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Bitcoin : ce qu’il faut savoir pour bien investir

Il est très facile d’investir sur les cryptomonnaies, mais encore faut-il ne pas se tromper d’intermédiaire, ne pas écouter les influenceurs douteux et déjouer les nombreuses arnaques. Voici les grands principes à respecter pour miser sereinement.

cryptomonnaie
Crédit : iStock.

Première étape avant d’investir, choisissez le bon intermédiaire ! « Le marché des cryptoactifs en tant que tel n’est pas régulé, c’est-à-dire que nous ne pouvons pas vérifier s’il y a d’éventuelles manipulations sur les cours, rappelle Benoît de Juvigny, secrétaire général de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Mais depuis la fin de l’année dernière, nous demandons aux intermédiaires qui opèrent en France de s’enregistrer afin de vérifier leur compétence et leur honorabilité ». Dès lors qu’ils vous proposent d’acheter et de vendre au comptant des cryptoactifs ou de les conserver, ils doivent décrocher le statut de prestataire de services sur actifs numériques (PSAN).

Pour le moment, ils sont une dizaine à l’avoir obtenu. La liste est consultable sur le site de l’AMF. Parmi eux, Coinhouse, ex-Maison du Bitcoin, a fermé sa boutique à Paris mais propose des rendez-vous personnalisés pour ses clients premium. Également ­enregistré, le Comptoir des Cybermonnaies offre, lui, un accueil physique à Bordeaux. Citons encore Bitpanda (site et application mobile), StackinSat (qui met en avant son Plan Epargne Bitcoin) ou Bykep (ex-Keplerk), qui a dû renoncer pour le moment à son service d’achat de tickets bitcoin dans les bureaux de tabac mais reste un intermédiaire en ligne.

Si l’AMF recommande, pour éviter les nombreuses plates-formes frauduleuses (voir encadré page suivante), de passer par des intermédiaires enregistrés en France, il n’en demeure pas moins que des milliers de plates-formes, basées à l’étranger, sont accessibles. Parmi les plus sérieuses, Coinbase, qui revendique 43 millions d’utilisateurs à travers le monde, est la plus intuitive pour des épargnants néophytes. Binance ou Kraken, quant à elles, répondront davantage aux attentes d’investisseurs plus aguerris.

Ne succombez pas aux sirènes du gain à court terme

Contrairement à ce que prétendent les nombreuses publicités qui circulent sur Internet, on ne s’improvise pas trader sur les cryptomonnaies. Il est vrai que l’analyse technique, qui consiste à découper les cours passés pour prévoir leurs évolutions futures, est en vogue auprès des investisseurs actifs, mais cette méthode est loin d’être infaillible. Méfiez-vous des influenceurs qui, sur Youtube, vous donnent des « bons plans » pour gagner de l’argent rapidement. « Certains, notamment aux Etats-Unis, s’inspirent de la technique du “pump and dump“ en Bourse : ils font grimper artificiellement les cours de petites cryptomonnaies en faisant leurs louanges en ligne avant de revendre leurs positions, ce qui fait chuter les prix », prévient Manuel Valente, directeur de la recherche de Coinhouse.

Nous vous recommandons d’envisager plutôt ce placement sur le long terme pour diversifier votre portefeuille. « Attention au syndrome FOMO (fear out missing out) ou la peur de passer à côté d’une opportunité et donc de se précipiter », ajoute Karl Toussaint du Wast, de la plate-forme Netinvestissement. L’idéal est de placer chaque mois de petites sommes pour lisser vos points d’entrée. « Chez StackinSat, notre solution baptisée Plan Epargne Bitcoin consiste à programmer des versements réguliers, chaque semaine ou mois, à partir de dix euros pour investir sur le bitcoin », explique Jonathan ­Herscovici, son fondateur. Une offre clés en main, mais vous pouvez aussi programmer ce type de stratégie sur certaines plates-formes.

N’utilisez que les cryptomonnaies reconnues

« A l’instar de l’investissement dans les biotech, acheter des cryptomonnaies consiste à faire le pari qu’elles deviendront éventuellement un cas d’usage dans dix ans », ­indique Jonathan Herscovici. Certains ne jurent que par le bitcoin, qui pèse environ 60 % de la capitalisation des cryptoactifs. Cette cryptomonnaie possède aujourd’hui le statut de réserve de valeur, contrairement aux autres devises numériques qui sont plus risquées.

