêt (qui débute en général avant la livraison du bien). La construction de logements neufs représente une part ​importante de la croissance économique chinoise et cette crise pèse sur le moral des Chinois.

Les perspectives vont-elles s’améliorer ?

B. V. : Nous restons neutres sur notre allocation à la Chine. Dernièrement face à la résurgence de cas de Covid, la Chine a de nouveau reconfiné certains quartiers. Le pays ne devrait pas prendre de grande décision avant le prochain Congrès du parti communiste qui aura lieu le 16 octobre. A cette date, le président Xi Jinping sera reconduit pour cinq ans supplémentaires. Il aura à cœur d’afficher un bilan positif, notamment sur la gestion de la crise sanitaire. Ce sera aussi l’occasion d’un renouvellement d’une partie de l’élite politique. En attendant de nouvelles orientations surement en 2023, les perspectives de croissance en Chine resteront faibles autour de 3 à 4 % en 2022 tout comme celle de l’Asie en général. Des signaux positifs émergent toutefois avec une amélioration du secteur de l’e-commerce par exemple.

D’autres pays émergents s’en sortent-ils mieux ?

B. V. : La plupart des autres pays émergents, notamment d’Amérique latine, sont confrontés à une forte inflation, mais couplée à des taux d’intérêt déjà élevés. C’est le cas par exemple du Brésil, où la hausse des prix a atteint 10% mais les taux d’intérêt sont à plus de 13%. Ce pays pourrait bénéficier d’un assouplissement monétaire à l’avenir. L’Inde, forte de sa croissance structurellement forte est aussi un marché intéressant, même s’il est difficile d’y trouver des opportunités à un coût raisonnable. Le Moyen Orient devient aujourd’hui plus attractif, notamment l’Arabie Saoudite, qui profite évidemment de son exposition au pétrole. L’envolée du cours du baril l’avantage, une situation qui pourrait durer car la demande ne devrait pas faiblir alors que l’offre devrait rester sous tension.

Que surveillez-vous ?

B. V. : La Chine reste le principal moteur des pays émergents. Sa situation tant économique que politique (notamment avec Taiwan) reste compliquée mais pourrait s’améliorer après le Congrès du parti communiste chinois. Il faut aussi rester vigilant face à l’inflation dans les pays émergents qui ne doit pas s’emballer. Enfin, il ne faut pas oublier que ces pays sont largement dépendants de l’Europe et des Etats-Unis pour leurs exportations. Le phénomène de stagflation voire de récession pourrait pénaliser l’économie mondiale. Il est donc prudent de ne pas se précipiter malgré la valorisation basse et d’attendre la fin de l’année pour se positionner sur les actions émergentes même si ce placement reste toujours recommandé dans une optique de bonne diversification à long terme.