Prêts immobiliers : Les débats prennent un tour politique

Les projets d’encadrement du crédit suscitent des critiques dans l’opposition. Certains craignent un accès à la propriété plus difficile pour de nombreux ménages

Les efforts des autorités pour mieux encadrer les prêts immobiliers vont-ils empêcher des Français d’acheter leur logement? Jusqu’alors limité au secteur financier, le débat prend un tour politique, poussant le gouvernement à se montrer rassurant sur l’accès à la propriété.

« Il y a un sujet qui est très important, qui est un peu passé inaperçu », a affirmé jeudi, sur Franceinfo, Xavier Bertrand, président du copnseil régional des Hauts-de-France et ancien membre des Républicains. 

« Il y a une décision que s’apprête à prendre la Banque de France (…) qui est en train de décider que, pour à peu près 100.000 ménages, ils ne pourront plus emprunter pour acheter leur logement cette année », a-t-il affirmé.

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Les déclarations de M. Bertrand sont erronées, ce chiffre de 100.000 ménages n’ayant jamais été évoqué par les autorités financières, mais font référence à des mesures annoncées fin 2019 par ces dernières, rassemblées au sein du Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF).

Une recommandation, pas encore une contrainte

Le HCSF, qui rassemble entre autres la Banque de France et le ministère de l’Economie, a demandé aux banques d’éviter d’octroyer des prêts immobiliers sur plus de 25 ans et si leurs remboursements mensuels représentent plus d’un tiers des revenus de l’emprunteur.

Ces recommandations interviennent à un moment où il n’a jamais été aussi aisé pour les Français d’emprunter pour acheter un logement. Les taux d’intérêt sont historiquement bas, conséquence de la politique de la Banque centrale européenne (BCE), et les montants totaux empruntés atteignent un record, à plus de 1.000 milliards d’euros.

Dans ce contexte, les autorités financières s’inquiètent d’un endettement excessif des ménages. Elles se contentent pour l’heure de recommandations, mais n’excluent pas de passer à des mesures plus contraignantes cette année.

Pendant plusieurs semaines, le débat est resté circonscrit au monde financier, dont les différents acteurs ont plaidé le sérieux ainsi que la stabilité du modèle français de crédit.

Mais il prend désormais un tournant politique, avec les déclarations de M. Bertrand, qui reprend d’ailleurs largement la rhétorique employée depuis plusieurs semaines par les courtiers en crédit.

Des chiffres « sans fondement »

Quant au chiffre de 100.000 ménages exclus, il n’a rien d’officiel mais vient du monde des grandes banques. Il a été évoqué fin janvier en marge par un économiste, Michel Mouillart, à la tête d’un organisme, l’Observatoire des crédits aux ménages, lié à la fédération du secteur.

Ce chiffre a obtenu un certain écho médiatique et la Banque de France a dû elle-même démentir des chiffres « sans fondement » de la part du secteur bancaire.

« 100.000 ménages (…), à qui on dit ‘Non, mais pour vous c’est terminé, vous resterez locataires, vous ne pouvez pas devenir propriétaires’, c’est terrible », a pour autant poursuivi M. Bertrand.

Il a, en conséquence, appelé le gouvernement à demander à la Banque de France de revenir sur ces mesures, provoquant immédiatement l’agacement de l’exécutif.

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Celui-ci, qui soupçonne M. Bertrand de chercher à prendre la tête de la droite en vue de la présidentielle de 2022, l’a accusé de manquer de sérieux, tout comme sur le dossier de la politique sécuritaire au sujet duquel il mène une offensive médiatique depuis plusieurs jours.

« Xavier Bertrand, ça fait dix jours qu’il est parti dans un Concours Lépine des chiffres ou des informations les plus fausses », a déclaré vendredi, également sur Franceinfo, le ministre du Logement, Julien Denormandie.

Pour le ministre, les recommandations des autorités financières visent à éviter des situations intenables pour certains ménages, mais ne vont pas bloquer l’accès des Français à l’achat d’un logement.

Il a notamment souligné que les recommandations des autorités financières laissaient une certaine marge de manœuvre aux banques pour assouplir leurs conditions quand l’emprunteur fait son premier achat immobilier.

« L’accès à la propriété, moi, je le défends tous les jours », a assuré M. Denormandie.

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