Il existe aujourd’hui plus de 8 800 cryptoactifs, selon CoinMarketCap. « Attention, il faut effectuer un grand tri : beaucoup d’entre elles sont en sommeil ou manquent de sérieux, met en garde Manuel Valente. Par exemple, le Dogecoin est né d’une blague entre internautes. Popularisée par quelques célébrités comme le PDG de Tesla, Elon Musk, ou le rappeur Snoop Dogg, cette cryptomonnaie a vu son cours exploser récemment alors qu’elle ne repose sur aucun projet crédible. » Certaines se présentent comme des alternatives au bitcoin (litecoin, bitcoin cash, ripple…), d’autres ont une parité avec le dollar (tether). Quelques acteurs ont même des finalités différentes : Ethereum, par-delà la monnaie ether, vise à offrir des services financiers (versement d’intérêts, prêt, emprunt immobilier…), Ultra développe un nouveau modèle de financement de l’e-gaming…

Il faut vraiment se renseigner, le plus souvent sur des sites en anglais, pour comprendre l’intérêt de telle ou telle devise numérique. Nous vous recommandons en priorité le bitcoin et l’ether, les autres offrant moins de visibilité pour un investissement de long terme.

Sécurisez votre investissement

L’an passé, les vols, piratages et arnaques sur les cryptomonnaies ont atteint 1,9 milliard de dollars dans le monde d’après le dernier rapport de la société américaine de sécurité sur la blockchain, CipherTrace. En septembre dernier, la plate-forme sud-coréenne KuCoin a vu s’envoler 281 millions de dollars en cryptomonnaie à la suite d’un piratage informatique. Depuis, elle aurait retrouvé une partie des sommes dérobées. Cet exemple doit toutefois vous faire comprendre que sécuriser votre portefeuille en cryptomonnaies est essentiel. A partir de 1 000 euros, il est plus prudent de ne pas laisser ces sommes directement accessibles en ligne, à disposition des hackers. « Il existe quatre façons de conserver vos avoirs : faire confiance au service de conservation des plates-formes, les transférer vers un portefeuille sécurisé en ligne, noter vos codes sur un bout de papier ou utiliser un hardware wallet ou portefeuille sécurisé mobile », commente Benoît Pellevoizin, responsable du marketing chez Ledger, entreprise spécialisée dans la sécurisation des cryptomonnaies.

Cette dernière solution, qui consiste à acquérir un matériel périphérique qui ressemble à une clé USB, reste la meilleure option. Outre le français Ledger, des sociétés comme Trezor en proposent à partir de 59 euros pour les premiers modèles. Seule contrainte : conserver précieusement un mot de passe de récupération (en cas de perte ou de vol de votre matériel) de 24 mots. Mais, même muni de ce type de dispositif, vous devez rester vigilant. Ledger a subi un piratage de son fichier client, des hackers ont donc envoyé des mails pour récupérer les mots de passe…

Ne négligez ni les frais ni la fiscalité

D’un intermédiaire à l’autre, vous ne paierez pas le même tarif pour acheter, vendre et conserver vos cryptoactifs. Il est pourtant difficile de les comparer avant d’investir tant, chez la plupart, la politique tarifaire reste opaque. Les prix diffèrent principalement en fonction du montant investi et de votre mode de paiement : par carte bleue ou virement bancaire. Une partie des coûts supportés est directement intégrée au cours d’achat ou de vente de la cryptomonnaie concernée. Les commissions varient ensuite de 0,15 à 5 % par transactions. A cela s’ajoutent souvent d’autres frais, par exemple en cas de retrait ou de conservation sécurisée de vos avoirs.

Autre sujet à prendre en compte : la fiscalité. Contrairement à votre assurance vie ou plan épargne en actions (PEA), les intermédiaires en cryptomonnaie ne prélèvent pas directement l’impôt sur vos plus-values. Mais la règle reste la même : la « flat tax » de 30 % s’applique, avec un abattement sur les 305 premiers euros de cession. « Les plates-formes ne communiquent aucune information à leurs clients au moment où ils doivent effectuer leur déclaration fiscale annuelle, prévient Patrick ­Bucquet, associé du cabinet de conseil Chappuis Halder & Co et fondateur de Coqonut, un site qui aide à gérer la fiscalité des cryptoactifs. Plus vous faites des transactions et récupérez du cash, plus il sera difficile de calculer votre quote-part imposable. » 

Où payer en bitcoin ? Jusqu’à présent cantonnés à quelques boutiques, bars et restaurants et destinés surtout aux touristes, les paiements en cryptomonnaies commencent à se développer. De grandes enseignes misent sur cette nouvelle forme d’échange. Depuis novembre, PayPal propose à ses utilisateurs américains d’acheter et de vendre des cryptomonnaies et, surtout, le géant américain compte les accepter à terme comme moyen de paiement. En France, quelques initiatives similaires ont vu le jour. JustEat, le site de livraison de repas à domicile, propose ce mode de paiement depuis septembre dernier. La plate-forme Bitpanda a lancé, en janvier, une carte de débit en cryptomonnaie en partenariat avec Visa. Même Amazon y réfléchirait. De quoi largement ancrer les monnaies virtuelles dans une réalité plus économique.