Fiscalité : diminuez vos impôts avec le PERin

Préparer sa retraite en baissant ses impôts. Tel pourrait être le slogan du nouveau plan d’épargne retraite individuel, dit PERin. Rien de très neuf, puisque c’était déjà le cas des anciens plans d’épargne retraite populaire (Perp et solutions de type Préfon) et des ex-contrats Madelin, dont la commercialisation sera close au 1er octobre.
La mécanique ? Les versements sont déductibles du revenu imposable, dans certaines limites. Par exemple, si vous placez 5 000 euros dans un PERin et que vous êtes soumis à la tranche marginale d’imposition sur le revenu à 30 %, votre économie sera de 1 500 euros. Si vous vous situez dans les tranches à 41 % ou 45 %, elle sera respectivement de 2 050 et 2 250 euros. Conclusion ? Plus votre tranche d’imposition est élevée, plus le gain fiscal le sera aussi.

Comment est calculée la déduction ?

Plutôt attractif ? Oui, mais il faut toutefois compter avec un calcul de déduction complexe. Entrons dans le détail de cette niche fiscale. Les cotisations versées dans un PERin, mais aussi dans un Perp, un contrat Madelin et tout produit assimilé (Corem, CRH, Préfon) ne sont pas limitées. En revanche, le montant déductible de votre revenu imposable est plafonné. Au plus, vous pourrez retrancher 10 % de vos revenus professionnels de l’année précédente, eux-mêmes limités à huit fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (Pass) en vigueur cette même année. Concrètement, cette année, vous pouvez déduire jusqu’à 32 419 euros. Et si vos revenus 2019 étaient inférieurs à 10 % du Pass, la soustraction maximale est de 4 052 euros. Pour les non-salariés, les montants sont plus élevés, 76 102 euros maximum en 2020 et 4 114 euros pour ceux ayant peu de revenus.

Précisons encore la règle. Ces plafonds de déduction sont minorés par les éventuels versements dans les contrats retraite d’entreprise. En revanche, vos cotisations ne sont pas soumises au plafonnement des niches fiscales à 10 000 euros par an et par foyer. Deux autres aubaines valent d’être connues. Un, vous pouvez ajouter à votre plafond annuel ceux non utilisés les trois années précédentes. Pour un PERin alimenté en 2020, votre seuil maximal de déduction sera calculé sur vos revenus 2019, auquel vous pourrez ajouter les plafonds non consommés de 2018, 2017 et 2016 ! Deux, il est possible de mixer son propre plafond et celui de son conjoint.

La taxation est reportée à la sortie du produit

Vu ainsi, le PERin a toutes les apparences d’une niche fiscale incontournable. D’autant que son accès est très simple, via son banquier ou son assureur, pour un contrat qui peut être mis en route en quelques minutes. Mais en rester là serait trompeur ! il faut aussi s’intéresser à la sortie du produit, une fois que vous serez à la retraite. A ce moment-là, le capital ou la rente que vous percevrez passeront par la case impôt (sauf si vous avez renoncé à bénéficier de déduction à l’entrée). Votre capital sera imposable sur le revenu et ses intérêts seront soumis au prélèvement forfaitaire unique (30 % actuellement). Votre rente viagère sera, elle, imposable comme une pension de retraite (les prélèvements sociaux de 17,2 % seront appliqués sur une partie de la rente). Morale de l’histoire, vous pourriez fort bien redonner à la sortie le gain fiscal obtenu à l’entrée, tout dépendra de votre statut de contribuable le moment venu. Conclusion, le PERin et les produits consorts fonctionnent bien sur un mode de « report d’imposition », comme l’ont reconnu les pouvoirs publics.

Laissez maintenant la règle fiscale de côté pour vous focaliser sur le placement financier en lui-même. Tout d’abord, par définition, il est réservé aux personnes n’ayant pas liquidé leurs droits à retraite dans les régimes obligatoires. Sachez ensuite, c’est l’information à ne jamais perdre de vue, que toute épargne versée ne sera pas récupérable avant la retraite. Un produit « tunnel », donc. Quelques cas de sortie anticipée sont toutefois prévus, à la suite d’un « accident de la vie » (par exemple, le décès du conjoint) ou pour financer l’achat de sa résidence principale. Des clauses non négligeables, certes, mais ne suivez pas votre conseiller financier qui survend ces éléments. Ayez surtout conscience que le blocage du capital vous rend vulnérable en cas de retour de l’inflation, qui grignoterait la valeur des fonds ainsi immobilisés. Ce qui fait dire à certains professionnels aguerris que le PERin s’apparente à « une souricière ».

Un fonctionnement proche de l’assurance vie

Reste son fonctionnement, très proche de celui d’une assurance vie. On y verse quand on veut, sans aucune obligation, en respectant les minima contractuels. Des cotisations programmées, par exemple chaque mois, pourront être mises en route, et arrêtées si besoin. Et votre argent va fructifier sur les supports financiers proposés (fonds en euros, fonds risqués, fonds immobiliers, gestion pilotée, etc.). Ultime point important, en cas de décès pendant la phase d’épargne, le capital sera transmis au(x) bénéficiaire(s) indiqué(s), avec un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire, puis une taxation à 20 %.

Investir dans un PERin ou pas ?

Que faire, in fine ? Tirons droit au but. Pour vous préparer un complément de retraite, intéressez-vous au Perin uniquement si votre taux marginal d’imposition est d’au moins 30 %. Au-dessous, le gain fiscal sera trop maigre au regard des contraintes. Si vous êtes dans cette cible, agissez en épargnant avisé, sans précipitation pour ouvrir cette enveloppe. L’offre commerciale est riche aujourd’hui d’une bonne quarantaine de PERin. Tous sont aux mains des assureurs vie, mais leur distribution s’effectue par de nombreux canaux, dont votre banquier au premier chef. Comparer les produits, tant en termes de frais (très élevés en moyenne sur le PERin) que d’offre financière et de services de gestion proposés, est nécessaire mais compliqué.

Comment piloter un PERin ?

Et après ? Il faudra savoir gérer son Perin avec doigté. Par défaut, votre argent sera placé en pilotage automatique, avec un mixte entre actions, obligations, fonds en euros garanti, selon que vous êtes plus ou moins loin de la retraite. Votre capital sera sécurisé progressivement à l’approche de cette échéance. Cependant, rien ne vous empêche de choisir vous-même vos supports. Sachez aussi que vous pourrez transférer vos avoirs d’un établissement à un autre (mais gare aux frais). Vous pouvez également détenir plusieurs PERin. Enfin, rappelez-vous qu’il est toujours prudent de diversifier son patrimoine financier entre plusieurs compagnies, en prenant en compte dans cette démarche aussi bien vos produits d’épargne retraite que vos assurances vie.

Massonnaud Robin et Giquel Frédéric

Robin Massonnaud

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Robin Massonnaud

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