Prix de l’immobilier à Paris: « On a l’impression de se faire arnaquer, on se sent contraint et forcé de quitter la capitale »

Les prix de l’immobilier ont atteint de tels sommets à Paris que le marché ne reste accessible qu’aux très hauts revenus. Témoignages de candidats à la propriété désemparés et abattus.

86% des acquéreurs de logements anciens à Paris faisaient partie des CSP+. Crédit: iStock.

« Découragement », « démotivation », « peur »: comme Coralie ou Martha, de nombreux actifs en couple, exclus du marché immobilier parisien par la flambée des prix, ressentent une forme de déclassement en s’exilant en banlieue malgré leurs bonnes situations.

Jeune ingénieure comme son compagnon, Coralie a ainsi visité une trentaine d’appartements parisiens en 18 mois, avant de jeter l’éponge. Et puis dans l’ouest des Hauts-de-Seine, en un mois, elle a eu un « coup de cœur » pour un 60 m2 à 360.000 euros.

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« Sans être trop exigeant, on a cherché à acheter dans le 18e mais les prix nous ont complètement dissuadés », raconte-t-elle à l’AFP. « Avec 400.000 euros, on avait 35-40 m2. On pouvait y mettre plus, mais je ne voulais pas m’endetter sur 20 ans, réduire notre confort de vie. J’ai aussi visité des choses insalubres et j’ai mis longtemps à comprendre qu’à Paris, le prix ne dépend pas de l’état du bien. »

Elle se souvient en particulier d’un 35 m2 à 340.000 euros, proche de la Porte de la Chapelle: « Selon le proprio, tout avait été refait. Mais le sol était pourri, c’était peint sur du crépit et dans un quartier où je ne voulais pas être seule. On a beaucoup trié et aussi beaucoup été triés (par les agences immobilières). Acheter, c’est un job à plein temps. »

11.000 euros le m², « la fourchette basse du quartier »

A 26 ans, Martha commence elle tout juste sa recherche, après s’être vu proposer par sa propriétaire de racheter pour 400.000 euros l’appartement de 35 m2 qu’elle loue en couple dans le IXe arrondissement. « Plus de 11.000 euros le mètre carré, et encore c’est la fourchette basse du quartier », s’étrangle-t-elle. « Il y a une barrière psychologique, on a refusé. Elle l’a acheté 380.000 euros début 2019 et va le revendre 430.000 euros via une agence. »

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« En trois semaines, on n’a encore rien pu visiter à Paris. On m’a proposé un appartement de 45 m2 dans le XIe à 425.000 euros et il y avait des travaux. Si on cherchait depuis trois mois, on serait découragés. A Paris, c’est complètement hors-sol. On a l’impression de se faire arnaquer, on se sent contraint et forcé de quitter Paris« , enrage-t-elle. « Avant, pour moi c’était inconcevable d’aller en banlieue. Maintenant je préfère avoir plus grand et plus loin pour moins cher. »

« La demande explose, on ne parle plus d’arrondissements populaires », reconnaît Yann Jéhanno, président du réseau d’agences immobilières Laforêt, interrogé par l’AFP. « De plus en plus, les Européens peinent à s’offrir leur résidence principale dans leur capitale. »

Ce qui fait évoluer la sociologie des Parisiens. « Aujourd’hui, pour acheter à Paris, il faut être deux CSP+ en couple », analyse pour l’AFP Thierry Delesalle, porte-parole de la chambre des notaires de Paris. « Les couches CSP+ représentent 85% des habitants. C’est énorme. Paris se vide de ses familles, des écoles ferment. »

72% de la population active est aisée

En 2015, la tranche la plus aisée de la population représentait 72% de la population active de la capitale, rappelaient fin juillet les Notaires du Grand Paris. « Un gap se creuse, c’est l’évolution des sociétés occidentales », indique à l’AFP Richard Tzipine, directeur général de l’agence immobilière de luxe Barnes. « Une partie de la population n’a plus les moyens de se loger à Paris. Il faut sans doute évoluer sur le plan humain. »

Selon l’analyse des Notaires du Grand Paris, 86% des acquéreurs de logements anciens à Paris faisaient partie des CSP+ (les catégories socio-professionnelles les plus favorisées) en 2018, ce qui représente une hausse de 17 points en 20 ans. Cette augmentation s’est opérée au détriment des employés et ouvriers, qui ne représentent plus que 5% des acquéreurs de logements anciens en 2018 contre 15% en 1998.

« On arrive à une fracture territoriale mais les augmentations ne sont pas délirantes », relativise auprès de l’AFP Rozenn Le Beller, chargé de l’immobilier au Conseil supérieur du notariat. « C’est problématique pour les jeunes actifs et les familles mais le prix de l’immobilier reflète aussi le dynamisme économique d’une ville. »

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